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Le 12/12/2017

INTERVIEWS


Sidya Touré : "Il est urgent qu'une Assemblée nationale soit constituée en Guinée"

Arrivé troisième lors du premier tour de la présidentielle guinéenne, l’ancien Premier ministre Sidya Touré, qui a soutenu au second tour le candidat malheureux Cellou Dalein Diallo, est désormais une figure forte de l’opposition à Alpha Condé. Qu’il soupçonne de vouloir reporter les élections législatives, empêchant ainsi la constitution rapide d'une Assemblée nationale.

Quel regard portez-vous sur les trois premiers mois du président Alpha Condé ?
Sidya Touré : Pour nous, la chose la plus significative de cette période, c’est la volonté apparente de ne pas organiser les élections législatives à bonne date. Quand nous connaissons le contexte de l’élection présidentielle qui s’est déroulée en deux temps, avec des délais qui sont passés de quatorze jours à pratiquement trois à quatre mois, nous ne souhaitons pas que cela se répète pour les législatives. Cela donnerait la possibilité à l’exécutif de mettre la main sur l’administration comme il a déjà commencé de le faire.
Est-ce que l’opposition a une stratégie concertée pour aller à ces législatives et pour être présente de manière unitaire à l’Assemblée nationale ?  La résurrection des "Forces vives" (regroupement des partis d’opposition et de la société civile né sous le régime de Lansana Conté) vise-t-elle à présenter un front uni ?
Oui. Mais il n’y aura pas que les partis d’opposition qui feront partie des « Forces vives ». Des partis membres de la coalition Arc-en-ciel [qui a porté Alpha Condé au pouvoir] se retrouveront probablement avec nous. Il faut tout de même savoir que les élections législatives en Guinée obéissent à un mode de scrutin particulier, avec une dose de proportionnelle. Donc, cela ne vous est pas du tout défavorable que vous soyez candidat au nom de votre parti tout en appartenant à une coalition.
La situation économique est un problème en Guinée. Il y a notamment la question monétaire avec la dépréciation du franc guinéen. Quel regard portez-vous sur les mesures de régulation et d’intervention mises en place par le gouvernement pour protéger la monnaie ?
Je n’ai pas vu de mesures pour le moment…
Il y a par exemple l’interdiction du change…
Quand vous interdisez le change parallèle, vous organisez le change normal à la Banque centrale… Vous ne bloquez pas toutes les opérations de change, dans la mesure où la Guinée ne produit pas 95 % des biens utilisés ici et a besoin d'acheter des devises pour se les procurer à l'étranger.
Comment jugez-vous la remise à plat des contrats miniers annoncée par les autorités ?
Je ne connais pas le contenu de ces contrats. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous nous battons pour avoir une Assemblée nationale. Les mines, c’est une question essentielle qui devrait faire l’objet d’un débat parlementaire transparent. Il est urgent qu’une Assemblée nationale soit constituée….
Cette revendication sera-t-elle portée par l’opposition et les "Forces vives" ?
Absolument. On ne peut pas parler de l’économie guinéenne sans parler des mines. C’est certain que nous allons demander une plus grande transparence dans la signature, la révision de ces contrats miniers. Mais également des autres contrats.


Source: Jeune Afrique

 
ABE SYLLA, PRESIDENT DE LA NGR : « Je serai forcément au deuxième tour… »

 Economie
2010/7/8

En prélude aux élections présidentielles du 27 juin prochain, les partis politiques multiplient la désignation de leur candidat. C’est par une convention que les militants de la Nouvelle génération pour la république (NGR) a choisi le président du parti comme porte flambeau pour le scrutin du 27 juin 2010. C’était le 13 mai à Kissoso.
Les travaux de la première convention de la NGR ont démarré par le discours d’orientation du porte parole du parti. Selon M Emmanuel Derrick Léno, la NGR est un parti national qui en un temps record a su s’implanter sur toute l’étendue du territoire national avec des ambitions pouvant changer le mode de vie des guinéens, qui ont tant souffert depuis l’accession de notre pays à l’indépendance, le 2 Octobre 1958.
Il a ajouté qu’il faut à la tête de la Guinée, un homme aux mains propres comme le candidat de la NGR. Pour sa part, la présidente des femmes a aussi loué les efforts d’Abé Sylla à travers sa fondation qui, selon Madame Bintou Kann, a fait assez de réalisations en Guinée à travers la construction des écoles ou encore des centres de santé. Elle a souligné la détermination des femmes pour l’élection de leur candidat au scrutin du 27 juin à venir. Quant au porte parole des jeunes, il dira que le slogan de la NGR est ‘’Nouvelle vision, nouveau départ». M Moriba Kalivogui a signifié que pour la concrétisation de ce slogan, les jeunes de Guinée doivent voter pour Ibrahima Abé Sylla. « Nous sommes persuadés que notre candidat est un homme de vision qui se fait beaucoup de soucis pour les jeunes de Guinée qui sont longtemps restés manipulés et qui ont servi de chair à canon lors des événements douloureux qu’a connu notre pays.
C’est pour nous responsabiliser face à notre destin que les jeunes de la NGR ont choisi Abé comme candidat pour les élections présidentielles du 27 juin 2010 » a-t-il martelé. Au nom des fédérations de l’extérieur M. David Camara a aussi dit que le choix de ses compatriotes est tombé sur Abé Sylla pour briguer la magistrature suprême de notre pays. « C’est avec une joie partagée que je vous retrouve pour ensemble apporter notre contribution à l’édification de la nation guinéenne.
La NGR sait où sont les intérêts de notre peuple et de notre pays, ceux de nos populations rurales, de toutes les forces vives de la nation, mais aussi ceux des jeunes et des générations futures, surtout lorsqu’il faudra affronter les obstacles de notre marche vers le développement socio-économique de notre chère patrie, la Guinée.
En acceptant d’être votre candidat, je serai forcément au second tour ». C’est par ces mots que le candidat de la NGR a introduit son discours. Il a ensuite invité les partis politiques les médias, les organisations civiles à jouer un rôle dans la promotion de la justice et la réconciliation nationale, la lutte contre la corruption et la fin de l’impunité, l’élimination des privilèges claniques, ethniques sociaux, politiques et économiques.
Aux dires de M Ibrahima Abé Sylla l’instabilité chronique, la précarité de notre pays est directement la résultante des échecs de nos choix stratégiques de politique de projet social et notre immobilisme face aux enjeux.
Il a promis de remédier à tous ces maux, une fois élu à la tête du pays avec les diverses ressources dont dispose notre pays. C’est par un point de presse au cours du quel le porte flambeau de la NGR a confié aux journalistes qu’il sera obligatoirement au deuxième tour du scrutin du 27 juin prochain.
A la question de savoir quels sont ses concurrents à ce second tour, Abé Sylla cite entre autres Alpha Condé du RPG, Cellou Dalein de l’UFDG, Sidya Touré de l’UFR…

 
ELHADJ MAMADOU DIAWARA, PRESIDENT DU PTS : «Nous sommes là pour que la Guinée retrouve la paix… »

 Economie
2010/7/8

Quelques heures seulement après son arrivée de sa tournée européenne et africaine, notre reporter a rencontré le président du PTS. Mamadou Diawara livre son impression par rapport à la transition et à la tenue des élections présidentielles du 27 juin 2010.
Le Démocrate : Que pensez –vous de la caution de 400 millions de francs guinéens pour les élections à venir ?
Elhadj Mamadou Diawara : Au PTS, nous ne nous mêlons pas dans ces débats. Notre problème, notre idéal, notre philosophie est que les élections à venir soient crédibles transparentes pour une Guinée unie et prospère. Quel qu’en soit la caution, les militants du PTS trouveront le montant demandé.
Vous déclarez que vous serez forcément au deuxième tour, qu’est-ce qui justifie cette affirmation ?
J’ai beaucoup d’atouts pour le dire. Retenez qu’à partir du 27 juin, rien ne se fera politiquement, la Guinée ne sera jamais engagée politiquement, économiquement sans que le PTS ne soit partie prenante.
Comment comptez-vous vous faire des suffrages à l’intérieur du pays quand on sait que votre parti est naissant ?
On m’accuse d’avoir crée la panique dans certaines zones qualifiées comme étant le fief à tel ou tel parti. C’est vrai que mon parti est nouveau sur le terrain mais ma personne n’est pas nouvelle en Guinée. Nous avons des hommes qui ont déjà fait leur preuve sur le terrain politique. Ce n’est pas le nom d’un parti qui fait venir des militants, mais plutôt la personnalité de leurs dirigeants. C’est le programme du parti qui fait sa qualité. Il y’a aussi le dévouement et l’engagement des militants. Un parti peut naître aujourd’hui et se présenter à une élection demain.
Quelle est votre stratégie d’implantation ?
Il nous suffit de présenter un programme de société fiable au peuple de Guinée. Aucun projet depuis plus de 26 ans n’a mis en valeur des politiques qui amènent les jeunes à se retrouver dans le processus de développement et du travail. Nous n’avons eu que des grands projets d’ajustement structurel qui tiennent comptent de trois agrégats et tout leur remède a toujours été de renflouer les caisses de l’Etat. Il n’y a jamais eu un projet d’industrialisation, d’intégration ou de formation ou encore de création d’emploi. Sans création d’emploi, les jeunes seront toujours laissés pour compte. Sans création d’industrie, on ne peut même pas faire de transfert de technologie en Guinée parce que les jeunes ne sont pas formés pour absorber le capital étranger nécessaire pour la production. C’est cette politique qui nous amène à présenter notre candidature pour le 27 juin 2010.
En cette période de transition beaucoup de contrats sont entrain d’être signés. Que ferez-vous de ces contrats en cas de victoire le 27 juin ?
Si ces contrats ne sont pas dans les règles ou si l’intérêt de la Guinée n’est pas dans ces contrats nous allons les revoir. Mais s’ils sont signés pour créer de l’emploi ou la richesse pour la Guinée, nous ne trouvons rien à redire. Nous allons donner un délai d’exécution à ceux qui les ont contractés et si ce délai n’est pas respecté et là nous allons prendre des dispositions qui s’imposent au nom du peuple.
La CENI a annoncé un fichier électoral de plus de 4 millions d’électeurs. Avec ce chiffre croyez- vous à la crédibilité du scrutin ?
Il est maintenant tard de penser à tout cela. Et comme on le dit en occident, ‘’quand le vin est tiré il faut le boire». Je sais qu’il y’a eu des ratés. L’enrôlement a été difficile par endroit. Malgré tous ces facteurs, les autorités ont estimé qu’on peut faire les élections. Même si on dénonçait ces ratés, ça ne changerait rien. Donc, il est temps de laisser ces ratés pour que les perdants n’en fassent pas un argument pour troubler la Guinée. Ceux qui pensent qu’ils ne peuvent pas aller aux élections à cause des ratés qu’ils le disent maintenant de façon officielle. Ce n’est pas après les élections qu’il faut se mettre à dénoncer les ratés. Puisque personne n’a publiquement dénoncé ces choses, je crois qu’il faut accepter qu’on aille aux élections.
Cela veut dire qu’au cas où vous ne serez pas au second tour vous accepterez les résultats ?
Nous ne sommes pas des piromanes. Nous sommes là pour que la Guinée retrouve la paix. Nous sommes là pour que le processus électoral puisse donner des résultats satisfaisants. Il est toujours bon d’avoir une justice que de ne pas du tout en avoir. Je sais qu’il y’aura des revendications, que l’autorité puisse bien examiner ces revendications. Je ne crois pas qu’il y’ait assez de problèmes, puisque ceux qui organisent ces élections ne sont pas candidats, ils ont promis la neutralité à tous les niveaux. Souhaitons qu’ils respectent leur engagement envers le peuple.

Propos recueillis par Quelques heures seulement après son arrivée de sa tournée européenne et
africaine, notre reporter a rencontré le président du PTS. Mamadou
Diawara livre son impression par rapport à la transition et à la tenue
des élections présidentielles du 27 juin 2010.
Le Démocrate : Que pensez –vous de la caution de 400 millions de francs guinéens pour les élections à venir ?

Elhadj Mamadou Diawara : Au PTS, nous ne nous mêlons pas dans ces
débats. Notre problème, notre idéal, notre philosophie est que les
élections à venir soient crédibles transparentes pour une Guinée unie
et prospère. Quel qu’en soit la caution, les militants du PTS
trouveront le montant demandé.
Vous déclarez que vous serez forcément au deuxième tour, qu’est-ce qui justifie cette affirmation ?

J’ai beaucoup d’atouts pour le dire. Retenez qu’à partir du 27 juin,
rien ne se fera politiquement, la Guinée ne sera jamais engagée
politiquement, économiquement sans que le PTS ne soit partie prenante.
Comment comptez-vous vous faire des suffrages à l’intérieur du pays quand on sait que votre parti est naissant ?
On
m’accuse d’avoir crée la panique dans certaines zones qualifiées comme
étant le fief à tel ou tel parti. C’est vrai que mon parti est nouveau
sur le terrain mais ma personne n’est pas nouvelle en Guinée. Nous
avons des hommes qui ont déjà fait leur preuve sur le terrain
politique. Ce n’est pas le nom d’un parti qui fait venir des militants,
mais plutôt la personnalité de leurs dirigeants. C’est le programme du
parti qui fait sa qualité. Il y’a aussi le dévouement et l’engagement
des militants. Un parti peut naître aujourd’hui et se présenter à une
élection demain.
Quelle est votre stratégie d’implantation ?
Il
nous suffit de présenter un programme de société fiable au peuple de
Guinée. Aucun projet depuis plus de 26 ans n’a mis en valeur des
politiques qui amènent les jeunes à se retrouver dans le processus de
développement et du travail. Nous n’avons eu que des grands projets
d’ajustement structurel qui tiennent comptent de trois agrégats et tout
leur remède a toujours été de renflouer les caisses de l’Etat. Il n’y a
jamais eu un projet d’industrialisation, d’intégration ou de formation
ou encore de création d’emploi. Sans création d’emploi, les jeunes
seront toujours laissés pour compte. Sans création d’industrie, on ne
peut même pas faire de transfert de technologie en Guinée parce que les
jeunes ne sont pas formés pour absorber le capital étranger nécessaire
pour la production. C’est cette politique qui nous amène à présenter
notre candidature pour le 27 juin 2010.
En cette période de
transition beaucoup de contrats sont entrain d’être signés. Que
ferez-vous de ces contrats en cas de victoire le 27 juin ?
Si ces
contrats ne sont pas dans les règles ou si l’intérêt de la Guinée n’est
pas dans ces contrats nous allons les revoir. Mais s’ils sont signés
pour créer de l’emploi ou la richesse pour la Guinée, nous ne trouvons
rien à redire. Nous allons donner un délai d’exécution à ceux qui les
ont contractés et si ce délai n’est pas respecté et là nous allons
prendre des dispositions qui s’imposent au nom du peuple.
La CENI a
annoncé un fichier électoral de plus de 4 millions d’électeurs. Avec ce
chiffre croyez- vous à la crédibilité du scrutin ?
Il est
maintenant tard de penser à tout cela. Et comme on le dit en occident,
‘’quand le vin est tiré il faut le boire». Je sais qu’il y’a eu des
ratés. L’enrôlement a été difficile par endroit. Malgré tous ces
facteurs, les autorités ont estimé qu’on peut faire les élections. Même
si on dénonçait ces ratés, ça ne changerait rien. Donc, il est temps de
laisser ces ratés pour que les perdants n’en fassent pas un argument
pour troubler la Guinée. Ceux qui pensent qu’ils ne peuvent pas aller
aux élections à cause des ratés qu’ils le disent maintenant de façon
officielle. Ce n’est pas après les élections qu’il faut se mettre à
dénoncer les ratés. Puisque personne n’a publiquement dénoncé ces
choses, je crois qu’il faut accepter qu’on aille aux élections.
Cela veut dire qu’au cas où vous ne serez pas au second tour vous accepterez les résultats ?
Nous
ne sommes pas des piromanes. Nous sommes là pour que la Guinée retrouve
la paix. Nous sommes là pour que le processus électoral puisse donner
des résultats satisfaisants. Il est toujours bon d’avoir une justice
que de ne pas du tout en avoir

 
IDRISSA CHERIF : « L’engagement de Konaté en faveur du changement avec l’appui non négligeable de Jean Marie Doré est à saluer »

 Mines
2010/7/10

M. Chérif Idrissa, ancien ministre de la Communication à la présidence de la République, a tenu à se rappeler au bon souvenir des guinéens, à travers cet entretien qu’il a accordé à notre reporter, à partir de la capitale ivoirienne où il se trouve en ce moment.
Le Démocrate : Vous êtes à l’étranger depuis votre départ des affaires. Dites-nous ce qui explique cette absence prolongée hors du pays ?
Chérif Idrissa : Je tiens tout d’abord à vous préciser que ma présence à Abidjan s’explique fondamentalement par deux raisons : l’une d’ordre médical et l’autre familial. Je vous avoue que ma mère qui était assez souffrante depuis un certain temps avait nécessairement sollicité ma présence à ses côtés pour faire face à ses soins médicaux. Dieu merci, son état s’est considérablement amélioré, je dirais très largement amélioré. Par la grâce de Dieu, elle va bien au jour où je vous parle. Ensuite, j’avais en vue pour moi-même, une série de rencontres ou visites médicales avec mes médecins traitants. L’autre raison est qu’il fallait, après plusieurs mois passés loin de la famille, de mon épouse et de mes enfants, que je mette à profit ce séjour pour essayer de faire face à mes devoirs de chef de foyer. Comme l’aurait donc fait tout bon père de famille, essayer d’encadrer, de suivre un tout petit peu l’éducation des enfants pour lesquels ma présence parmi eux avait tant fait défaut. Je pense qu’après quelques mois bien mérités, passés auprès d’eux et aussi après avoir passé mes visites médicales et celles de ma vielle mère, je peux à présent prétendre retourner à Conakry pour reprendre mes activités, plus singulièrement celles politiques pour lesquelles je reste engagé pour toujours.
Vous annoncez votre retour imminent au pays. Peut-on savoir à quand ce retour à Conakry ?
Comme vous le dites, je serais très incessamment de retour parmi vous à Conakry. Pas dans les semaines à venir, mais dans les jours à venir, je précise bien. Et ce, pour prendre part au jeu politique de mon pays qui se trouve à une phase absolument cruciale de son histoire. Il s’agit bien de la tenue très prochaine de l’élection présidentielle, la première réellement démocratique, libre et ouverte à toutes les sensibilités et obédiences politiques du pays. En fait, venir prendre part au combat politique ne veut pas dire venir se porter candidat à cette élection. Mais tout simplement je veux vous signifier mon engament politique en essayant d’exprimer pleinement, comme tout bon guinéen, mon devoir civique à travers ma participation effective à ce vote historique du 27 juin prochain.
Ce retour au bercail, sans doute, coïncide à Conakry au début des campagnes électorales pour la présidentielle du 27 juin prochain. Vu de l’extérieur, quelle lecture personnelle faites-vous de ce virage très important vers cette échéance électorale tant attendue par les guinéens ?
Je pense tout d’abord qu’il faille tirer chapeau pour l’artisan de tout ce processus qui, jusque là semble être sur le point de réussir son pari. Je m’en vais citer en l’occurrence la personne du général Sékouba Konaté, le président de la République par intérim et président de la Transition. Sans la moindre flagornerie aucune, il faut avouer qu’il est entrain de réaliser une œuvre à la fois gigantesque et historique à laquelle le peuple de Guinée et toute sa classe politique aspiraient et rêvaient depuis de nombreuses années. C’est un sacrifice énorme, un sens poussé du patriotisme, d’honneur, de maturité politique et de responsabilité d’homme d’Etat de la part de ce grand homme qu’est le général de brigade Sékouba Konaté. Son courage est à saluer pour le respect des différents engagements qu’il a libellés dans son discours historique du 6 janvier passé et dans lequel discours, il a promis d’organiser, au terme d’une transition courte, l’élection présidentielle à laquelle ni lui, ni aucun membre du CNDD et du gouvernement ne pourra prendre part. En voici le sens élevé de la responsabilité de l’homme. Par le respect de cet engagement, il est en train de conduire le pays avec l’appui non négligeable de l’actuelle équipe gouvernementale dirigée par le Premier ministre Jean Marie Doré, à la deuxième élection historique du pays après celle du référendum du 28 septembre 1958. Cette mission est en passe d’être réussie grâce aussi à la volonté résolue des différents acteurs politiques de la place à accompagner avec responsabilité le général Konaté dans cette Transition. Aujourd’hui, ces leaders politiques sont tous animés par la volonté et le sentiment d’aller livrer une bataille électorale qui doit faire absolument appel, de la part de chacun d’entre eux, à un sens minimum de civilité et de fair-play. Il faudrait qu’au terminus, de tout ce processus qu’il n’y ait qu’un seul et unique vainqueur : la Guinée et les guinéens. Cette dynamique d’une élection pluraliste, sans exclusion aucune et qui ne souffrira d’aucune contestation et dans laquelle nous nous inscrivons, tout doit être une occasion pour les acteurs de la classe politique de consolider l’unité nationale, la paix et l’amour entre guinéens. Quoiqu’il arrive, les leaders politiques autant qu’ils soient, doivent s’inspirer du général Sékouba Konaté qui est train d’offrir un bel exemple de patriotisme au peuple de Guinée et d’Afrique.
Vous rentrez avec l’espoir de continuer votre combat politique et d’accomplir, le jour de l’élection, votre devoir citoyen qu’est le vote. Parmi tous ces leaders ou candidats présidentiables, dites-nous lequel bénéficierait de votre soutien ?
Question pertinente! J’avais tout à l’heure annoncé que je retourne à Conakry pour m’engager dans le combat politique. Ce qui doit requérir de ma part un choix pour tel candidat ou tel candidat forcément et préalablement. Mais avant d’arriver à cette étape décisive, je dois d’abord cerner tous les contours possibles, tirer toutes les conséquences possibles liées à ce choix. Lequel doit intervenir après une analyse objective des différents programmes de sociétés que chaque candidat propose aux guinéens. Chose que je ne pourrais, pour le moment, bien mener à cause de mon absence sur le terrain. A part cela, vous devez savoir que j’entretiens avec tous les candidats, en tout cas dans leur grande majorité, des relations personnelles et d’amitié très poussées. Je pense notamment au professeur Alpha Condé du RPG, à monsieur Sidya Touré de l’UFR, jusqu’au ministre Papa Koly du RDR, en passant par mon frère et ami Cellou Dalein Diallo de l’UFDG ou l’ancien ministre d’Etat Bouba Barry. Il y a certains parmi eux que le peuple a déjà vu aux affaires comme messieurs Sidya Touré, Louncény Fall, Cellou Dalein Diallo et Lansana Kouyaté qui ont eu chacun à occuper le poste de Premier ministre, le ministre Papa Koly… Tous ceux-ci ont eu à démontrer suffisamment ce qu’ils sont capables de faire pour le pays. Il y en a parmi eux, en revanche, qui n’ont pas encore pris part à la gestion de la chose publique et qui sollicitent très ardemment auprès du peuple à être mis à l’épreuve à la faveur de cette présidentielle du 27 juin prochain. C’est le cas du professeur Alpha Condé, d’Ibrahima Abe Sylla, de Dr Alpha Ibrahima Sila Bah, de l’ancien expert banquier de la BAD, Almamy Ibrahima Barry… Entre ces deux possibilités de choix qui s’offrent à lui, je pense que le peuple saura, de façon objective, faire un vote utile pour lui-même le 27 juin. Quant à moi, je pense que le moment venu, je ferais savoir mon choix. Pour l’instant, je suis à l’observation et à l’analyse des projets de sociétés de chacun des candidats. Déjà, je tiens à rappeler que je suis naturellement un libéral qui s’inscrit toujours dans le sillage des politiques ayant une tradition positiviste. Pour ce départ, j’estime et c’est ma conviction profonde que tous les candidats vont au même pied d’égalité. J’attends de rentrer à Conakry et le reste on verra. En fonction de la réalité et du bien fondé des programmes, je dirais celui qui mérite mon soutien dans cette course à la présidentielle. De toutes les façons, je suis déjà en contact, je dirais en échange avec certains leaders politiques en lice. Je ne prendrai ma décision qu’arrivé à Conakry. J’apprécie certains candidats comme Dalein, Kouyaté, Fall, Abé Sylla, Papa Koly, Sidya Touré, Alpha Condé qui a la réputation d’un homme intègre, de conviction et de parole etc. Chacun, en ce qui le concerne, est animé de la volonté ferme de sortir ce pays de cette situation de misère, de marasme économique et de réaliser, enfin, le mieux-être auquel aspirent les guinéens depuis plus d’un demi-siècle d’indépendance. Je pense que c’est le plus fondamental.
Vous dites être déjà en contact avec certains candidats. Pouvez-vous nous dire qui sont-ils ?
Chérif Idrissa : Pour le moment cette réponse reste à ma seule discrétion. C’est-à-dire que je ne fixerais officiellement ma position qu’une fois rentré. Sans doute, je dirais de quel bord je suis dès que je rentrerais à Conakry. Cela dit, vous devez savoir que j’entretien de très bons rapports avec monsieur Sidya Touré, le professeur Alpha Condé qui est un oncle et avec Cellou qui est ami de longue date tout comme Papa Koly et Bouba Barry.

 
Les vérités d’Alpha Condé: «Il y a aujourd’hui deux camps en Guinée...»

 Mines
2010/8/23

A moins d’un mois d’un deuxième tour qui devrait l’opposer à Cellou Dalein Diallo, l'opposant historique guinéen, Alpha Condé, livre ses vérités aux Afriques. C’était ce samedi 20 août, à son retour d’une tournée qui l’a mené dans certains pays de la région. Alpha Condé ne mâche pas ses mots. Exclusif.

Les Afriques: Professeur, pourquoi cette absence de l'échiquier politique guinéen ces jours-ci. Seriez-vous à la quête de fonds de campagne pour remobiliser vos troupes ?

Alpha Condé : (rires) J'avoue que non. Un leader politique qui porte l'espoir de tout un peuple doit de temps à autre se déplacer en dehors de la Guinée. A chaque fois, que je m'absente du pays, je ne suis jamais coupé de ma base. Je suis en contact permanent avec elle. Je suis de très près l'actualité de mon pays. Je rentre comme vous le constatez de Ouagadougou où j'ai séjourné. J'ai transité par Bamako avant de rejoindre Conakry aujourd'hui (Ndlr : samedi 20 août 2010) où mes militants m'attendent.

LA : Vous avez donc rencontré à Ouagadougou, le président Blaise Campaoré et l'ex chef de la junte militaire, le Capitaine Moussa Dadis Camara, actuellement en surveillance médicale ?

AC: Naturellement. Le président burkinabé, Blaise Campaoré est un ami et frère. A chaque fois, que je suis de passage à Ouaga, je lui rends visite. J'ai profité aussi de mon séjour à Ouaga, pour aller rendre visite à l'ancien chef de l'Etat guinéen, Moussa Dadis Camara. Je lui ai présenté mes condoléances. Comme vous le savez, il vient de perdre tragiquement son fils âgé de 24 ans au Canada ces jours passés. C'est pénible pour un père de perdre un adolescent. Ce dernier a été retrouvé mort dans une piscine au Canada. Je me mets à sa place.

LA : Certains parlent de crime politique crapuleux et voient derrière la mort du fils de Dadis la main des narcotrafiquants qui veulent solder leurs comptes à l'ex chef de la junte militaire ?

AC : Rien n'est clair pour le moment. On susurre cette hypothèse. Beaucoup de gens le pensent en Guinée comme à l'extérieur. Je reste prudent. Je partage cette peine avec le Capitaine Dadis Camara.

LA : Votre parti, le RPG ( Rassemblement pour le Peuple de Guinée) a signé avec quelque 90 partis politiques et mouvements de soutien dont le PDEN de l'ancien ministre Lansana Kouyaté, arrivé en 4e place, le parti de Kassory Fofana, Loncény Fall, Pape Koly Kourouma entre autres. Êtes-vous sûr de remporter la victoire au soir du 19 mars prochain ?

AC : Sans aucun doute. Il y a deux camps aujourd'hui: celui de la rupture et du changement que je conduis avec mes alliés et celui de la continuité d'un système qui a fini de mettre à genoux le pays. La ligne de démarcation est claire dans la conscience populaire des Guinéens. J'ai réuni autour de moi plusieurs personnalités qui ont des profils différents et riches, chacun dans son domaine. Nous avons baptisé notre alliance "Alliance Arc -en-Ciel". Je veux rassembler le potentiel de ressources que le pays possède. Je m'inscris dans cette voie d'unification pour un développement homogène.

LA : Votre adversaire Cellou Dalein est en alliance avec Sidya Touré arrivé en troisième position au premier tour et Abé Sylla. Avez-vous des craintes ?

AC : Je vous dis, et c'est la vérité, que Sidya Touré est parti chez Cellou sans sa base. Ses militants le lui ont dit. Sa base l'a lâché. Il le sait bien. De même que Abé Sylla. Ils ont fait de mauvais calculs. Ils vont le payer cher.

LA : Lors de la campagne du premier tour, l'argent et le vote ethnique ont ils été déterminants selon vous sur le terrain?

AC : Absolument ! Je l'ai toujours dénoncé. Mon adversaire a mis en avant ces deux paramètres. Il a mis en place une grosse machine. C'est une mafia bien organisée avec un trafic de liasses d'argent distribuées à tour de bras, en complicité avec des opérateurs issus de sa mouvance. J'ai répété avec insistance que Cellou Dalein Diallo est le candidat d'une mafia et non le candidat des Peulhs. Cette mafia ne doit pas prospérer. Cette élection présidentielle est loin d'être une question d'ethnie dont l'heure de prendre le pouvoir a sonné.

LA : Vous avez récemment évoqué la circulation en Guinée en pleine campagne électorale d'une quantité importante de billets de banques non sécurisés, faciles à imiter. De quoi s'agit -il ?

AC : J'ai attiré l'attention des autorités de la Banque centrale de Guinée sur la circulation de ces billets qui sont à mon avis très faciles à imiter. Ces billets francs guinéens sont pas sécurisés. Mon message est bien passé.

LA : Vous avez exigé de la CENI d'apporter des correctifs quant aux dysfonctionnements constatés pendant le premier tour avant la tenue des élections le 19 septembre. Qu'est ce qui a changé depuis ?

AC : Beaucoup de dysfonctionnements ont été constatés. Le découpage électoral mal fait était volontairement matérialisé à la faveur du camp adverse. J'ai demandé à assainir la CENI. Dans cette élection au premier tour, il y avait beaucoup de doublons. J'exige que ces manquements notoires faits sur la base d'une complicité à grande échelle soient corrigés. L'Union Européenne et l'Union africaine travaillent là dessus. Sur les 22 points, 16 sont en bonne voie. Il y a un nouveau découpage qui se dessine. Nos éléments sont sur le terrain pour rectifier le tir. La CENI est plus interpellée à remédier à ces dysfonctionnements. Elle lui appartient de les solutionner dans le respect des lois. Vous vous rendez compte! Des milliers et des milliers de voix en Haute Guinée n'ont pas été comptabilisées. Par la simple faute de la CENI qui n'a pas fait son travail de collecte. Ces voix ont été annulées.

LA : Une citation directe à comparaître a été adressée par votre parti à un des membres de la CENI, El Hadji Boubacar Diallo. Où en est-on avec le dossier ?

AC : El Hadji Boubacar Diallo a commis un délit. On a retrouvé dans ses tiroirs des bulletins de vote qu'il avait gardés. Ces voix confisquées aux citoyens guinéens ont été purement et simplement cachées, donc annulées. C'est une forfaiture. Il répondra de ses actes devant la justice. Croyez moi, nous ne laisserons pas cette affaire.

LA : Conakry a reçu la semaine dernière successivement les présidents de la sous-région ouest-africaine, Blaise Campaoré, Abdoulaye Wade, Ellen Jonhson, Ernest Koroma. Pourquoi le pays intéresse les voisins si autant ?

AC : Géopolitiquement, je trouve cela très normal. Ces pays sont des pays frères et amis. Chaque président est venu s'imprégner de l'évolution du dossier politique guinéen pour en avoir le coeur net. Je salue cette bonne volonté des chefs d'Etat respectifs. La Sierra Léone, le Libéria et la Guinée Bissau ont connu des troubles politico-militaires. Le Sénégal, en ce qui concerne sa partie sudiste ( la Casamance) est une zone vulnérable. Le président du Burkina Faso est le médiateur de la crise guinéenne et a réussi la prouesse d'arracher les accords de Ouaga. Nous sommes liés à plus d'un titre.

LA : Avant votre voyage à l'étranger, vous vous êtes recueilli sur la tombe des présidents, Feu Ahmed Sékou Touré et Feu le général Lansana Conté. Quelle symbolique ?

AC : C'est vrai. J'ai tenu à me recueillir sur leurs tombes. Ces deux hommes ont assumé d'importantes fonctions à la tête de la Guinée. Je dois respect à leurs mémoires. C'est un message fort de pardon et de réconciliation nationale que j'ai voulu lancer au peuple guinéen dans sa diversité. Personne n'a subi plus de brimades que moi. Il faut se surpasser et oublier le passé. Je pense à l'avenir de la Guinée. Le pays a des valeurs qu'on doit admettre. Exergue « J'ai répété avec insistance que Cellou Dalein Diallo est le candidat d'une mafia et non le candidat des Peulhs. C'est une mafia bien organisée avec un trafic de liasses d'argent distribuées à tour de bras, en complicité avec des opérateurs issus de sa mouvance. »

Propos recueillis par Ismaël Aidara, envoyé spécial à Conakry

 
Jean M.Doré : "Il y a des gens qui veulent imposer leur vouloir médiocre à notre peuple. ça ne se fera jamais.''

 Economie
2010/8/28

Monsieur, le Premier ministre vous avez reçu tout à l’heure les représentants du Groupe de Contact juste un petit mot avant de vous recevoir à la fin du journal ?

C’est une visite de courtoisie qu’ils ont bien voulu faire avec nous et faire le point des avancées dans la gestion du processus et que le deuxième se passe sans anicroches afin que le président qui sera élu, soit de façon légitime et sans contestation.

Les guinéens se rendront aux urnes le 19 septembre prochain. Quelles sont les dispositions prises pour aller aux élections à la date indiquée ?

Ce n’est pas un mystère. Le premier tour a été émaillé de beaucoup d’irrégularités, de lacunes, d’insuffisances, mais surtout de manière grave par le manque de logistiques adaptées au terrain et aux exigences du vote. Nous sommes en train de prendre toutes les dispositions pour que tout ce qui a fait défaut, des pré requis puissent être rattrapés. Afin que le futur président soit élu dans les conditions incontestables... Alors méthodiquement, on va combler les lacunes. On va remédier à tout ce qui a fait défaut.

Quelles sont ces irrégularités ?

Jean Marie Doré : Vous avez d’abord un découpage anarchique qui ont situé certains bureaux de vote à plus de 200 km des agglomérations. Alors que la loi dit que ça doit être à moins de 5 km. De telle sorte que dans la région forestière comme dans certaines zones en Haute Guinée, les électeurs ont dû renoncer à aller voter. Parce qu’ils ne pouvaient pas parcourir des énormes distances à pied et même à vélo.

Fana Soumah : La faute incombe à qui, à la CENI ou au gouvernement ? Est-ce que le gouvernement a été associé ?

Jean Marie Doré : Justement, les Accords de Ouaga qui sont une sorte de traité, confiait au gouvernement d’organiser les élections, de restructurer et d’équiper l’armée, la caserner. Mais, un fait qui n’est pas encore élucidé est survenu pour contrecarrer l’action normale du gouvernement. Tout s’est mis à empêcher que le gouvernement assure ses responsabilités dans la gestion du processus électoral. Alors vous avez compris que de toutes parts montaient des cris pour commenter de travers la moindre proposition venant du gouvernement pour améliorer le processus. De telle manière que le 26 juin, dans beaucoup de préfectures, le matériel de vote n’était encore parvenu. Ou bien le matériel est parvenu mais il ne pouvait pas être distribué dans les sous préfectures ou dans les districts. C’est ainsi par exemple qu’on a vu recourir à l’hélicoptère de l’armée aux pieds levés pour déposer pour la région forestière les instruments de vote, les PV et bulletins de vote ainsi que les fiches de résultats etc. Il fallait non seulement les recevoir au chef-lieu des régions. Mais encore les transporter par voie terrestre dans les urnes. Dans certaines régions et préfectures, les documents sont arrivés vers 16 heures ou bien à 17 heures. Ou bien les membres des bureaux de vote étaient présents mais il n’y avait pas de matériels. Ou bien il y a le matériel mais les membres du bureau de vote non pas trouvé de lieu pour le vote. C’est ce qu’il faut corriger. Pas seulement qu’on nous dit qu’à Conakry on a fait… Mais que ce soit concrètement dans les faits. Nous allons maintenant assumer nos responsabilités. Parce que nous avons constaté après le premier tour qu’on vient attribuer au gouvernement tout ce qui ne va pas bien. Et la CENI assume les lauriers, ce n’est pas bon. Nous devons faire des élections historiques.

Fana Soumah : Ça veut dire qu’on a violé complètement les Accords de Ouaga ?

Jean Marie Doré : Là où je suis, je dois aider le général Sékouba Konaté à présenter un bilan positif pour permettre au gouvernement de sortir la tête haute de la transition. Et le plus vite sera le mieux. Mais tant que nous serons là, nous allons nous engager à faire appliquer correctement la loi, à gérer correctement le processus sans chercher à faire plaisir à quelqu’un. Parce qu’aujourd’hui, à cette étape là, il s’agit obligatoirement de choisir entre monsieur Cellou Dalein Diallo et monsieur Alpha Condé. Vous ne pouvez pas échapper à ce choix. Ce sera l’un ou l’autre. Mais, nous ne voudrions pas qu’au soir de la proclamation des résultats, un des candidats prenne prétexte des insuffisances administratives pour nous attribuer la cause de son échec. Ça non ! Vous comprenez. Je refuse catégoriquement que les défaillances soient attribuées au MATAP. Or, qu’est-ce que l’on dit dans la loi. La loi indique que : ‘’ La commission électorale nationale indépendante est l’institution chargée de l’organisation de toutes les élections politiques et de référendum en République de Guinée. Ça, c’est le paraphe 1. Le paragraphe 2 dit : Elle est techniquement, c'est-à-dire la CENI, aidée par les départements ministériels concernés par le processus électoral notamment le ministère en charge de l’Administration du Territoire. Mais ce texte de loi doit obligatoirement être précisé. Parce que ‘’techniquement’’, ça veut dire quoi ? Donc pour qu’on ne conteste pas au MATAP une intervention sur le plan technique, il faut prendre un décret pour préciser le rôle que le MATAP doit jouer à côté de la CENI.

Justement, monsieur le Premier ministre, on a appris à travers les radios étrangères et certains sites guinéens votre intention de proposer la modification de la constitution. Qu’en est-il réellement ?

Pour répondre à votre question, je répète encore et je relis pour vous et pour le public qui nous regarde, le paragraphe 2 de l’article 2 du code électoral. Il est dit ceci : ‘’La CENI est techniquement aidée par les départements ministériels concernés par le processus électoral notamment le ministère en charge de l’Administration du Territoire.’’ Donc il s’agit de prendre un décret pour préciser le sens du mot techniquement. C’est tout. Il ne s’agit pas de toucher à la constitution, elle n’est pas concernée. Ce qui est concerné, c’est l’article 2 du code électoral.

Pourquoi on n’a pas pu recenser toutes ces erreurs avant le premier tour ?

Mais vous comprenez, dans un processus aussi compliqué que le processus électoral, vous ne pouvez pas avoir l’œil sur tout. C’est moi qui ai pris l’initiative de convoquer les Institutions républicaines pour qu’on voie ce que chacun pense du premier tour. Et dans une commission ad-hoc que nous avons mise d’un commun accord, ils ont relevé un certain nombre de lacunes. Mais ce n’est pas tout. Si nous nous apercevons aujourd’hui qu’il y a une lacune qui risque de pervertir le processus, vous croyez que nous allons attendre ? Mais nous allons corriger immédiatement. C’est ce que nous faisons. Alors c’est un vrai mystère sur les causes de tous ces coassements, de tous ces huluhulements qu’on entend dans la cité et qui n’a absolument rien à voir avec l’objet du débat. Il y a peut être des gens qui anticipent sur leur malheur pour attribuer…, chercher la cause de leur état morbide. Mais pour la République de Guinée et pour les deux candidats en lice, il s’agit pour le gouvernement de tout mettre en œuvre pour qu’aucune insuffisance ne vienne entacher la transparence, la régularité et la légalité du scrutin. Puis, il y a aussi d’autres choses que l’on constate au fur et à mesure, on corrige. Aujourd’hui par exemple et je crois que peut être c’est ce qui est à l’origine de cela, certains proposent que l’on voit clair dans le serveur pour du site informatique. Pourquoi ? Je ne sais pas. Moi, je ne suis pas un expert. Et puisqu’il faut être régulier, je pense que peut être le bruit n’est pas fondé ou bien que c’est fondé. Alors il faudrait vérifier pour la régularité du scrutin. Parce que ce n’est pas n’importe quel scrutin, il ne s’agit pas d’élire un maire. Il s’agit d’élire le chef de l’Etat de notre pays et qui aura autorité sur les douze millions de guinéens. Je ne vois pas… Je suis le premier étonné que tout ce bruit là… dire que je veux piétiner la constitution, je veux faire une nouvelle constitution. Mais,… ou bien c’est par illettrisme, je ne sais pas. Mais ça peut être dû à l’illettrisme de certains qui ne comprennent rien à la chose publique. Moi, j’ai des responsabilités, je l’assume jusqu’au bout. Alors voilà. C’est aussi simple que ça.

Monsieur le Premier ministre qu’est-ce qu’il faut aujourd’hui pour organiser une élection propre, crédible ?

Il faut qu’en plus de la CENI qui a des problèmes importants. Mais je ne suis pas là aujourd’hui pour parler de la CENI. Contrairement à ce que pensent les gens, si nous voulions tomber dans ce piège, nous aurions commencé par demander la dissolution de la CENI. Mais si vous dissolvez la CENI aujourd’hui pour renvoyer les élections aux calendes grecques. C’est pourquoi nous, nous pensons qu’il faut corriger les insuffisances de la CENI et non pas la dissoudre.

Mais est-ce qu’on ne pas revoir la composition de la CENI ?

Mais si vous entrez dans ce dédale là, vous n’en sortirez pas. Or, il faut qu’on passe les élections le 19 septembre. Donc tous ceux qui crient ne savent absolument rien de la matière en cause. Notre désir est qu’on tienne les dates au tant que possible. Mais qu’on tienne les dates dans des conditions de transparence, telle que personne ne viendrait pointer du doigt le gouvernement que je dirige sous l’autorité du général d’armée, Sékouba Konaté. Il faut que nous livrions nos produits propres. C’est ça. Il n’y a pas d’autres secrets dans cette affaire. Mais s’il y a des gens qui appréhendent de manière un peu confuse leur avenir, tel n’est pas mon cas. J’ai un devoir à remplir, c’est de veiller à ce que ces élections qui viennent soient transparentes et crédibles.

Il n’est pas question de toucher vraiment à la question ?

Il s’agit, je le répète encore, de prendre un décret d’application du paragraphe 2 de l’article 2 du code électoral. Voilà. On a envisage toutes les hypothèses. J’ai convoqué mes conseillers et je leur ai posé la question comment il faut faire pour que le rôle du MATAP soit incontestable. Parce qu’aujourd’hui, le MATAP est lié à la CENI par un protocole de coopération. Mais, ce protocole est invoqué par la CENI lorsqu‘il s’agit de l’arranger. Mais quand ça ne l’arrange pas, elle l’ignore. Est-ce vous comprenez ! Parce que je veux qu’il y ait des situations comme ça. Il faut qu’il soit clair et que le rôle de la CENI ne soit pas contesté durant le parcours électoral. Il faut que cela soit clair. Le domaine de la CENI doit être respecté et celui du MATAP également. C’est tout. Puis nous allons voir si le site informatique, n’est-ce pas, fonctionne de façon à garantir concrètement le pouvoir de chacun. Si des gens profèrent des injures, je dis que ce n’est pas bon pour l’image de notre pays. Non seulement pour la République mais pour le futur président de la République. Si on initie la gestion de la Guinée à des outrages sur le marché, sur les routes, ce n’est pas bon. Je voudrais rappeler à tout un chacun qu’il y a des lois dans ce pays. Alors la charte des partis impose que, pour faire un meeting d’un parti, pour faire un cortège, il faut déposer un préavis. Je rappelle qu’on va devoir appliquer strictement les lois sur le maintien de l’ordre public. C’est très important. Parce que personne n’a le monopole de s’emparer des voies publiques pour gêner la vie des citoyens. Je vais donner des instructions claires au ministre d’Etat chargé de la Sécurité et de la Protection Civile pour qu’il n’y ait plus de manifestation de cette nature. Mais certaines de ces manifestations sont organisées pour provoquer le gouvernement. C'est-à-dire pour mettre en question la quiétude de la population. Or, nous sommes devant un enjeu considérable, c’est doter notre pays d’un chef d’Etat à l’autorité et à la légitimité incontestables. Or, s’il y a des désordres dans la gestion du processus…, au sortir des urnes, des gens vont commencer à contester l’autorité du président. Alors que la Guinée a beaucoup de problèmes. La Guinée a un grand retard sur son passée et il n’est pas acceptable que notre futur président, au lieu de s’attacher à résoudre les problèmes quotidien des guinéens, les problèmes de développement, de la sécurité publique, va faire face à des contestations sur sa légitimité. J’exprime ici le besoin profond de notre peuple. Et quelques soient les coassements à gauche et à droite, mon gouvernement et moi allons continuer jusqu’à la sortie de la transition. Nous sommes pressés de sortir de la transition.

Donc la date du 19 septembre ne va pas être reportée ?

Dès que les lacunes, les insuffisances sont liquidées, immédiatement nous allons passer au vote. Parce que c’est dans l’intérêt supérieur des candidats que tout soit clair avant d’aller aux urnes. Les gens disent voilà, monsieur Doré et son gouvernement veulent s’accrocher au pouvoir. Mais à quel pouvoir ? C’est aussi simple si nous voulons nous accrocher au pouvoir. Mais il faut croire que nous sommes intelligents. Si nous voulions nous accrocher, vous venez vous même de suggérer une voie. Vous avez dit pourquoi ne pas dissoudre la CENI ? C’est la manière la plus plausible, la plus incontestable de s’accrocher au pouvoir. Parce que si nous dissolvons la CENI, pour que les 132 partis politiques se mettent d’accord pour le choix des membres de la CENI, de l’eau aura coulé sous le pont de la Fatala. Or nous, nous ne voulons de cela. Nous voulons que la Guinée rentre dans la constitutionnalité. Il faut que le gouvernement guinéen sorte du boycott. Il faut que le futur président de la République soit le président de tous les guinéens. Il faut qu’il soit accepté par la Basse Guinée, le Fouta, la Haute guinée, la Forêt. Ce n’est parce qu’il me plait ou qu’il ne plait pas. C’est parce qu’il aura été élu régulièrement conformément à nos lois. Mais il y a des gens qui veulent ignorer tout cela pour imposer leur vouloir médiocre à notre peuple. Ce que je dis, ça ne se fera jamais.

Monsieur le Premier ministre avant de clore ce débat, avez-vous un message particulier ?

Je demande à notre peuple de faire confiance au gouvernement de la République. Nous avons dans ce gouvernement des jeunes cadres compétents, talentueux et intelligents. Il faut leur laisser la possibilité d’être au service de leur peuple. La Guinée plus que jamais a besoin de paix. Elle a besoin pour que ses énormes ressources soient exploitées et que le produit de l’exploitation soit mis à résoudre les énormes problèmes d’éducation, les problèmes de santé, de l’habitat, les problèmes d’infrastructures routières. Regardez, je ne sais pas si vous avez été à Coronthie, le quai de Dixinn port, les eaux fluviales rentrent dans les quartiers. On a le cœur serré quand on traverse ces zones. Parce qu’il manque d’argent pour donner aux guinéens de logements décents. Pour qu’on arrive là, il faut que les élections soient correctement organisées. Personne n’a intérêt, même le général Sékouba Konaté, je parle en son nom, ni aucun de mes ministres ne devait rester un jour de plus après l’élection. Mais il faut que ce soit des élections qui ne nous rattrapent pas. Parce qu’on n’aura pas posé tous les actes pour semer la transparence, la crédibilité. Parce quand un président élu ensuite on dit non, il manquait 200 bureaux de vote par-ci, on a annulé 5 bureaux de vote par là. Ce serait un problème terrible pour un président de la République de gouverner. Alors par illettrisme ou par mauvaise foi, ou encore par ignorance des faits sociaux, des faits politiques ou des faits légaux des gens qu’on croyait intelligents se mettent à raconter du n’importe quoi. Je demande à tous les ministres de s’engager fermement, à communiquer avec notre peuple. Il faut les informer. Il faut que les ministres informent notre peuple sur les immenses choses que nous sommes en train de faire. Afin de pouvoir sortir ce peuple de l’impunité, des ténèbres… Je voudrais profiter de vos antennes pour présenter à la famille de mon ami, Ibrahima Bah, l’imam ratib de la Grande Mosquée Faïçal qui vient de mourir et d’exprimer une fois de plus au nom du général Sékouba Konaté, au nom de mon gouvernement, au nom de toutes les Institutions républicaines, mes condoléances. Parce que c’était un homme de talent qui était versé dans la science coranique.il était éloquent. Sa figure va nous manquer pendant longtemps. Je salue nos compatriotes qui son carême et je souhaite que leurs prières pendant cette période de pénitence profitent à notre pays par le retour à la paix et à la concorde nationale.

source : RTG - Emission l invité du journal

 
Cellou Dalein Diallo Président de l’UFDG : « Condé et Doré ont un deal »

 Economie
2010/8/30

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’honneur d’avoir en exclusivité un homme d’Etat en route pour la magistrature suprême de son pays. En cela, la rencontre ce lundi 23 août dernier sur le coup de 18 heures à l’hôtel Laico de Ouaga 2000, avec Cellou Dalein Diallo, arrivé en tête au premier tour de la présidentielle en Guinée avec un score de 44% devant Alpha Condé (18%), nous extirpait quelque peu de la grisaille habituelle par son caractère exceptionnel. Une fois dans l’enceinte de l’hôtel et invité à le rejoindre dans sa suite présidentielle, on s’attendait à avoir affaire à une armée d’hommes de sécurité qui nous fouilleraient de fond en comble, de conseillers en communication, bref de collaborateurs qui tenteraient un tant soit peu de justifier leur présence auprès du chef. Rien de tout cela. Il y était seul. Né le 3 février 1952, cet économiste de formation et homme politique par vocation qui, après une dizaine d’années passées dans le gouvernement du général Lansana Conté, a occupé les hautes fonctions de Premier ministre du 9 décembre 2004 au 5 avril 2006, reste un homme serein quant à ses chances d’être le prochain chef d’Etat de son pays. Et sans autre forme de procès, il s’est prêté à nos questions.

Après le pavé jeté dans la mare par Jean-Marie Doré, pensez-vous que tout est déjà rentré dans l’ordre pour la date du 19 septembre ?

• Pour l’instant, moi je m’en tiens à cette date du 19 septembre, fixée après consultation de tous les acteurs, y compris le Premier ministre, la CENI, le Conseil national de transition, les deux candidats, c’est-à-dire Alpha Condé et moi. Cette date reste valable en dépit de certaines déclarations de Jean-Marie Doré, qui voulait transférer les pouvoirs de la CENI à l’Administration du territoire.

Quelle lecture faites-vous de cette sortie de Premier ministre guinéen ?

• Je pense que c’est une manœuvre qui vise à organiser un hold-up électoral en faveur du Rassemblement du peuple de Guinée d’Alpha Condé. Ce parti estime, en même temps que Jean-Marie Doré, que la CENI n’est pas à même d’organiser cette présidentielle ; or nous étions d’accord que la CENI devait disposer d’un temps pour corriger les dysfonctionnements enregistrés au premier tour, ce qui est déjà en train d’être fait. Il n’y a pas de raison qu’on modifie la Constitution entre les deux tours d’un scrutin.

Pour vous donc, on ne peut pas changer d’arbitre et de règles du jeu pendant la mi-temps d’un match !

• Tout à fait ! On ne peut aucunement le faire. Si on ne peut pas respecter la Constitution à la lettre, il faut en respecter l’esprit. Il devrait y avoir 14 jours francs entre la publication des résultats du premier tour et l’organisation du deuxième tour ; aujourd’hui, nous sommes à plus d’un mois. Finalement, nous avons obtenu une date au forceps, le 19 septembre. Je ne vois pas pourquoi on devrait remettre encore en cause celle-ci. En tout cas, nous ne sommes pas encore prêts à accepter un autre report, car nous avons fait déjà beaucoup de concessions. La CENI voulait que le deuxième tour ait lieu le 8 août, et le professeur Alpha Condé a demandé un report pour le 15 août que nous avons accepté. Après, il a estimé que cette date n’était pas suffisante pour que la CENI puisse apporter toutes les corrections nécessaires et qu’il faillait reporter le deuxième tour au 19 août, nous l’avons accepté. Après, c’était le 12 septembre qu’il a retenu, nous avons encore accepté. Finalement, la date du second tour est fixée au 19 septembre après consultation de tous les acteurs ; et un décret a même été pris dans ce sens. Non, on ne peut plus remettre cette date en cause.

Que ferez-vous si Jean-Marie Doré outrepassait à ses prérogatives ?

• Il est déjà en train d’outrepasser ses prérogatives, et c’est l’objet de mon séjour à Ouaga pour en alerter le Médiateur, Blaise Compaoré. J’ai attiré son attention sur les risques que Jean-Marie est en train de faire courir au processus électoral. Il n’a pas les compétences de la modification de la Constitution, et les gens essaient de le ramener à la raison ; nos militants ne sont plus prêts à accepter n’importe quoi.

Le Médiateur a-t-il pris la pleine mesure de votre démarche ?

• Je pense qu’il m’a bien compris, car je lui ai donné toutes les informations y relatives. En tant que médiateur, c’est de sa responsabilité d’aider les Guinéens à sortir de cette crise.

Peut-on dire que Doré roule pour Alpha Condé ?

• Absolument ! Ils sont de connivence. C’est clair pour tout le monde d’ailleurs. Ils ont ensemble un deal, et Jean-Marie Doré essaie d’aider Alpha Condé autant qu’il peut. Ce n’est pourtant pas son rôle, lui qui devrait être neutre et impartial.

Sentez-vous sur le terrain les actions du général Aly Traoré, le représentant du Médiateur en Guinée ?

• Oui. Le général Traoré est là et essaie d’apporter sa contribution à l’apaisement, au dialogue entre les acteurs. Et ce n’est pas parce que j’estime que le rôle du général Traoré est mineur que je suis venu à Ouagadougou rencontrer le Président Compaoré. C’est parce que j’ai des relations personnelles avec le Président du Faso que je suis venu le voir pour lui expliquer la situation. Il m’a toujours encouragé à faire preuve de flexibilité.

Je suis venu dire au Médiateur que je suis pratiquement à la limite du supportable, car on ne peut pas reporter indéfiniment le deuxième tour de cette présidentielle. On ne peut pas non plus changer les règles du jeu entre les deux tours.

Au fait, dans quelle ambiance s’est jouée cette première partie de la présidentielle ?

• Nous avons mené une campagne civilisée, responsable. Je pense que chacun des 24 candidats a fait preuve de retenue dans les médias et au cours des meetings, même si on a déploré parfois un brin d’ethnocentrisme dans certains discours. Globalement, nous avons assisté à des joutes oratoires civilisées. Moi, j’ai parcouru les 33 préfectures et les 125 sous-préfectures du pays, je n’ai pas senti la haine et je n’ai été l’objet d’aucune violence. Nous avons tenu des discours responsables. Ainsi, aussi bien la campagne que le scrutin se sont passés dans de bonnes conditions.

Sauf erreur ou omission, c’est la première fois que vous participez à une campagne aussi ouverte. Quelles ont été les difficultés sur le terrain ?

• Oui, moi j’ai ressenti moins de difficultés, car je dispose d’un appareil politique solide, efficace et fonctionnel. Mon parti, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), est implanté dans toutes les sous-préfectures du pays. Ses organes existent et fonctionnent bien. Des gens avaient estimé que, compte tenu de mes relations difficiles avec Dadis Camara de par le passé, il ne serait pas opportun pour moi d’aller en Guinée forestière, puisque c’est sa région. J’y suis allé et j’ai été bien reçu. La difficulté majeure, c’est l’état déplorable des infrastructures routières dans la plupart des cas.

Votre score d’environ 44% des voix, c’est un véritable record. Quelle stratégie avez-vous adoptée sur le terrain pour engranger aussi gros ?

• Ma stratégie, c’était d’abord l’implantation du parti, je l’ai faite sans problème. J’en ai pris la direction en novembre 2007 et j’ai pris sur moi la responsabilité de l’implanter dans l’ensemble du pays avec mes collaborateurs. Nous avons des structures qui fonctionnent bien, et c’est peut-être là notre petit secret. Et puis, moi, je travaille pour l’Administration de la Guinée depuis 31 ans ; j’ai occupé des postes où j’étais en contact avec la population, qui me connaît et qui sait que je suis très sensible à l’injustice. Je suis attaché à un certain nombre de valeurs qui touchent à l’intérêt de la nation, à l’équité entre les régions, entre les ethnies. Je suis un homme qui respecte son prochain, les autres. En tant que ministre des Travaux publics et des Transports, j’ai pu faire la promotion de beaucoup de projets de désenclavement. J’ai un bilan honorable en tant que ministre de la République. Les gens me connaissent bien et savent que lorsque je m’engage, je respecte la parole donnée et je vais jusqu’au bout. Je pense que tout cela a contribué à susciter auprès de la population cette confiance qui s’est exprimée lors de cette présidentielle avec ce score plus qu’honorable.

Que rétorquez-vous à ceux qui parlent de vote ethnique ?

• C’est vrai, on l’a un peu senti ; et parmi les candidats, s’il y a une exception, c’est à mon niveau, car j’ai été premier à Kindia et en Basse-Guinée. A Boké, Dubréka, Siguiri et Farana, j’ai occupé la deuxième place. J’ai été bien sûr premier dans mon fief (1). Mais en dehors de mon fief aussi, j’ai été premier à Conakry. Les Guinéens m’ont apporté leurs suffrages un peu partout dans le pays.

Quelles seront vos premières priorités, une fois élu président de la Guinée au soir du 19 septembre ?

• Ma première priorité une fois élu, c’est de remettre de l’ordre dans l’Administration. Il nous faut mettre en place une administration efficace, tournée vers la satisfaction des besoins du peuple. Il nous faut mettre fin à l’anarchie, car, de nos jours, au sein de l’Administration guinéenne, chacun fait ce qu’il veut ; et souvent, on travaille pour soi-même et pour ses chefs hiérarchiques ; en outre, il n’y a ni ordre ni discipline, ni contrôle, ni sanctions. Donc, il faut remettre de l’ordre dans tout ça, mettre en place des règles, des procédures, faire en sorte que ces règles soient respectées. Il faut sensibiliser, contrôler et sanctionner.

Vous venez de voir le capitaine Dadis Camara. Dans quel état l’avez-vous trouvé ?

• A mon humble avis, ça va. On ne s’était pas vu depuis août 2009, soit un an maintenant. Il faut rappeler que je suis venu pour lui adresser mes condoléances après le décès de son fils (NDLR : décédé le 16 août dernier au Canada). Vous savez qu’à l’occasion du décès de ma mère, Dadis avait marqué de manière indélébile sa solidarité avec ma famille. C’est lui-même qui m’avait annoncé la nouvelle et y avait dépéché une forte délégation. Ses deux avions de commandement étaient allés dans mon petit village, et il avait fait même reporter le Conseil de ministres pour permettre aux membres du CNDD et du gouvernement de faire le déplacement, à 450 km de Conakry. Donc j’avais été fortement marqué par cette solidarité et ce soutien. Et si Dadis est confronté à une épreuve comme celle-là, je me devais de venir lui adresser aussi mes condoléances, pour lui témoigner ma solidarité et mon soutien.

Une fois à la tête de la Guinée, on peut dire qu’un challenge vous attend, vu l’état dans lequel végète le pays !

• En Guinée, il y a beaucoup à faire. Il n’y a pas d’eau courante, pas d’électricité, pas d’infrastructures ; le système éducatif est à l’abandon, il y a une armée à restructurer et à discipliner ; la santé ne fonctionne pas et l’anarchie et l’indiscipline y sont reines. Pour tout dire, il y a beaucoup de choses à faire. Mais je pense qu’avec notre volonté, notre expérience, nous allons réussir. Je vais mettre en place une équipe avec Sydia Touré (2) et d’autres, pour faire un gouvernement de large ouverture pour que nous puissions faire face aux défis, qui sont nombreux. La Guinée a par ailleurs beaucoup d’atouts avec un potentiel énorme. Nous avons des ressources humaines de qualité, des ressources minières considérables. Nous vivons des problèmes, mais nous disposons aussi de beaucoup d’atouts. S’il y a une volonté politique réelle, nous allons réussir. J’ai déjà une alliance de 25 formations politiques qui me soutiennent pour le second tour, et je pense que je pourrai aussi faire appel à la coalition qui soutient Alpha Condé. Je suis optimiste et je pense l’emporter avec un minimum de 60% de l’électorat.

L’Observateur sera-t-il invité à votre investiture ?

• Ah oui ! On peut le promettre, on peut le promettre !

Ecoguinee

 
Kaba Konaté : «la CENI ne doit pas être une Commission Ethnique Nationale Indépendante»

2010/9/25

Radio-kankan.com: Bonjour M. Konaté…
KKO : Bonjour M. Touré.
Présentez-vous à nos lecteurs !Je m’appelle Kaba Konaté, je suis consultant International en gestion finance, 2ème vice président du Groupement des mouvements de soutien au RPG et Vice président de la Commission de mobilisation des fonds de la cellule de gestion du 2ème tour à Kankan (CEGEST II).
Que pensez-vous du déroulement du 1er tour des élections présidentielles en Guinée ?
Un vrai fiasco et un manque de respect total à la dignité des Guinéens et Guinéennes. Un gaspillage énorme de l’argent des contribuables, qui pour moi, aurait servi à autres choses. Analysons ensemble la situation : La Guinée a plus de douze millions d’habitants, à cause de la mauvaise organisation de la CENI les résultats finaux n’ont seulement pris en compte que 1720.000 (un million sept cent vingt mille) sur 4300.000 électeurs. Si on fait un classement, le soi-disant premier à près de sept cent mille voix, suivi des bulletins nuls qui devraient normalement être deuxième (rire) ainsi selon la CENI le suivant a moins de quatre cent mille voix environ ! Et les autres guinéens ? Mais cela aussi se comprend aisément car les voix des préfectures hors de la Guinée n’ont pas été prises en compte : ‘’Siguiri, Kankan, Mandiana, et même N’Zalikoley et Lola. Quant la CENI avait affirmé devant le monde entier qu’elle était prête au 1er tour, nous lui avions fait confiance, mais la réalité sur le terrain était tout autre. Vu les fonds colossaux engagés pour ce scrutin, il est impératif d’établir un chronogramme précis et daté et un suivi strict des activités de cette institution, pour remédier à toutes les défaillances. Il faut que les Guinéens votent et que cela soit pris en compte. La date importe peu !
Et le 2ème Tour des élections ?
Vous savez, Quant un véhicule tombe en panne au cours d’un voyage il faut soit le réparer ou le remplacer, surtout si la marque est CENI fabriquée en Guinée.
Que pensez-vous de la CENI ?
Elle doit être une Commission Electorale Nationale Indépendante et non une Commission Ethnique Nationale Indépendante. Chacun de nous a une orientation politique mais face à la nation, cette considération ne doit nullement affecter le droit de vote des autres citoyens. J’arrive donc à la conclusion suivante : Si l’on avait annulé les voix de Labé, Pita, Dalaba, Mamou et autres, combien de personnes auraient en ce moment voté en Guinée ? Il vaut mieux gérer les urnes que les armes, même si l’argent de la poudre blanche est doux et facile à consommer.
Venons maintenant au CNT ?
Il est maintenant clair dans la tête des guinéennes et guinéens, le poids et l’honnêteté de Feu Ibrahima Fofana dans le mouvement syndical, par rapport à son alter ego Mme Rabiatou Serah Diallo. Si elle n’arrive pas à faire la différence entre un tournoi de foot à deux tours et un match de final, elle ne pourra jamais faire la différence entre son pays et son village natal. Que l’âme de M. Fofana repose en paix, nous achèverons le combat ‘’incha Allahou !!!


Que pensez-vous du président de la transition, le général d’Armée Sékouba Konaté ?
Merci d’avoir fouetté mon orgueil de Konaté. Pour évaluer la souffrance d’une brochette au feu il suffit de mettre ton doigt à sa place. Je suis fier de son comportement, et je te citerai de mes descendants que nous partageons : De Lounbani Konaté à Doubani, de Bakounou Kaba Konaté à Magan konfata, de Gbelen Konaté à Mory ainsi que Mamady Konaté j’en passe, nous avons été toujours allergique à l’injustice comme l´actuelle CENI à la transparence et cela c’est dans notre sang, ‘’wallahi’’ !!!
Mon frère de sang Sékouba Konaté en consultant les fétiches et les cauris de nos grands parents, il m’a été enseigné ce qui suit : «Babemba sentant sa mort prochaine demanda a son frère Tieba de le succéder au trône, Tieba dit » : ‘’Oh grand frère avec tout ce que je te vois faire avec tout ce monde je ne me sens pas capable d’assumer de telles responsabilités. Il conseillera alors à son frère, « gérer un peuple c’est très facile, si tu veux partir en enfer tu peux passer sur leurs dos peu importe et si c’est le paradis que tu as choisi d’y aller ta route peux passer sur leurs têtes ». Mais dans l’un ou l’autre cas il faut être juste !!!»
Si son arrière grand père Magan Konfata Konaté s’est illustré en donnant au Mandingue son héritier Soundiata Keita pour le réorganiser, il lui revient d’assurer impérativement une transition réussie en Guinée. Un cousin de plaisanterie ma dit après les résultats du premier tour ceci : ‘’vous les Konaté aviez dévié le chemin de vos ancêtres’’. Je lui ai répondu : « Parents il faut te patienter et prier pour lui et Dieu fera le reste ». Car je suis croyant, sur et certain et j’ai la profonde conviction que nul n’est au dessus de Dieu. Entre nous on peut se tromper certes, mais personne ne peut introduire Dieu à Dieu lui-même. Il réussira sa mission, s’il plait à Dieu. Sèrah est le nom d’appréciation des Konaté au Mandingue qui veut dire réussir ou arriver à faire...
Que pensez des nouvelles alliances Arc-en-ciel et L’UFDG ?
Le Bien et le mal, il manque aussi un troisième larron la brute et M. Bandit con. (Rire)
L’Alliance ‘’Arc-en-ciel regroupe incontestablement la crème de la politique guinéenne. Elle est constituée d’hommes et de femmes compétents, écoutés, et respectés ici et en dehors de la Guinée. Et chacun en se qui le concerne a fait ses preuves un peu partout à la satisfaction générale. Par devoir de mémoire je renvoi son leader et son parti le RPG à trois temps fondamentaux de son évolution à mon avis.
1. Après plusieurs années de lutte pour la démocratie en Afrique et pour sa Guinée natale, le Pr Alpha Condé avait besoin de rassembler les patriotes autour d’un idéal, vu l’intensité du combat celui de la vie de son peuple, Il forma le premier le RPG (Rassemblement des Patriotes de Guinée). Ces vaillants fils de Guinée et d’ailleurs dans l’ultime sacrifice ont combattu et installé la démocratie et le multipartisme au prix de leur vie. Que les martyrs se reposent en paix, Amen nous vaincrons.
2. Alors il fallait rassembler les guinéennes et guinéens, un travail méticuleux, difficile, plein d’embûche et de coup bas, mais la cause était noble et sacrée et pas impossible. Le Rassemblement du Peuple de Guinée se dressa petit à petit et fièrement à travers toute la République.
3. Alors il faut dans un ultime effort patriotique convergé vers le troisième RPG celui de la : Réduction de la Pauvreté en Guinée.

Ce pole de synergie et d’ensemble d’initiatives, d’actions et de combats, me rappelle de celui d’inachevé de ces prédécesseurs Kwamé Nkrumah, Patrice Lumumba et tant d’autres émérites, morts pour l’indépendance de l’Afrique. Mais cependant il faut continuer le combat !!!
Au hasard je prends dans l’équipe Bah Ousmane, dont on dit être ‘’esclave’’, bien sûr mais de Dieu. Et qui n’est pas esclave de Dieu ? « UN NOBLE NE VOL JAMAIS » Il a les mains propres.

Une question revient souvent de la part des rivaux du Pr Alpha Condé : Qu’est ce qu’il a fait concrètement pour la Guinée ?
Il a été le principal artisan pour instaurer la démocratie et le multipartisme en Guinée et plus belle encore ce que tout bon guinéen doit faire : (NE PAS PILLER SON PAYS).
L’alliance UFDG (l’Union des Forces Démocratiques de Guinée) de Cellou Dalein Diallo, Un intellectuel guinéens, respectueux et courtois qui a fait ses preuves de ce qu’il pouvait faire pour son pays mais hélas, avec un contrat à durée déterminée (CDD) que voulez vous à la fin du contrat ?
C’est comme le parti de mon ami Cedou Délinquant Diallon de (UFDG) l’Union des Fossoyeurs et Démagogues de Guinée qui s’est illustré par la vente des petits matériaux de son parti, des ordinateurs et imprimantes, des rails, des bus, des avions et ponts, et même le seul groupe électrogène du bureau et a reformé tous les véhicules opérationnels du parti et avec cet argent et un peu d’emprunt il voulait coûte que coûte monté un autre projet de développement. Mais ni l’un ni l’autre ne sera possible. C’est dommage !!!
UFR (Union des Forces Républicaines) avec M. Sidya Touré fin technicien, intellectuel, audacieux, mais pas intelligent. L’expérience vécu avec Lansana Conté était la leçon dictée par la Guinée, genre ton pied-mon-pied et croyez-moi cela devait positivement lui servir de bréviaire, car commerce et politique ne riment pas toujours. Mon ami Sidi Yilan Yilan Diatouré du parti de l’Union des Faux Républicains (UFR) en sait quelque chose, à force de souffrir et de combine il avait tout simplement oublié la République et accepté le pot-de-vin comme tout mauvais guinéens et voilà la boucle était bouclée, la locomotive s’est détachée des wagons.
PUP (Parti pour l’Unité et le Progrès) de feu Lansana Conté, paix à son âme. Un patriote et un bon militaire et même combattant de l’indépendance. Mais un mauvais apprenti président. Qui aussi valait mieux que le PUP (Parti Utilement Pourri) de mon cousin Moussa soulard et alliés. Certains sont voleurs de riz d’autres vendeurs de drogue, tout le foutoir quoi ! Tu as compris Gorgui ? Si l’hyène n’a pas pu se tailler une culotte pour cacher ses fesses comment voulez-vous qu’il en confectionne pour son neveu ?
NGR (Nouvelle Génération pour la République) de M. Ibrahima Abbé Sylla, un électricien de surface qui s’occupe bien de cela aux USA (reste à confirmer) mais qui a accepté de marcher dans l’obscurité en Guinée. Sans expérience politique c’est vrai, mais sans conviction ni but précis comme mon frère Abbé scie et lame et son parti fantôme NGR (Nouveau Gaspilleur de la République).

Parlons à présent des médias publics et privées ?
Je les encourage et les félicite pour l’aide à la démocratisation de notre pays, et les prie à être des journalistes investigateurs, dans une impartialité totale de peur de ne pas tomber dans le genre alimentaire. Je respecte et comprends bien le combat de mes frères Amadou Diallo de
BBC (Boubacar Barry & Compagnies) et de Mouctar Bah de RFI (Radio Fouta Internationale) pour leur communauté. Mais nous autres communautés aussi, vivons en Guinée et nul ne peut cacher le soleil avec sa main ! Je les exhorte et les encourage pour la noblesse et la déontologie liées à cet métier d’être comme leurs collègues de BBC (British Brocasting Corporation ) et de RFI (Radio France Internationale).
Votre idée sur le Premier ministre, M. Jean Marie Doré ?
(Rire à gorge déployée) Inoxydable, intellectuel, intelligent, patriote et incorruptible. Il faut des hommes de cette trempe pour véhiculer le message de tous les dieux : Paix et Amour entre les fils de la terre. Il y a beaucoup de Jean Marie dans le monde mais la spécificité de la notre, est qu’il est fait en OR (Doré). J’étais dans toutes ses réceptions à Kankan depuis le début des mouvements politiques en Guinée. Le peuple vous soutien.
Quelle lecture faites-vous des cinquantenaires des indépendances en Afrique ?
Beaucoup de sacrifice de la part de nos ancêtres et un seul défi pour nous africains à présent :
«EVITER D’ETRE DEPENDANT».
Quel message avez-vous pour les Guinéens avant le deuxième tour des élections présidentielles ?
Il N’y aura jamais de Guinée pour une communauté Peulhe,
Il N’y aura jamais de Guinée pour une communauté Madingue ;
Il N’y aura jamais de Guinée pour une communauté Forestière ;
II N’y aura jamais de Guinée pour une communauté Soussou.
Seulement, une et indivisible, une Guinée pour tous et cela, quelque soit le sacrifice.
Merci M. Konaté…
Merci à vous et a votre équipe, d’être la voix des sans voix.

Aladji Touré,
PDG de la radio-kankan.com

 
Moustapha Naïté, Cellule de communication Alliance-Arc-en-ciel

:«C'est quand il y a de bonnes élections que les Guinéens se reconnaîtront»

2010/9/30

Dans cette interview qu'il a bien voulu accorder à notre site, Moustapha Naïté de la Cellule de communication de l'Alliance Arc-en-ciel a abordé un certain nombre de sujets politiques qui défraient actuellement la chronique nationale: les raisons de son engagement politique auprès du Pr Alpha Condé, l'élection de Louncény Camara à la présidence de la CENI, le pourcentage obtenu par son candidat au premier tour, les exigences de l'Alliance pour la bonne tenue du second tour.

   Ecoguinee: Vous faites partie aujourd'hui de la Cellule de communication du Pr Alpha Condé, candidat au second tour de la présidentielle. Peut-on connaître les raisons de votre engagement politique auprès de celui que l'on appelle à juste titre l'opposant historique en Guinée?

Moustapha Natté: Merci, je puis vous dire que je me suis engagé il y a de cela cinq à six mois auprès du Pr Alpha Condé pour quelques raisons. Premièrement, c'est à cause de sa légitimité politique et historique, de par le fait de son combat, de sa constance, de par le fait qu'il a toujours eu pour combat la démocratie afin que les citoyens puissent choisir librement leurs dirigeants. Ce monsieur symbolise pour moi un des pionniers de la démocratie en Guinée. C'était extrêmement important pour moi d'être avec quelqu'un qui avait une légitimité historique et politique. Deuxièmement, c'était par rapport à son programme politique qui me semble aujourd'hui plus juste et le meilleur pour la République de Guinée. Le Pr Alpha Condé dit toujours qu'il faut pouvoir marcher sur ses deux jambes avant de demander à d'autres personnes de venir vous aider. Donc pour moi un programme politique qui regarde d'abord les ressources que nous avons en interne, un programme politique qui compte sur nos propres moyens est extrêmement important. Et ce que le Pr Alpha Condé prône aujourd'hui, c'est que nous avons des ressources humaines capables de faire décoller ce pays. Pour moi, il était extrêmement important, en étant cohérent avec ma vision de la Guinée, que je rejoigne quelqu'un qui avait une vision sur la Guinée, l'Afrique et le monde. Donc, dans son programme, j'ai vu cela. Dans son programme, on donne à l'État sa puissance publique. L'État qui doit jouer son rôle, tout son rôle mais rien que son rôle. Il est important d'être avec quelqu'un qui avait un programme politique cohérent, qui n'était pas un «copier-coller» des programmes habituels que les autres partis ont. C'est un programme qui a été conçu à partir d'une vision claire de la Guinée. Aujourd'hui, la Guinée est en train de prendre un virage extrêmement important de son histoire. Je me voyais difficilement être un spectateur de l'histoire de mon pays. C'est pour cela que je me suis engagé en politique et je me suis dit que j'ai des choses à apporter dans ce domaine.

    Selon les résultats publiés par la Cour Suprême, le Pr Alpha Condé a obtenu au premier tour 18,25% des voix. Selon vous, ce score reflète-t-il son poids politique sur le terrain?

Nous avons tous assisté à un premier tour qui a été caractérisé par des fraudes extraordinaires , par une mascarade électorale que chacun de nous a qualifiée par les mots qu'il pouvait trouver. Mais je pense que pour tous ceux qui connaissent le Pr Alpha Condé, ces 18% ne reflètent en rien l'adhésion populaire que l'Homme du 17 mai a eu à consolider pendant son combat politique. Je tiens à rappeler que ces 18% font référence à 1.700.000 personnes sur 4.200.000 électeurs. Tout ceci pour vous dire qu'on ne peut pas utiliser le premier tour comme référence pour se projeter dans l'avenir pour dire quels seront les résultats pour le second tour. Nous, nous sommes tout à fait confiants avec le Pr Alpha Condé. Le second tour sera tout autre chose. Nous avons posé des exigences à la CENI. Nous avons des exigences quant aux dysfonctionnements et aux irrégularités qui ont été constatés. Donc pour nous, les 18% ne veulent absolument rien dire, sauf qu'au premier tour on a relevé le défi d'avoir tenu la date, d'avoir engagé un processus à une période cruciale de notre démocratie.

    Le 21 septembre dernier, le syndicaliste Louncény Camara a été élu au poste de président de la CENI. Une élection qui a été immédiatement contestée par l'Alliance Cellou Dalein Diallo Qu'en pensez-vous?

Je pense que c'est un faux débat. La CENI est une institution indépendante et qui peut élire en son sein qui elle voudra. C'est une contestation qui n'a pas lieu d'être. Le plus important c'est de s'assurer que le scrutin se déroule dans les conditions et les règles de l'art et que notre adversaire soit traité sur le même pied d'égalité que nous-mêmes. C'est ce que nous, nous pouvons réclamer. Quant au choix des personnes, ce n'est vraiment pas important. Le plus important c'est que la personne qui a été choisie soit de la société civile. Qu'elle ne soit ni du RPG ni du Parti adverse. Nous n'avons aucun problème avec le syndicaliste Louncény Camara. Nous appelons notre adversaire à plus de retenue pour que ce second tour se passe dans de meilleures conditions, pour qu'ensemble, nous puissions garantir une période post-électorale paisible pour la population guinéenne. Parce que c'est dans de bonnes élections qu'il y aura la paix. C'est quand il y a de bonnes élections que les Guinéens se reconnaîtront. Il ne faudrait pas que ce second tour soit comme le premier tour. L'élection de Louncény Camara n'est pas d'actualité chez nous. C'est la CENI, avec ses 18 membres sur 23, qui l'a élu. Donc, nous, nous n'avons rien à dire. La CENI est indépendante et autonome. Elle peut élire qui elle voudra en son sein. C'est ce que son règlement intérieur dit. S'il y avait problème par rapport à la procédure, nous aurions dévoilé ou dénoncé cela. Nous avons récusé Amadou Oury Baldé qui le 2ème vice-président de la CENI. Nous nous sommes dit qu'il est de l'UPR, donc de l'Alliance Arc-en-ciel du Pr Alpha Condé. Nous avons dit que nous n'allons pas soutenir sa candidature comme président de la CENI, tout simplement parce qu'il appartenait à l'Alliance Arc-en-ciel et qu'il ne pouvait pas avoir une lecture impartiale de ces élections. De même, on a récusé Hadja Mame Camara parce qu'elle a été désignée par le PUP. Ce qui s'applique à Amadou Oury Baldé s'applique à Mame Camara. Nous n'avons pas récusé Louncény Camara, parce qu'il est syndicaliste. Il faisait partie des représentants de la la société civile à la CENI. Ben Sékou Sylla est décédé des suites de maladie (Que son âme repose en paix). L'avocat Fodé Abass Bangoura a démissionné au lendemain de la proclamation des résultats du premier tour. Il ne restait plus que Louncény Camara, le syndicaliste. Donc, je ne vois pas pourquoi tout ce tollé autour d'une élection dans une institution indépendante.

   Pensez-vous qu'à ce jour toutes les conditions sont réunies pour la tenue d'une élection transparente?

Nous avons posé 24 points et nous avons demandé à ce que la CENI règle ces 24 points. Jusqu'à la dernière présentation de ce papier, il y avait 8 points qui avaient été réglés. Il restait 16. L'exigence que nous avons, c'est tout simplement que les dysfonctionnements et les points qui ont été signalés par nous-mêmes et par une Commission ad hoc soient réglés. C'est tout ce que nous demandons à la CENI. Nous demandons des élections libres et transparentes qui pourront être acceptées par tous.

  Quel message avez-vous à lancer aux populations guinéennes en général et aux jeunes en particulier?

Ce que j'ai à lancer à la population guinéenne ou à dire plutôt, c'est d'être vigilante, de ne pas accepter qu'elle soit manipulée, qu'elle exige de ses institutions et de ses partis politiques la clarté et la transparence dans tout le processus. Nous souhaitons que l'élection du président ne soit pas entachée d'irrégularités. Notre souhait est que le prochain président soit le président de tous les Guinéens sans aucune exclusion. C'est pour cela, nous insistons et appelons le peuple de Guinée à demander aux institutions de la place, aux partis politiques plus de responsabilité pour ne pas mettre en danger cette paix qui a toujours caractérisé notre pays.

Votre mot de la fin
Je prie pour les Guinéens et les Guinéennes. Comme en 1958, lorsque que les Guinéens se sont mis ensemble pour créer une nation, je suis certain qu'on est un peuple qui sait relever les défis. Je suis convaincu qu'à la fin de ces élections, le peuple de Guinée se mettra ensemble pour le développement de ce pays. Donc, j'invite tous les acteurs politiques, tous les jeunes, tous les sages, tous les leaders d'opinion à œuvrer à ce que la Guinée demeure unie, à ce que la Guinée consolide cette fraternité entre les Guinéens. Notre nation sera encore plus grande, celle qui donnera le ton pour les prochaines décennies en Afrique.

Propos recueillis par
Djibril Camara

 
Culture/Musique: Alpha Blondy: «Je demande aux Ivoiriens d’arrêter d’être bêtes»

2011/3/22

Pour la star ivoirienne du reggae, la crise et la violence en Côte d'Ivoire sont aussi incompréhensibles qu'inutiles: il n'y aura pas de vainqueur et il faut négocier. Au cœur du problème: l'ivoirité.

Alpha Blondy prépare la sortie de son nouveau disque, Vision, le 4 avril, et des concerts en France. Ancien messager de la paix pour l’ONU, toujours ambassadeur de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), la star du reggae a joué un rôle de facilitateur au moment des accords de paix de Ouagadougou, entre le régime de Laurent Gbagbo et la rébellion nordiste des Forces nouvelles (FN), menée par Guillaume Soro. Des accords signés en 2007 entre deux camps qui s’affrontent aujourd’hui à l’arme lourde.

La voix d’Alpha Blondy, en Côte d’Ivoire, porte au-dessus des partis. Bien connu pour son franc-parler et sa profonde aversion pour le mensonge, l’artiste a soutenu Laurent Gbagbo, mais a aussi été l’un des premiers à l’appeler publiquement à quitter le pouvoir, en décembre 2010. Son point de vue, pour SlateAfrique, sur la situation actuelle.

SlateAfrique - Un état d’esprit très polarisé et violent s'est installé à Abidjan. Comment le vivez-vous?

Alpha Blondy - Je suis sans prétention. Je suis habitué aux insultes et aux injures. Si je devais mettre les insultes que j’ai reçues à la banque, je serais multimilliardaire! Je fais mes chansons, j’alerte. Après, on me dit toujours: «Alpha, tu avais raison, on aurait dû t'écouter.» C’est ça qui m’énerve.

SlateAfrique - Les élections n’ont-elles pas marqué la fin de l’ivoirité, avec une alliance entre Baoulés et gens du Nord qui a fonctionné en faveur d’Alassane Ouattara?

A.B. - Je suis désolé, mais la guerre actuelle est encore celle de l’ivoirité. Les 600.000 voix annulées l’ont été dans le Nord. Pourquoi voulez-vous qu’une région soit comptable des erreurs d’une administration? Pourquoi avoir ressorti la carte ivoiritaire? Il suffisait au président du Conseil constitutionnel d’appliquer l’article 64 du code électoral ivoirien pour invalider les élections sur tout le territoire national. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait? Le président Gbagbo avait le temps, en 45 jours, de refaire les élections! Je ne suis pas un politicien. Si un inculte comme moi peut voir ça… C’est flagrant!

SlateAfrique - D’où vient le problème de l’ivoirité?

A.B. - Avant l’indépendance, il n’y avait pas de papiers d’identité ou d’état civil. Beaucoup de gens comme moi sont «nés vers» telle date. Il fallait en prendre conscience et donner leurs papiers aux gens, réparer l’erreur administrative de la colonisation et des différents gouvernements qui se sont succédé.

Au début, on a accusé Henri Konan Bédié [ex-président de la Côte d’Ivoire au pouvoir de 1993 à 1999, ndlr] d’être le père de l’ivoirité. Bédié est tombé dans le piège. Ses adversaires voulaient détruire son parti, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

Quelqu’un qui était supposé être un conseiller de Bédié, l’historien Pierre Kipré [ensuite envoyé par Laurent Gbagbo en tant qu’ambassadeur à Paris, ndlr] a trouvé cette formule: «Ivoiriens de souche, Ivoiriens de souche multiséculaire et Ivoiriens de circonstance» —et bla bla bla, pour diviser la famille ivoirienne. Le rêve de Félix Houphouët-Boigny [au pouvoir de 1960 à 1993, ndlr] était de créer les Etats-Unis d’Afrique dans son pays.

SlateAfrique - Que s’est-il passé, ensuite?

A.B. - Personne n’a prévenu Bédié que c’était une bombe à fragmentation ethnique, et il a cru à un concept culturel. Bédié a fait la paix avec Ouattara [ex premier ministre de Houphouët-Boigny. Selon les Nations unies et la communauté internationale, il a remporté la présidentielle de décembre 2010 avec 54% des suffrages, ndlr] quand il a compris.

Ouattara a été brûlé par l’ivoirité. Bédié a été brûlé par l’ivoirité. Quand Bédié est tombé, les «Ivoiritaires» sont allés du côté du putschiste militaire Robert Gueï [auteur du coup d’Etat de 1999, ndlr], alors qu’ils étaient dans le PDCI, le parti de Bédié. Quand Gueï est tombé, ils se sont positionnés derrière Gbagbo.

J’ai dit au président Gbagbo, attention: il y a des Ivoiritaires tapis dans l’ombre de la présidence, ils sont en train de miner votre pouvoir, de vous mettre sur la tête la couronne de l’ivoirité. Le tandem Gbagbo-Soro [ex chef de la rébellion et ex premier ministre de Gbagbo, Guillaume Soro est désormais le Premier ministre de Ouattara, ndlr] était la chance de la Côte d’Ivoire. Mais finalement, les Ivoiritaires et les va-t-en guerre ont eu raison.

SlateAfrique - Peut-on dire que Ouattara est aussi un va-t-en guerre, puisqu’il réclame une action militaire extérieure pour déloger Laurent Gbagbo du pouvoir?

A.B. - Non! Gbagbo et Ouattara sont deux victimes face à face. Ouattara est une victime de l’ivoirité. Gbagbo, lui, a hérité de la guerre de l’ivoirité. Voilà pourquoi son tandem avec Guillaume Soro pouvait mettre fin à l’ivoirité.

L’alliance entre les rebelles des Forces nouvelles (FN) et les Forces de sécurité [FDS, loyales à Gbagbo, ndlr] aurait pu mettre fin à la crise. Mais l’économie de guerre en arrange certains, dans les deux camps. Nous assistons à la victoire de ceux-là, de ceux qui prennent des commissions sur les achats d’armes. Il y a des gens que la paix n’arrange pas.

SlateAfrique - La situation est-elle encore rattrapable?

A.B. – J’ose l’espérer. Que les armes se taisent! Qu’on arrête de tuer les civils! Que les FDS et les FN ou le commando invisible arrêtent de se tuer, de s’entretuer. J’invite tous ceux qui vont sur Abidjan.net et les forums de grands débats à arrêter les insultes et les phrases incendiaires: «Je veux du sang, du sang, du sang», «Je veux égorger les Dioulas», «Je veux égorger les Bétés».

Je demande aux Ivoiriens d’arrêter d’être bêtes. Ne soyons pas bêtes! En vérité, celui qui tue Gbagbo aura tué Ouattara. Celui qui tue Ouattara aura tué Gbagbo. OK? Je suis fatigué de toujours vous mettre en garde. Je ne veux plus avoir raison. Il faut prendre ses responsabilités!

Arrêtons de dire c’est la faute à la France, c’est la faute au Burkina Faso, c’est la faute à la communauté internationale. Si nous et nos politiques avions été à la hauteur, ni la France, ni le Burkina Faso, ni la communauté internationale ne se seraient invités dans notre débat. Prenons nos responsabilités!

On se demande de quoi l’Union européenne se mêle… Voilà des gars qui ont mis 300 milliards de francs CFA [457 millions d'euros] dans nos élections [et le processus de désarmement et recensement qui a précédé le scrutin, ndlr], les plus chères au monde. Ils se mêlent de là où leur pognon est passé! Cette fois-ci, les ennemis de l’Afrique, ce sont les Africains. Les ennemis de la Côte d’Ivoire aujourd'hui, ce sont les Ivoiriens. Chaque mort ivoirien interpelle tous les Ivoiriens. Je voudrais que cette bêtise qu’est la tuerie s’arrête.

J’ai pitié du ou des vainqueurs, ils seront inconsolables devant l’étendue de leur victoire. Tout a une limite. Même les plus grosses bêtises comme celle que nous vivons.

Ecoutez la version audio (2'24)

SlateAfrique - Un scénario rwandais est-il possible en Côte d’Ivoire?

A.B. - On est bien partis pour ça... Sur le forum Abidjan.net, on la voit bien, toute cette haine. L’Ivoirien a cette insouciance bête de vouloir mimer toutes les bêtises d’ailleurs. «Ouattara, c’est Hitler», «Gbagbo, c’est Hitler»... Arrêtez de faire appel au malheur! Dieu vous écoute, il va exaucer vos vœux!

Depuis très longtemps on entend dire: «Un jour ça va chauffer dans ce pays, ça va chier ici, on va se faire ceci, on va se faire cela.» Dieu a entendu le message. Voici déjà la guerre. Et pour dire à quel point ils sont naïfs, mes frères: certains sont encore là, à attendre «le coup de sifflet pour le départ». Ah bon? Parce que c'est un match? Idiots! La guerre civile a déjà commencé. Il faut que cela s’arrête!

Ecoutez la version audio (1'01)

SlateAfrique - Comment pourrait-on sortir de la crise?

A.B. - Je fais une proposition, et si elle blesse quelqu’un, ce n’est pas la peine d’aller sur Internet pour m’insulter. Si ma proposition ne vous plaît pas, allez sur Internet faire d'autres propositions. Les insultes ne sont pas des propositions. Il faut mettre un terme à cette bestialité qui déchire notre pays.

Je demande au camp Ouattara de relancer les discussions avec le camp Gbagbo. Il faut qu’il propose de débloquer les fonds de Gbagbo et de ses proches, de dégeler leurs avoirs et de voir comment lever les sanctions. Il faut repartir vers Gbagbo et faire des propositions de départ du pouvoir.

Quel Ivoirien va accepter, après avoir été président, de se retirer avec ses comptes bloqués, ses avoirs gelés, avec en prime un passage devant la Cour pénale internationale (CPI)? C’est peut-être trop tard pour les négociations, mais mieux vaut des négociations que la guerre! Aidez-nous à stopper cette guerre!

Propos recueillis par Anne Khady Sé
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Mohamed Lamine Coumbassa, DGA de la CNSS : « Il faut rendre hommage au Pr Alpha CONDE pour son engagement à permettre aux fonctionnaires d’avoir accès aux soins de santé »

2011/9/11

Mohamed Lamine Coumbassa est le Directeur général adjoint de la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS). Dans cette interview accordée à notre site, il présente la Caisse, parle de sa mission, de ses difficultés, de ses partenaires et des innovations qu’elle a connues depuis la nomination de Malick Sankhon à sa tête.

Ecoguinee: Présentez brièvement la CNSS à nos lecteurs


Mohamed Lamine Coumbassa : Avant de commencer cette interview, je remercie Mr Malick Sankhon, Directeur Général de la CNSS, pour ses meilleurs résultats en (8) huit mois. A l’image des pays africains sous administration française, le système de Sécurité Sociale en République de Guinée s’est développé autour du régime des prestations familiales par adjonction des branches des accidents de travail et des maladies professionnelles, l’assurance vieillesse et l’assurance maladie invalidité. L’on distingue six (6) étapes majeures dans la mise en place du système entre 1955 et 1984. La CNSS est un établissement public qui jouit de l’autonomie financière et administrative.

Quelle est la mission de la CNSS ?

La CNSS a pour mission d’assurer aux travailleurs et à leur famille, une protection contre le dénuement économique et social où pourrait les plonger la perte ou la réduction sensible de leurs gains. La CNSS couvre les travailleurs salariés qui sont régis par le code de sécurité sociale, le code du travail et les conventions collectives. Les fonctionnaires de l’Etat sont exclus du champ d’application de la CNSS.


Sur le plan administratif, comment la CNSS est-elle organisée ?

La CNSS est gérée par deux organes : l’organe de décision (le Conseil d’Administration) et l’organe d’exécution (la Direction Générale).

Quels sont les risques et charges couverts ?

Il faut faire la distinction entre d’une part, l’évènement susceptible de réduire ou de supprimer la capacité de gain, qu’il soit prévisible comme la vieillesse ou imprévisible comme la maladie et, d’autre part, l’évènement dépendant de la volonté individuelle comme la maternité et la famille, qui entraîne un surcroît de dépenses. Dans le premier cas, il s’agit de donner une garantie contre les risques et dans le deuxième, une couverture des charges. Les risques sont : la maladie ; l’invalidité ; le décès ; la vieillesse ; le veuvage ; les Accidents de Travail ; les maladies professionnelles. Les charges sont : la maternité ; la famille. La CNSS perçoit les cotisations des travailleurs qui sont assises sur les salaires bruts pour payer les prestations aux assurés sociaux. Présentement, le taux de cotisation est de 23% appliqué sur une assiette de cotisation plafonnée à 1.500.000 FG depuis le 1er janvier 2011 et avec un plancher de 200.000 FG. Ce taux est reparti comme suit : 18% pour la cotisation patronale et 5% pour la part ouvrière.

Quels sont les principaux partenaires de la CNSS ?

Outre les partenaires internes, la CNSS est en partenariat avec le Bureau International du Travail (BIT), l’Organisation Internationale du Travail (OIT), L’Ecole Nationale Supérieure de Sécurité Sociale (EN3S), le Centre Ivoirien de Formation des Cadres de Sécurité Sociale (CIFOCSS), les Unions de Recouvrement des cotisations de Sécurité Sociale et d’Allocations Familiales (URSSAF).

Récemment, le Président de la République a souhaité une couverture médicale des fonctionnaires guinéens. Quel rôle la CNSS peut jouer dans ce cadre ?

Cette ambition du Président de la République pour les fonctionnaires guinéens est noble. Vous savez, les fonctionnaires guinéens bénéficient de la pension, des allocations familiales, mais pas de couverture maladie. Pour matérialiser le souhait du Président, des commissions de travail ont été mises en place sous la coordination du Premier Ministre. Ces commissions sont au nombre de quatre : la Commission Protection Sociale ; la Commission SMIG ; la Commission Emploi et la Commission Retraite. J’ai eu le privilège d’être choisi comme membre de la commission protection sociale. A la CNSS, nous avons une expertise en la matière.
Les fonctionnaires doivent accepter de cotiser désormais pour leur protection sociale à une structure dont la création et la dénomination seront proposées par la Commission au Gouvernement. Actuellement le système est non contributif, autrement dit, le fonctionnaire ne paie rien pour bénéficier d’une pension de vieillesse par exemple. Il faut donc rendre hommage au Professeur Alpha CONDE pour la clairvoyance de son esprit et son engagement à permettre aux fonctionnaires et aux retraités de Guinée d’avoir accès aux soins de santé.

Quelles sont les difficultés rencontrées par la Caisse dans l’accomplissement de sa mission ?

Les difficultés sont entre autres : le refus de certains employeurs à se faire immatriculer à temps ; la diminution du ratio actif/retraité ; le manque de concertation entre la CNSS, les Centres Hospitaliers, les Cliniques, les Officines Pharmaceutiques dans la tarification des actes médicaux ; les arriérés de cotisation accumulés par certains employeurs, tels que EDG, Projet Coton, etc.

Parlez des innovations apportées à la gestion de la CNSS ?

Dans le cadre des innovations, des actions suivantes ont été entreprises : la diversification des ressources financières de la CNSS par la prise de participation dans le capital de la Banque BIAO Guinée ; la prise de participation dans la société immobilière SEAPIM ; la création des agences de proximité dans trois Communes de Conakry (Ratoma, Matam et Matoto) ; le remplacement des cartes d’assuré social actuellement en vigueur par celles biométriques.

Quel message particulier avez-vous à donner aux Partenaires et aux Investisseurs ?

Il y a quelques années, ce pays n’était pas fréquentable. L’administration, en général, n’était pas digne de confiance. Mais avec l’élection du Professeur Alpha CONDE, le pays est redevenu fréquentable, la confiance revient. Les partenaires et investisseurs peuvent être rassurés de l’environnement incitatif actuel pour faire des affaires dans ce pays. Un cadre juridique protecteur et un nouveau code minier avec un contenu gagnant-gagnant seront opérationnels dans les prochaines semaines ou mois. Ces outils permettront non seulement à la Guinée de renouer avec l’investissement en général mais aussi à la CNSS d’élargir la couverture sociale aux nouveaux employeurs et employés en particulier.

Interview réalisée par
Mamy Dioubaté

 

Diaby Gassama Kalifa, pdt de l’ONDG
«Aucune défaite ou victoire politique ne doit être considérée comme une défaite ou victoire communautaire»

2011/10/15

L’impasse qui caractérise actuellement le processus de transition, le retour de la cacophonie à la CENI, les événements du 27 septembre dernier, la réconciliation nationale, voilà autant de problématiques de la vie nationale que l’Indépendant a abordées dans son numéro de cette semaine avec le Juriste et universitaire, Diaby Gassama Kalifa qui est également le président de l’Observatoire National de la Démocratie en Guinée (ONDG).
L’Indépendant : La transition guinéenne est devenue un processus qui éprouve de plus en plus du mal à arriver à son terme. Qu’est-ce qui, à votre avis, explique cette situation ?
Diaby Gassama Kalifa : Les difficultés actuelles auxquelles est confrontée la transition démocratique guinéenne trouvent son explication dans les paramètres structurels et conjoncturels qui façonnent l’histoire sociopolitique guinéenne depuis des décennies.
Structurellement, j’entends évidemment ici l’architecture sociale et politique, la Guinée est amplement à la portée, dans le cadre d’un jeu politique pluraliste et concurrentiel, de la moindre crise politique qui dans un cadre normal passerait presqu’inaperçue.
Ce pays est constitutif d’une diversité ethnique de surcroît manipulée, qui est devenue dans le champ politique son talon d’Achille.
Lorsque cette diversité ethnique s’incarne dans les formations politiques, la concurrence des idées et des solutions cèdent la place à des susceptibilités et des subjectivités politiques. Les partis politiques devenant l’autre face des identités ethniques et communautaires dans son expression la plus fermée et sectaire, les combats politiques perçus en démocratie comme source d’émulation deviennent source de conflits irréductibles, voire de violence.
Avec un tel schéma, une telle représentation d’une réalité qui ne demande qu’à être transformée par l’œuvre politique, toute défaite politique est vécue comme une défaite identitaire, par conséquent inacceptable.
Cette vision erronée de l’identité dans le champ politique en l’occurrence démocratique est un des freins majeurs de la démocratisation de la Guinée.
Et pourtant en réalité, le problème en Guinée est moins les ethnies que leur instrumentalisation d’une part, et par conséquent l’inadaptabilité que cette instrumentalisation crée avec le modèle démocratique institutionnel choisi.
C'est-à-dire qu’on veut un modèle démocratique pour une structure et des comportements inadéquats.
Cette paralysie structurelle de la dynamique démocratique en Guinée est d’autant plus préoccupante et navrante que l’ethnicisme dogmatique et politique qui la charpente est particulièrement et fondamentalement instrumentalisé par des responsables politiques qui trouvent là source d’arguments imparables fussent-ils nuisibles pour la paix, la cohésion et la prospérité nationale.
La démocratie est par définition un système de concurrence, celles des idées, des approches et des solutions. Ainsi entendue, la démocratie n’existe que dans la confrontation objective des opinions, débouchant sur une possibilité de choix libre et éclairé.
Cette approche de l’idée démocratique est difficile dans le contexte Guinéen, car tout choix politique est vécu comme un choix mécanique, la majorité est perçue comme une donnée mécanique et la défaite également comme une faiblesse mécanique. Terrible piège, n’est-ce pas ?
Dès lors, comment faire vivre une telle idée de la démocratie, avec sa dimension concurrentielle et symboliquement conflictuelle ( je dis conflit et non violence !) dans une société où préexiste une différenciation socio-identitaire prononcée ? D’autant plus que les partis politiques qui sont une des voies fondamentales de l’expression démocratique concurrentielle sont généralement taillés à l’image de cette segmentation ethnique et identitaire ? Une similarité telle, qu’aucune confrontation politique ne saurait échapper à une lecture identitaire, ethnisante et donc exclusive et potentiellement de confrontation.
Tel est l’enjeu et le défi auxquels la Guinée fait face.
Que faut-il faire alors ?
Il faut choisir entre trois possibilités : le simplisme dangereux, l’entêtement inefficient ou le réalisme inventif.
Le simplisme dangereux, c’est la victimisation sectaire et la culpabilisation réductrice et dogmatique. Il faut absolument trouver les victimes et les coupables des peines et des souffrances, certes légitimes et douloureuses, mais complexes et entremêlées. Nommer les victimes et les bourreaux ? Se victimiser en culpabilisant les autres ? Quand par définition l’identitarisme dans le champ politique renvoie à une subjectivisation et une manipulation transversale donnant naissance à des postures de victimisation et de culpabilisation alternative…erronée mais subjectivement légitime de part et d’autre.
L’entêtement inefficient, c’est continuer à faire fi de nos réalités socioculturelles et politiques têtues en s’embourbant dans un mimétisme démocratique et institutionnel formel de plus en plus problématique et paralysant ; s’installant ainsi dans l’illusion d’une démocratie qui nous crée plus de problèmes que de solutions. C'est-à-dire dans une démocratie formellement fonctionnelle, mais instable et potentiellement violente.
Car, aucune volonté de démocratisation ne saurait faire l’impasse sur des réalités structurelles et conjoncturelles objectives et subjectives. Je crois beaucoup à la puissance du politique et de la politique, mais celle-ci ne saurait suffire pour faire abstraction sur un certain nombre de réalités puissamment établies et ancrées dans nos normes socioculturelles et politiques.
Ou alors choisir le réalisme inventif, c’est-à-dire faire preuve d’ingéniosité institutionnelle et fonctionnelle qui, tout en demeurant fidèle à ce qui est substantiellement constitutif de l’idée démocratique, peut nous faire coexister la possibilité d’un fonctionnement démocratique régulier et concurrentiel, tout en le soustrayant de sa part conflictuelle violente du fait de la structure sociale, qui mettrait en danger la cohésion et la coexistence nationale ?
Pour cette dimension structurelle de la crise qui rythme la vie politique nationale, il ne faut pas faire l’économie, au-delà des réponses ponctuelles et urgentes, d’un débat de fond sur le modèle démocratique et institutionnel qu’il nous faut. Ce débat, loin d’être un chemin de fragilisation, sera salutaire pour le pays et pour notre choix collectif du vivre ensemble paisible et prospère.
Je ne dis pas que nous devons considérer cette réalité comme immuable. Nous sommes dans la situation d’une société pré-nationale, où l’existence de la nation, malgré certains acquis indéniables, est plus formelle que réelle dans le jeu politique. Il faut garder l’espoir d’une construction nationale solide et démocratique. Mais il faut se donner les moyens intellectuels et politiques pour y arriver, et avant d’y arriver de préserver ce qui est réel pour mieux espérer ce qui doit advenir.
Comment doit-on faire?
Pour commencer, il faut placer au cœur de notre objectif démocratique la question de l’éducation citoyenne, civique et politique. Et cette obligation s’impose aussi bien au pouvoir qu’à l’opposition.
L’émergence d’une conscience citoyenne doit être au cœur du projet de construction nationale et démocratique. Car, il sera difficile d’espérer une nation démocratique en Guinée, en tout cas pour ce qui est de la forme démocratique déjà choisie formellement et juridiquement donc constitutionnellement, sans l’existence de l’Etre Citoyen.
C'est-à-dire une identité spéciale débarrassée des allégeances identitaires originelles et communautaires ou religieuses.
On n’est toutefois pas obligé d’emprunter le même chemin et la même méthodologie que certains pays modèles en la matière. Il faut faire preuve certes de volontarisme politique, mais aussi d’inventivité politique contextuelle, de subtilité et de flexibilité institutionnelles.
En attendant d’arriver au niveau d’une société de Nation, il faut faire en sorte, institutionnellement, politiquement, et symboliquement, que les défaites politiques ne soient jamais considérées ou appréhendées comme des défaites identitaires ou communautaires. Il faut faire en sorte que les perdants ne perdent pas tout, et que les gagnants ne gagnent pas tout. Et surtout qu’aucune victoire politique n’apparaisse comme une victoire identitaire ou communautaire.
C’est notre structurelle sociale et mentale actuelle qui l’exige et le commande, dans l’intérêt général et pour l’aboutissement de notre objectif démocratique.
A défaut, et comme c’est le cas en ce moment, on se retrouvera dans une situation où les règles et les jeux démocratiques ne seront jamais perçus comme tels.
Tenez, dans tout pays démocratique normal, on ne reprochera à celui qui sort gagnant d’une compétition politique de ne pas choisir des personnes (fussent-elles compétentes) dans le camp de ses adversaires politiques. Et c’est ce qu’on fait en Guinée.
On reproche au Président élu de ne pas prendre des individus qui ne soutenaient par ailleurs pas son programme et sa vision politique, ou d’en écarter ceux qui ne partagent pas sa vision politique.
Dans n’importe quel pays ou contexte démocratique normal avec une Nation, ces reproches seraient considérés comme totalement insensés, voire ridicules. Car en politique et en démocratie, on gouverne avec ceux et celles qui ont mené le combat avec nous et qui partagent une même vision politique et programmatique.
Et pourquoi tel n’est pas le cas en Guinée?
Parce que tout simplement nos partis politiques et toutes nos structures partisanes sont à l’image de nos appartenances ethniques et identitaires.
Ce qui réduit toute opposition politique à une opposition ethnique, et ainsi donc tout choix politique est interprété et perçu comme un choix ethnique. Ce qui est très généralement faux, mais que voulez-vous ? L’ethnie se confondant à la politique et au choix politique, cette perception est souvent séduisante et convaincante. C’est aussi ça la logique du choix politique et de la démocratie concurrentielle.
Imaginez que le Président de la République change un préfet qui ne lui était pas favorable politiquement, et quoi de plus logique dans un contexte démocratique et structurel normal.
Mais si ce préfet est ethniquement identifié et différencié, c’est la lecture ethnique qui prédominera. Hélas ! C’est ce qui se passe en Guinée. Conséquence de l’assimilation de la politique à l’ethnie.
En France par exemple, un pouvoir de droite, à la suite d’une victoire politique, peut changer aisément et sans qu’il en soit récriminé, tous les préfets ou procureurs qui ne semblent pas être du même bord politique que lui. L’important est que ceux et celles qui sont choisis agissent et se comportent dans le strict respect des dispositions constitutionnelles et légales. On peut regretter ce genre de choix, on peut s’en émouvoir, mais cela rentre dans la logique de toute démocratie concurrentielle et majoritaire.
Mais la Guinée n’est pas la France. Parce qu’en France la lecture d’une telle situation ne sera point ethnique ou identitaire, mais politique ou alors éthique.
N’empêche, il faut trouver en Guinée une solution à cette situation. On ne peut pas faire comme si de rien n’était. On ne peut pas faire comme si ces perceptions d’exclusion étaient insignifiantes. Elles sont réelles puisqu’elles sont expressives, elles sont réelles puisqu’elles créent des frustrations et des sentiments d’exclusion. Même si tout cela est grandement et manifestement, on le sait, le fruit d’une manipulation politique et intellectuelle de la part d’une élite désemparée.
Le pire est à craindre lorsque cette situation est instrumentalisée par des responsables politiques qui savent pertinemment qu’il est tout à fait logique qu’on fasse politiquement plus confiance à celui qui vous a soutenu qu’à celui qui ne vous a pas soutenu.
En théorie, on ne peut pas vouloir de la concurrence et exiger du gagnant qu’il partage le pouvoir.
Mais vu la situation guinéenne, je pense qu’il faut faire face à ce paradoxe et y apporter des réponses à court, moyen et long termes.
Il faut adapter notre démocratie institutionnelle et fonctionnelle à nos réalités structurelles et mentales…tout en ayant pour horizon l’émergence d’une conscience nationale, citoyenne et démocratique.
Nous pouvons toujours espérer une démocratie républicaine, mais pour cela, il faut préserver nos acquis et ne pas empirer nos failles structurelles et politiques.
Oui à l’idée de Nation et de République, mais cela ne doit pas être un objectif dogmatique, ni un horizon fermé. L’importance n’est ni dans les mots, ni dans les idées en soi, mais dans leur concrétisation positive, dans leur finalité. C'est-à-dire une société de paix, de liberté, d’égalité, de justice et de prospérité. A cet égard, peu importent les formes institutionnelles. Il faut en finir avec les dogmes importés et faire preuve d’intelligence contextuelle.
Conjoncturellement, cette crise est aussi le fait et le résultat d’une transition mal menée et précipitée. Certains choix institutionnels n’ont pas vraiment été judicieux pour garantir une transition apaisée. Des institutions à la légitimité moindre cohabitent avec d’autres institutions démocratiquement plus légitimes. Ce qui rend la symphonie institutionnelle peu équilibrée.
Certaines questions et certains choix auraient dus être traités pendant la première phase de transition pour éviter à la prochaine phase toute instrumentalisation partisane, garantir la sérénité et protéger les institutions démocratiques à naître des querelles partisanes et opportunistes.
A défaut d’avoir pu évacuer consensuellement certaines questions par les acteurs de la transition, on a rendu compliquée la tâche du vainqueur de l’élection présidentielle. Sorti vainqueur d’une compétition politique démocratique, ce président ne peut être perçu par ses adversaires politiques que comme partisan.
Chose tout à fait normale dans une situation ordinaire, ce qui n’est pas le cas en Guinée. Dès lors, par ces ratés de la première phase de la transition, on demande à ce président de se vivre en vainqueur politique et d’agir par consensus. Autrement dit de respecter la loi et d’agir dans le consensus.
C’est une situation politiquement difficile à admettre en temps normal, où il suffirait de respecter la loi. Mais, je pense que la situation actuelle de notre pays nécessite et recommande ce ‘’consensus et ce dialogue’’, parce que le processus de transition a été mal mené et mal défini, parce que le contexte l’exige. Cette ‘’schizophrénie’’ politique, puisque c’en est une, est indispensable pour sortir notre pays de cette impasse. Et cette responsabilité incombe tant au camp politique qui a gagné, qu’à l’opposition qui doit elle aussi revoir sa logique d’opposition en tenant compte du contexte et du cadre.
C’est cette situation particulière qui explique la récurrence de cette crise conjoncturelle. Elle peut être dépassée à condition que chaque partie tienne compte de l’exceptionnalité de la situation et qu’elle place la logique de paix et de dialogue au cœur de sa démarche.
Que pensez- vous de la cacophonie qui secoue actuellement la CENI et qui la remet à nouveau au cœur du débat politique ?
Ecoutez, on ne va pas passer notre temps à épiloguer sur une structure qui ne fait rien pour donner une image de sérieux. A quoi bon passer son temps à analyser, interpréter et réinterpréter des lois pour des personnes qui passent leur temps à des combines politiciennes et ridicules.
Si les membres de la CENI ne sont pas capables d’assumer leur mission dans la dignité, en évitant de ridiculiser de surcroît notre pays par des querelles basses, qu’elle soit dissoute et qu’on mette en place une structure spéciale pour les élections à venir.
Moi je commence à me lasser de cette affaire de CENI. Alors que voulez vous que je vous dise ? A part que trop c’est trop.
Soit ils sont à la hauteur de leur mission, soit qu’ils soient tous démis de leur fonction.

A la suite de la marche organisée par l’opposition le 27 septembre, le pouvoir vient d’ouvrir un dialogue inclusif. Mais aujourd’hui, ce dialogue se trouve dans une véritable impasse à cause du boycott de l’opposition qui pose des conditions pour sa participation. Qu’est-ce que vous proposez aujourd’hui aux deux parties pour renouer le fil du dialogue entre elles ?
Cette journée du 27 septembre est une journée de souffrance, de tristesse et de colère pour moi.
Je pensais que politiquement cette marche n’était pas opportune, et qu’il fallait donc laisser encore une chance au dialogue. Mais étant attaché à l’expression libre des opinions, indispensable à la démocratie, j’ai souhaité et défendu le droit pour l’opposition de marcher dans le strict respect de la loi.
J’avais espéré que ce jour, à défaut d’avoir pu l’empêcher, ne soit une nouvelle occasion d’entendre parler encore de la Guinée négativement.
Il faut noter que globalement, on a évité le chaos. Même si un mort est toujours de trop, un blessé est toujours de trop, il faut se réjouir du fait qu’on ait pu grandement limiter les dégâts.
Qu’il me soit ici permis de condamner toutes les violences qu’il y a pu avoir, qu’elles soient du fait des forces de sécurité ou des manifestants. L’Observatoire national de la démocratie que j’ai l’honneur et la charge de présider condamne toutes formes de violences, exprime sa totale désapprobation aux violences.
Je voudrais aussi dire ici de la façon la plus claire, et ce, après avoir recueilli de nombreux témoignages directs, qu’il y a lieu de féliciter ceux et celles des forces de l’ordre qui se sont comportés et ont agi avec dignité et grandeur dans le respect de la loi et de son esprit.
Certes, il a dû y avoir des actes de violences par conséquent inacceptables, mais il faut aussi féliciter nos forces de l’ordre d’avoir globalement agi dans le respect de la loi.
Nous condamnons fermement ceux et celles des forces de l’ordre qui ont agi en contradiction avec la loi, car cela est contraire à leur mission.
Connaissant les faiblesses techniques et humaines de nos forces de sécurité, il est important que les uns et les autres évitent de placer nos forces de sécurité dans des situations délicates où quoi qu’elles fassent elles sortiront salies et souillées.
Autant il faut dire et faire clairement comprendre à nos policiers nos gendarmes, nos militaires qu’ils n’ont aucun droit d’exercer la violence sur un citoyen, sous quelque forme que ce soit, autant nous devons protéger et défendre aussi, dans la vérité et l’esprit de justice la dignité et l’honneur de nos forces de sécurité.
Les forces de sécurité n’ont pas n’ennemis en Guinée, en tout cas elles ne doivent point en avoir.
Il faut cesser de les présenter comme ennemis d’une partie de la population, ce n’est rendre service ni à la Guinée, ni à la démocratie.
Chaque partie doit prendre la mesure de l’enjeu et du défi auxquels ce pays fait face.
Le pouvoir avec sa majorité politique et malgré son droit légitime à gouverner doit exprimer la plus grande responsabilité pour sortir ce pays de cette crise. Il doit sortir de sa frilosité et de sa frustration réelle de ne pas pouvoir vivre normalement et démocratiquement son privilège de majorité politique et de gouvernance légitime et démocratique. Malheureusement, ni le processus mené, ni le contexte ne le lui permettent. Il doit en demeurer conscient pour l’intérêt général.
Ainsi donc, cette majorité politique a le devoir de concilier la logique de gouvernance majoritaire et la nécessité conjoncturelle d’une politique de consensus et de dialogue.
Le Président de la République, parce que c’est lui qui a gagné, parce que c’est lui qui a la charge de diriger ce pays, en tant qu’institution démocratique, doit accepter de poser les bases d’un véritable consensus général, et ce, malgré les stratégies politiciennes des uns et des autres. En le faisant, il le fait pour la Guinée et les Guinéens, et l’histoire lui rendra justice.
L’opposition est indispensable dans une démocratie. Son existence et ses expressions doivent être défendues et garanties.
Mais l’opposition n’a pas que des droits, elle a aussi des devoirs et pas des moindres.
L’opposition doit éviter toute posture de défiance. On ne s’oppose pas dans la défiance, encore moins dans une situation aussi fragile que la nôtre.
L’opposition ne doit défier ni la loi, ni les institutions, ni ceux et celles qui les incarnent.
Autant la majorité politique se doit de concilier le droit de gouvernance majoritaire et a nécessité du consensus, l’opposition ne peut s’exonérer de concilier la logique d’opposition avec celle du consensus.
Pour réussir cet exercice, les uns et les autres doivent pouvoir faire preuve de responsabilités, de souplesse de jugement et de capacité de concession en pensant à l’intérêt général et au risque encouru pour le pays en cas d’impasse et de crise permanente.
On ne cherche pas le consensus dans une posture de vérité absolue. Le pouvoir ne la détient pas, l’opposition non plus. Puisqu’on parle de consensus…
Il faut cesser d’exiger quelque chose et son contraire, de vouloir quelque chose en agissant dans le sens contraire pour son obtention.
Il faut que chaque partie au conflit puisse s’appliquer à elle-même les exigences qu’elle attend de l’autre.
Les guinéens sont fatigués de ces querelles politiciennes. Ils sont épuisés de ces conflits d’égo.
Ces dernières années, la Guinée a été confrontée à une série de violences et d’affrontements meurtriers. Qu’est-ce qui expliquerait selon vous ces violences et que proposez-vous pour sortir de ce cycle infernal de violences ?
Il faut reconnaître que la société guinéenne est violente. Chacun est tenté de régler un différend en usant de la violence, qu’elle soit verbale, physique ou symbolique.
Dans ce pays, chacun s’autorise pour son compte, des violences au mépris des lois, du respect de l’autre et de la dignité humaine… et ce, à tous les niveaux de la société.
Il n’est pas étonnant que cet état de fait se retrouve dans le champ politique et dans les différents rapports sociaux.
Il suffit d’observer l’espace public en Guinée et voir le désordre violent qui le rythme et le structure. C’est la même chose dans l’espace privé, moins le désordre.
Car en Guinée, le désordre est public, l’ordre privé. Ce qui n’est pas, c’est le moins qu’on puisse dire, la preuve d’une société démocratique.
C’est déplorable et préoccupant.
L’autre idée de la démocratie, au-delà de sa définition politique et institutionnelle, consiste aussi à bannir la violence dans les rapports sociaux et politiques. Pour cela, contrairement à d’autres systèmes, elle a intégré le paramètre conflictuel dans sa vision philosophique et fonctionnelle. Considérant le conflit comme inhérent à l’être humain et à la société humaine, elle cherchera plutôt à institutionnaliser et à encadrer le conflit. Evitant ainsi que le conflit ne débouche sur la violence.
Nous devons en faire nôtre cette idée de la démocratie pour mieux appréhender nos sources de conflits et nos conflits, les soustraire de leur potentialité violente.
Les démocraties rejettent les violences et elles s’en portent mieux.
En Guinée, la question de la violence doit être prise très au sérieux. C’est un mal très profond qui mine notre pays.
La violence commence en Guinée dans les structures familiales.
Donc, la première solution, c’est l’éducation et la sensibilisation. Il faut apprendre dès le bas âge aux enfants qu’il y a d’autres moyens de régler les différends que par la violence. Car cette expression de la violence serait la preuve d’une faiblesse. Les familles doivent être impliquées, l’école aussi. D’ailleurs, l’école, le savoir, l’éducation doivent être au cœur de notre projet de société et de notre idéal républicain authentique.
Dans le champ politique, le seul verbe qui ne doit souffrir d’aucune ambigüité est celui du bannissement de la violence dans le champ sociopolitique. Les uns et les autres doivent s’engager à toujours rechercher les voies et moyens du règlement pacifique et légal des conflits sociopolitiques et institutionnels.
En politique, parfois les mots et leur tournure sont plus dangereux que les actes.
Les responsables politiques, les responsables publics doivent demeurer conscients de la dangerosité des mots, des rhétoriques et des slogans.
On ne peut pas se jouer de l’ambigüité du verbe et du langage et faussement en attendre un résultat positif.
Alors que chacun veille sur son vocabulaire. Car, on peut user des mots et des phraséologies qui apaisent sans perdre la force des combats à mener et des opinions à défendre. Il faut donc en finir avec les rhétoriques vindicatives, incitatives et diabolisantes.
Pour ‘’réconcilier’’ les Guinéens, le président Alpha Condé a récemment mis en place une commission provisoire, codirigée par les deux hauts religieux du pays. Ce choix de ces deux chefs religieux musulman et chrétien, est-il judicieux et quel schéma pouvez-vous proposer à cette commission pour qu’elle réussisse sa mission ?
Toute initiative qui peut permettre aux Guinéens de retrouver, de protéger ou de consolider la sérénité de notre coexistence nationale est salutaire et est à encourager.
Je pense toutefois qu’il faut utiliser ce concept de réconciliation avec prudence et souplesse. Non pas qu’il n’y a point de problèmes à régler en Guinée.
Mais il faut savoir de quelle réconciliation parle-t-on et comment la rendre effective. Malgré des soubresauts, malgré certaines frustrations et raidissements des uns et des autres dans la société guinéenne, je demeure quant à moi persuadé que la véritable réconciliation, s’il faut parler de réconciliation, doit se situer à trois niveaux :
Tout d’abord, c’est l’élite qui doit se réconcilier. En finir avec les mensonges, les manipulations, les instrumentalisations diverses, et accepter les règles du jeu politique sans dramatisation. Lorsque l’élite nationale acceptera de soustraire les conflits de sa lecture ethnicisante et communautariste en le ramenant dans ses paramètres du jeu et de l’enjeu de pouvoir, on fera un énorme pas vers la réconciliation nationale. Je ne dis pas qu’il n’y pas de problème ethnique en Guinée, je dis qu’on ne peut pas expliquer tout conflit et tout positionnement politique par des motifs ethniques. Cela est faux !
Ensuite, il faut que l’élite nationale toutes tendances politiques confondues se réconcilie avec les Guinéens, tous les Guinéens toutes tendances confondues là aussi.
Il y a une fracture qui se crée entre l’élite et le peuple. C’est un mouvement silencieux de fond, et cela est profondément préjudiciable à la démocratie. Sans cette autre réconciliation, on risque un désenchantement précoce et problématique. Il n’y pas de démocratie sans un peuple enchanté. Pour cela, il faut une autre façon de faire et d’appréhender la politique et la gouvernance. Il faut placer l’éthique et l’intérêt au centre de la politique.
Enfin, il faut réconcilier les Guinéens, tous les Guinéens avec leur passé, avec leur histoire nationale. Pour cela, il faut cesser de communautariser l’histoire sociopolitique nationale. Il faut en finir avec la communautarisation et l’instrumentalisation des souffrances subies par les Guinéens quels qu’ils soient.
Les souffrances de nos compatriotes soussous, peulhs, malinkés, forestiers etc… ne sont pas des souffrances, ni une affaire soussou, peulh, malinké ou forestier. Ce sont des souffrances nationales et elles doivent être traitées comme telles.
Le meilleur moyen de ne pas rendre justice, et redonner leur dignité aux victimes, c’est d’instrumentaliser, de communautariser leur part de souffrance.
Nationalisons nos différentes souffrances. Faisons de nos différentes histoires douloureuses une source de solidarité et de désir national.
Faisons de nos différentes frustrations la raison de notre volonté de vivre ensemble.
Mais plus que tout ça, c’est de la gouvernance démocratique, justice, égalitaire et prospère que nous trouverons la lumière qui nous montrera aisément le chemin d’une réconciliation automatique.
Pour cela, chacun doit avoir à l’esprit que son comportement individuel compte pour la construction et la préservation de cette gouvernance démocratique.
Construire la démocratie n’est pas que l’affaire du pouvoir. Ceci est de la responsabilité de tous et de chacun, c'est-à-dire de chaque Guinéen, du pouvoir et de l’opposition.
Que ceux et celles qui attendent un décret pour la démocratie se rassurent, ce décret n’existe pas. La démocratie est l’affaire de tous.
Chaque Guinéen doit avoir cela à l’esprit.

Quelle lecture faites-vous de la composition de l’actuelle commission provisoire de réconciliation?
Ecoutez tout d’abord, il faut leur souhaiter bonne chance et pleins succès dans leur mission. C’est une noble tâche et je crois que nos deux personnalités religieuses ont bien à cœur de réussir leur mission.
Toutefois, je pense qu’il aurait été plus souhaitable que cette pré-commission soit composée de techniciens et d’intellectuels qui auraient pour mission non seulement de réfléchir sur le contenu, la forme et le fonctionnement d’une éventuelle structure chargée de mettre en œuvre cette politique et cette volonté de réconciliation nationale.
Cela aurait permis d’engager un véritable débat lucide sur les voies et moyens de réussir cette ambition légitime de renforcer le tissu national.
Car de nombreux points doivent être traités autour de cette question de réconciliation nationale. Il s’agit de la finalité, du contour, des mécanismes et bien d’autres points techniques et politiques. Cela aurait facilité le travail de cette commission à venir d’une part et d’autre part la satisfaction du but recherché.
Mais il faut éviter de faire peser sur les uns et les autres, et surtout sur les institutions démocratiques fragiles et nouvelles, tout le poids sombre et douloureux du passé, au risque d’empêcher la consolidation des institutions qui sont chargées de garantir la reconnaissance des souffrances légitimes et la réparation des injustices.

Votre mot de la fin ?
Il est vrai qu’on traverse une crise sérieuse. Il est vrai que la situation est tendue voire préoccupante. Mais, il n’y a pas lieu ni de désespérer, ni de dramatiser, car ces moments de difficultés font aussi partie du processus de démocratisation et d’apprentissage démocratique. Car le conflit, son appréhension et son dépassement positif et pacifique sont aussi une des caractéristiques de la démocratie.
A condition toutefois que nos responsables politiques et tous les autres acteurs renouent et privilégient le dialogue, la concertation et la primauté de l’intérêt général. Ils doivent renoncer au rapport de méfiance en se faisant confiance mutuellement, et à l’esprit de défiance en se respectant et en respectant les institutions.
La disponibilité de tous les acteurs, mais aussi de la population pour le consensus et pour une transformation de la société demeure un facteur essentiel de toute transition efficace.
Je voudrais enfin en appeler à la culture d’empathie et de sympathie entre Guinéens et surtout entre responsables politiques, autre condition pour un esprit démocratique sain.

L’indépendant

 
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Adame Ba Konaré hier sur Rfi à propos des récents événements en Libye : «Kadhafi est devenu un martyr que l’Afrique ne va pas oublier»

2011/10/25

«L'assassinat d'un chef d'Etat en exercice, de surcroît si c'est par le biais des puissances étrangères, n'est pas une affaire banale. On ne peut pas se réjouir de la mort d'une personne même s'il s'agit de son ennemi. Toute vie est sacrée».

RFI : La mort de Kadhafi a été vécue comme une libération par les Libyens, elle a été saluée, à quelques rares exceptions près, par de nombreux Etats de la planète. Est-ce que vous vous en félicitez ou vous déplorez cette mort ?

Adame Ba Konaré : Permettez-moi, avant de répondre à votre question, de formuler des vœux en tant que croyante pour le repos de l'âme du colonel Kadhafi et d'avoir une pensée pour sa veuve et, de la même façon, je présente mes condoléances aux familles des victimes de la tragédie libyenne.

L'assassinat d'un chef d'Etat en exercice - de surcroit si c'est par le biais de puissances étrangères - n'est pas une affaire banale et on ne peut pas se réjouir de la mort d'une personne même s'il s'agit de son ennemi. Toute vie est sacrée. Moi, mon jugement d'historienne est qu'à cet égard, les événements qui se sont succédés rappellent la pénétration coloniale européenne de la fin du 19 siècle.

En ce qui concerne la France, que je connais particulièrement, c'est le même scenario : au nom de la civilisation, de convoitise des richesses, d'intervention militaire qui se sont toujours soldés par l'assassinat soit de grands résistants à la pénétration coloniale soit des rois régnants.

La façon dont se sont passés les événements en Libye laisse augurer que partout où il y aura des contestations (c'est le sentiment qu'on a ici) les excuses des "généreuses nations" voleront au secours comme par le passé au nom de la démocratie cette fois-ci pour sauver les pauvres Africains de leurs méchants dirigeants.

Dans les événements qui viennent de se passer en Libye, je vois les prémices de la partition même de la Libye, de la désintégration de l'Afrique et de sa division en Afrique blanche et noire avec le risque de nouveaux tracés de frontières africaines mais aussi de la liquidation de l'Union africaine.

RFI : Mais est-ce que vous ne voyez pas, tout de même, dans l'intervention des puissances étrangères à travers l'OTAN le fait d'avoir pu prévenir probablement les massacres de civils. C'est ce que Kadhafi avait annoncé sur Bengazhi?

A.B.K : C'est facile à dire mais, malheureusement, cette intervention des forces de l'OTAN ne s'est pas faite non plus de façon ordonnée. Ça été vraiment un acharnement contre des villes qui ont été pilonnées à longueur de journée et je pense que les responsabilités sont absolument partagées.

RfI : Si, par exemple, l'Union africaine avait les mêmes moyens et intervenait, est-ce que cela vous choqueriez de la même façon ?

A.B.K : Oui, de même que l'intervention des puissances étrangères et puis la façon dont le Kadhafi est mort m'a choqué et a choqué l'opinion africaine dans sa grande majorité

RFI : Mais lorsque l'Union africaine et donc même des pays africains, de façon unilatérale, intervient en Somalie par exemple. Est-ce que cela vous choque ?

A.B.K : Ce n'est pas le même cas de figure. Là, on a déploré dans cette affaire l'instrumentalisation aussi des institutions internationales notamment par les anciennes puissances coloniales avec la complicité des Etats Unis d'Amérique comme si ces puissances coloniales voulaient régler ses comptes à Kadhafi. Donc l'opinion africaine et moi avec, bien entendu, nous avons déploré le dépassement du mandat de l'OTAN, qui est allée on le sait bien, au-delà de la protection des civils.

RFI : Donc, est-ce qu'il n'est pas finalement étrange pour certains de pleurer les conditions dans lesquelles est mort Kadhafi ? Quand on pense que pendant plusieurs décennies, il a lui-même exécuté tout ce qui pouvait s'opposer à lui, il y a eu le massacre de plus de 1200 personnes dans la prison d'Abuslim en 1996, il y a eu des gens pendus publiquement, est-ce que ces victimes là n'ont pas de droit non plus ?

A.B.K: Vous avez tout à fait raison de dénoncer tout ce que vous venez de dire. C'est vrai, le visage de ce personnage qui a perpétré des actes répréhensibles tels que le soutien aux mouvements terroristes, le manque d'ouverture démocratique et la personnalisation du transfert du régime.

Mais il y a l'autre visage aussi de Kadhafi qui est quand même le nationaliste. C'est lui qui a remis à l'ordre du jour, avec d'autres, le projet panafricaniste en y mettant beaucoup de moyens mais ses méthodes étaient discutables. Mais, avec la façon dont il a été fauché par les bombes des Occidentaux, je crains qu'il ne soit devenu plus une victime et un héros qui s'est battu contre l'ingérence étrangère jusqu'au bout. Comme il l'avait annoncé, un martyr. Je ne crois pas du tout que l'Afrique va l'oublier.

RFI

 
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Moussa Dadis Camara : « Je vis bien à Ouaga »

2012/3/1

La fougue martiale s’est quelque peu estompée, même si affleure de temps en temps le côté volubile du jeune capitaine. Depuis le 12 janvier 2010 à 22 h 30, où son avion s’est posé à l’aéroport de Ouagadougou en provenance de Rabat, où il suivait des soins intensifs depuis le 4 décembre 2009, Moussa Dadis Camara, l’ex-homme fort de Guinée, vit désormais à la Villa des Hôtes de Ouaga 2000. Ses déclarations publiques sont plutôt rares.

C’est donc, si on peut dire, une grande première que l’ancien président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) accepte de se confier à un journal de la place. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il évoque les conditions du coup d’Etat de décembre 2008, ses rapports avec son successeur, le général Sékouba Konaté, et les présidents Alpha Condé et Blaise Compaoré ainsi que bien sûr sa vie à Ouagadougou.

Excellence Moussa Dadis Camara, la première fois que nous vous avons rencontré, c’était le 11 janvier 2009 au camp Alpha Yaya à Conakry. Depuis ce temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts...

• Le passé, c’est le passé...

Le 22 décembre 2008, le président Lansana Conté meurt de maladie à 18 h. Vous en êtes informé vers 22 h, et dans la foulée, vous vous emparez avec des frères d’armes du pouvoir suprême. Etiez-vous préparé à cette charge ?

• En toute sincérité, je n’avais jamais pensé à être au pouvoir. Depuis l’université jusqu’à mon incorporation dans l’armée, cette idée ne m’avait jamais effleuré l’esprit. Je faisais partie de ces contingents que feu le président Lansana Conté avait décidé de recruter pour préparer la relève dans l’armée guinéenne. En fait, à l’époque, j’avais fait aussi des tests dans des banques telles la BICIGI, la Société générale, et je devais travailler dans l’une de ces institutions... Mais le destin en a décidé autrement.

Vous avez été incorporé en 1990, période où les coups d’Etat étaient légion en Afrique. N’avez-vous pas pensé au pouvoir à ce moment ?

• Non. C’est pour cela que je parle de destin, car, avec ma spécialisation en économie et finances, j’étais préparé à travailler dans ces domaines et pas ailleurs. La preuve en est que la plupart de mes “promotionnaires” bossent dans des banques. D’ailleurs, pour la petite histoire, lorsque j’ai pris le pouvoir, j’ai nommé un ami “promotionnaire” à la Banque centrale de Guinée ; un garçon qui était brillant ; donc quand j’entrais dans l’armée, je ne pensais pas au pouvoir ; c’est le destin qui m’y a conduit.

A quel moment vous êtes-vous intéressé à la chose politique ?

• Après ma formation en Allemagne. Quand j’en suis revenu, j’ai été muté dans un contingent en Sierra Leone, et c’est à partir de là que j’ai eu de la promotion et suis revenu en Guinée. J’ai commencé à travailler à l’Intendance militaire, et compte tenu de mon caractère et de ma générosité, déjà en 2001, j’étais populaire au sein de la troupe. En 2003, j’ai opté d’aller à la formation de parachutiste-commando et de capitainerie. C’est à partir de ce moment que je me suis dit que si je maintenais ce comportement, que si je restais correct, sincère envers moi-même et les autres, je pourrais être “quelqu’un demain” ; c’est dire que la loyauté que j’avais pour le président Lansana Conté plus ma réputation au sein de l’armée faisaient que j’étais prédisposé à ce moment-là à jouer les premiers rôles en cas de vacance du pouvoir. Mais à l’époque, j’avais juré de protéger le président Lansana Conté.

Pour tout vous dire, à l’époque, j’ai eu trois occasions de déposer le président en place. A chaque fois, des hommes sont venus me dire de prendre le pouvoir, et j’ai dit non. J’étais l’un des rares hommes qui, lors des mutineries, pouvaient s’arrêter devant les mutins et leur demander de retourner dans les casernes. En 2004, je suis revenu de ma formation, et j’ai été conforté dans ma conviction qu’après le “Vieux”, je pouvais avoir un destin national.

Pourquoi en 2004, vous avez pensé au pouvoir suprême ?

J’y ai pensé parce que j’avais la réputation dont je jouissais au sein des forces armées. J’avais du monde derrière moi, à commencer par les parachutistes, les blindés, la gendarmerie, et c’est là que mes relations avec le colonel Mathurin (NDLR : un ami qui est resté fidèle) se sont raffermies. A l’époque, il était de ceux qui, lorsqu’on disait que je voulais faire un coup d’Etat, affirmaient le contraire. C’est en 2006, lors de la dernière mutinerie sous Lansana Conté, que j’ai su que je pouvais jouer ce premier rôle : ce jour-là, lorsque les militaires ont envahi le camp Samory- Touré, ils m’ont dit de prendre le pouvoir, mais j’ai répondu : quel pouvoir ? Je n’étais pas d’accord pour prendre le pouvoir sur le dos du “Vieux”, malade, et à l’époque, il risquait d’y avoir un bain de sang, je le savais. Tant que le président Conté était là, je n’allais rien faire.

A quoi est due votre popularité au sein de l’armée ? Au fait qu’étant dans les hydrocarbures, vous distribuiez bons d’essence et argent ?

• Non. Ce n’est pas simplement par le matériel qu’on gagne la confiance de la troupe. Ce n’est pas cela qui fait la force d’un homme au sein d’une armée. L’armée est un monde à part. On peut avoir les moyens, mais si on n’est pas sincère, modeste avec les hommes, c’est zéro. Car si les hommes se rendent compte qu’il y a un autre homme plus sincère, c’est à cet homme qu’ils en référeront. Ce n’est pas forcément l’argent ou le poste qui font la popularité dans une armée, mais le caractère. Parce que cette armée guinéenne avait compris que j’étais sincère, attentif à la formation et aux conditions de vie de la troupe.

J’ai abandonné le poste dont vous faites cas, qui me conférait beaucoup d’avantages pour aller en formation. Les militaires ont compris que je n’étais pas guidé par le matériel. J’ai donc perdu ce poste. Pourquoi je suis resté toujours populaire ? Parce que j’étais un homme de conviction. Beaucoup dans l’armée voulaient que je revienne à ce poste, dans les hydrocarbures, mais j’ai refusé. J’étais déjà muté à l’état-major. Mais j’avais déjà marqué la troupe, elle m’a aimé.

C’est donc pour cela que, lorsque le général Lansana Conté est décédé, la troupe s’est tournée vers moi. Je peux même vous dire que, de son vivant, le président Conté disait qu’après lui, s’il y a quelqu’un pour le remplacer, c’est bien le capitaine Dadis Camara. Et les hommes proches de lui m’ont rapporté ses propos.

Remarquez que lorsque le général Conté est mort, je me suis préparé et je suis allé au camp Alpha Yaya. Ce n’était pas sans risques, car il y avait des commandants, des colonels, des généraux, et moi, petit capitaine, osais aller au camp pour prendre le pouvoir. En l’espace de quelque temps, j’ai diffusé un communiqué sur la Radio télé guinéenne. C’est parce que j’étais sûr de moi, et surtout de la troupe.

Comment les choses se sont passées au camp Alpha Yaya dès la mort de Lansana Conté connue ?

• Je suis allé au camp, et face aux hommes, j’ai ordonné qu’on fasse un communiqué. Tout le monde a adhéré à cette idée. A ce moment, le général Sékouba Konaté n’était pas présent.

Qui dirigeait les opérations à ce moment précis ?

• C’était moi. Il faut que les gens sachent que si vous n’êtes pas souvent devant une opération militaire, vous ne pouvez pas vous imposer. A l’époque, le général Sékouba Konaté ne voulait pas, idem pour le général Toto Camara. C’est mon audace qui a prévalu.

L’histoire veut que ce soit le lieutenant (à l’époque) Claude Pivi, dit “Coplan”, qui vous ait imposé en affirmant que c’est Dadis qui sera le patron du CNDD et que quiconque s’y opposerait serait abattu. Vrai ou faux ?

• C’est exact. C’est parce qu’on a constaté la position ambiguë de certaines personnes, qui n’avaient pas travaillé comme moi, mais qui voulaient aussi de ce pouvoir que “Pivi” a proféré cette menace. Sékouba n’était pas dans la capitale. Il était à Macenta. Et si quelqu’un effectivement avait tenté quoi que ce soit contre moi, c’eût été le feu.

Quelle fut la réaction du général Sékouba Konaté ?

• Il était hésitant. En matière de pouvoir militaire, il y a le rapport de forces. Je vous le dis en toute sincérité. Face à un adversaire, si vous vous rendez compte qu’en matière de force de frappe, il est plus puissant que vous, vous allez réfléchir par 2 fois avant de l’attaquer. Le rapport de forces ce jour-là était en ma faveur : j’avais tous les parachutistes commandos de Kindia, les Rangers de Sorankonia et de Kankan, et tout le camp de Faranya, les blindés, l’infanterie ; même la gendarmerie sans compter le Bataillon du quartier général (BQG). Mes forces étaient telles que Sékouba ne pouvait rien tenter contre moi. Sékouba a été très intelligent et ne s’est pas opposé frontalement à moi.

Certaines versions font croire qu’au temps chaud du CNDD, Sékouba était tenté souvent de vous arrêter, vous et le lieutenant Pivi. Qu’en est-il exactement ?

• Bien sûr, c’est vrai. Il faut se dire la vérité, c’était son intention, mais j’ai parlé tantôt de rapport de forces. Sékouba a été intelligent, car à l’époque, s’il avait tenté quoi que ce soit contre moi, il en serait sorti perdant parce que sa force de frappe se résumait à une petite section basée à Macenta. Quand il est venu au camp et qu’il a constaté les forces qui m’étaient favorables, il s’est ravisé. Donc après, il a tissé des relations avec moi, et cela a continué. Mais il savait que j’ai su qu’il était venu au début avec des intentions. Après, nous sommes devenus des amis, car le jour de la mort du président Lansana Conté, Sékouba a été l’un de ceux qui m’ont manqué au téléphone, et je l’ai rappelé ensuite. De même que le général Toto Camara. J’ai fait de même avec le colonel Mathurin, et j’ai dit à ce dernier que c’était le jour “J”. C’est le pouvoir ou la mort, parce que si je ne prenais pas le pouvoir, c’était la mort assurée pour moi.

Bien plus tard, le général Sékouba Konaté est devenu à son tour très populaire dans l’armée comme on le verra quand il a assuré l’intérim présidentiel. Est-ce que quelque part vous n’y avez pas contribué en le présentant en public comme votre alter ego, et en l’associant à toutes vos décisions ?

• Vous savez, cela est dû à mon caractère et à mon éducation. Je ne sais pas être malhonnête. Mes amitiés sont sincères. Et avec le général Sékouba Konaté, nous étions devenus des amis. Un homme qui était venu avec de mauvaises intentions, qui n’a pas pu les mettre à exécution et qui s’est rangé ensuite derrière vous, mérite confiance. D’où ce comportement envers le général Sékouba Konaté. J’ai voulu être sincère dans mes rapports avec lui. J’ai été aussi reconnaissant envers lui, car après, on s’est coalisé et on a fait beaucoup de choses ensemble. Si par exemple au moment où j’avais décidé de faire le communiqué portant sur la naissance du CNDD, il s’était opposé, nos relations auraient été autres.

Si c’était à refaire, auriez-vous fait ce que vous avez fait ?

• L’histoire ne se répète pas. Le passé, c’est le passé, comme je l’ai déjà dit. Moi, quand j’ai confiance, j’ai confiance. Aujourd’hui, avec le processus qui se déroule dans mon pays, j’apporte mon soutien au président Alpha Condé. Je ne sais pas faire des zigzags. C’est ce que j’ai fait avec le général Lansana Conté. C’est ce qui m’a permis de prendre le pouvoir, sinon je n’étais pas l’officier le mieux formé ni le plus intelligent. Rien ne se répète, rien n’est identique dans la vie. Je ne regrette rien.

Au départ, vous aviez affirmé que vous ne resteriez pas au pouvoir, que vous êtiez venu mettre de l’ordre pour vous en aller après. Puis un jour, lors d’une adresse à Boulbinet, vous avez laissé croire que vous alliez être candidat. N’est-ce pas ce jour-là que les choses ont commencé véritablement à se gâter ?

• J’ai laissé entrevoir cela à Boulbinet, lorsque j’ai échangé avec les jeunes qui m’invitaient à me présenter à la présidentielle. Mais je ne leur ai pas dit oui, je ne leur ai pas dit non. Je voulais surtout inviter les leaders politiques à mettre de l’eau dans leur vin. Je voulais leur dire qu’ils doivent tenir compte du fait que j’ai pris le pouvoir sans effusion de sang et que je les appelle à s’organiser pour reprendre le pays en main. Je n’avais jamais dit que je voulais être candidat ; c’était des jeunes qui m’y poussaient et qui faisaient du tapage. Pourquoi certains leaders politiques s’attaquaient-ils à moi ? Donc à Boulbinet, j’ai dit que s’ils continuaient à m’acculer, je pourrais ôter la tenue et me porter candidat.

Les leaders politiques ont eu l’impression que vous vouliez les mettre au pas. Le 1er janvier 2009, le domicile de Cellou Dalein Diallo de l’UFDG a été perquisitionné. Il vous avait accusé, à l’époque, d’en être l’instigateur.

• Je n’ai jamais ordonné de fouiller le domicile de Dalein. Si vous lui posez la question aujourd’hui, il vous le confirmera. Dalein a compris après. Il est toujours vivant, il peut en témoigner. Je le protégeais au contraire, mais dans une situation comme la nôtre, il y a des brebis galeuses. L’indiscipline battait son plein dans l’armée, et même à présent, cela n’a pas totalement disparu. Vous savez qu’il y avait des gens qui s’habillaient en tenue militaire pour aller attaquer des domiciles d’honnêtes citoyens. Est-ce que si cela se passait maintenant, le président Alpha Condé pourrait être au courant de tout ? Il a beau être président, il ne peut pas tout maîtriser.

Le 26 septembre 2009, vous laissiez subodorer que vous pourrez être candidat à Labé, et, le 28 septembre, c’est l’horreur au stade éponyme. Que s’est-il passé au juste ce jour-là ?

• Je sais que les gens m’accusent de cette tragédie, parce que j’étais le président de la République et commandant en chef des forces armées. Sur le plan moral, cela se comprend. Imaginez que dans une famille, certains enfants sortent et vont agresser une autre famille. Est-ce le père de famille qui a ordonné d’aller commettre de tels actes ? Je fais cette comparaison, car ici, effectivement, en tant que chef de l’Etat, j’étais le patron de ces forces armées, je n’ai jamais ordonné d’aller massacrer des citoyens. Très sincèrement, entre Dieu et moi, lorsque j’ai appris ces massacres, je suis rentré chez moi, effondré. Je voulais même aller au stade du 28-Septembre, mais des collaborateurs m’en ont dissuadé. Je suis resté cloîtré dans ma maison, et j’ai versé des larmes. J’ai compris que la situation était grave. J’étais boulversé.

Sidya Touré, l’un des leaders des Forces vives de Guinée, soutient que vous l’avez appelé vers 1 heure du matin pour exiger le report de la manifestation au 29 septembre ; ce qui était impossible, car on était à quelques heures de l’événement. Vous confirmez cela ?

• Oui, j’ai effectivement appelé Sidya Touré. On a échangé, et il m’a dit que le report était impossible. Je n’ai rien pu dire, et il a coupé son portable. En fait, je n’ai pas pu lui parler. C’est vers 11 heures ou 12 heures que j’ai été informé que la manifestation avait tourné au drame. Cela m’a sonné comme je vous l’ai dit. J’ai pensé à une trahison.

Actuellement, des investigations judiciaires ont été menées et certains de vos proches tel le colonel Tiégboro Camara ont été épinglés par la CPI. Avec le recul, êtes-vous d’accord que certains de vos proches collaborateurs ont été mêlés à ce massacre à huis clos ?

• C’est à mes proches de répondre à cette question. Ce que je sais, c’est que ce n’est pas moi. Je n’accuse personne non plus. Mais si un jour, quelqu’un se reconnaît responsable de ce massacre, cela ne peut venir que de lui.

Vous n’avez pas eu à ordonner d’aller mater les manifestants au stade ?

• Non. Je n’ai pas donné cet ordre. Donc de nos jours, je ne peux ni incriminer quelqu’un ni douter de la sincérité de mes collaborateurs. Si je le fais, je ne serais pas sincère. Moi, je sais que je n’ai pas donné cet ordre. Si je dis le contraire, je ne serais pas sincère. J’ai été mis devant le fait accompli.

Une commission d’enquête a été mise en place, l’opposition s’est endurcie à l’époque, et finalement le 3 décembre 2009, vous avez été victime d’un attentat de la part de Toumba Diakité. Vous parlez de lui comme de “celui qui vous a trahi”. Aujourd’hui, vous dites qu’il faut que les Guinéens apportent leur soutien à Alpha Condé. Pourquoi ?

• Je le répète : je ne sais pas louvoyer. Quand je suis avec une personne, je le reste. Quand j’ai vu le programme du président Alpha Condé, j’ai trouvé que c’était un bon programme pour sortir la Guinée de l’ornière. Ce n’est pas que le président Alpha Condé m’y ait financièrement intéressé, mais qu’il est celui qui peut aujourd’hui faire avancer le pays. Lorsque j’étais au pouvoir, je peux vous dire qu’Alpha Condé était l’opposant avec qui je m’entendais le moins. Pourquoi aujourd’hui je lui apporte mon soutien ? C’est parce que, de tous les programmes, c’est le sien qui me convient.

L’on a parlé d’une promesse, d’un deal politique de l’entre-deux tours de la présidentielle : votre soutien à Alpha contre votre retour en Guinée.

• Non, non. Ce qui est important pour moi, c’est que les Guinéens sachent que je ne connais pas la trahison, qu’ils comprennent que j’ai toujours été un homme sincère. Je soutiens le président Alpha Condé par rapport à cela. Non, il n’y a pas eu cette promesse. Retourner en Guinée ? Je suis au Burkina Faso, et je m’y sens tout aussi bien. Le Faso est ma seconde patrie. Je me sens à l’aise au Burkina, peut-être même mieux qu’en Guinée, vu le contexte, car si j’étais en Guinée, je serais assailli par des problèmes multiples : politiques, doléances des parents... et je pourrais aussi gêner le pouvoir en place.

De nos jours, vous êtes toujours très populaire en Guinée, particulièrement en Guinée forestière, un bastion qui a pesé lourd dans la victoire du président Alpha Condé. Que pensez-vous des législatives qui se profilent à l’horizon ?

• Mon message est très clair : je ne suis pas changeant. Je reste égal à moi-même. Aujourd’hui, je ne peux qu’encore appeler à voter le président Alpha Condé. Pour quel intérêt j’aurais à m’opposer à lui ? D’abord, mon statut ne me le permet pas, ensuite, je me dis qu’il faut soutenir celui qui a été démocratiquement élu. Ça aurait été un autre leader que je l’aurais soutenu, si son programme est bénéfique aux Guinéens. Ça aurait été Dalein ou Sidya que j’aurais fait de même. Je ne suis pas guidé par l’argent, c’est l’intérêt supérieur de la Nation qui me guide. Si j’avais voulu avoir des milliards, je les aurais eus.

Regardez la Guinée : on est en manque de tout, eau, électricité, routes... Moi, j’avais commencé à installer tout cela, et je me dis que si on laisse le président Alpha Condé travailler, il peut faire bouger les choses. Je veux que le président Alpha Condé poursuive les projets que j’avais entamés. Je saisis l’occasion pour dire aux Guinéens des 4 régions naturelles du pays de soutenir le président Alpha Condé. J’ai aussi un droit légitime, et je l’assume. Il faut faire confiance au président Alpha Condé.

Des partis politiques se réclament toujours de vous en Guinée et espèrent votre retour...

• Oui, je sais. Mais il y a une différence entre les leaders politiques et moi. Eux, c’est la conquête du pouvoir qui les intéresse. Moi pas, je ne peux pas jouer le même rôle qu’eux ; nous n’avons pas les mêmes centres d’intérêt. Moi, je n’ai pas l’ambition aujourd’hui d’être président de l’Assemblée nationale ni d’être ministre. Non ! Mais eux, c’est leur droit d’aspirer à tout cela. Moi, je ne cherche plus le pouvoir, je soutiens le pouvoir pour qu’il pose des actes. C’est deux objectifs différents. Je reçois ici à Ouaga de nombreux leaders politiques à commencer par mon frère Dalein, et tout récemment, le jeune Moctar Diallo (NDLR : un des leaders des Forces vives de Guinée) est passé me rendre visite et me présenter ses condoléances pour le décès de mon garçon.

Vous avez de très bons rapports avec les leaders politiques guinéens ?

• Oui, j’ai de très bons rapports avec eux, à moins qu’un leader ne veuille pas me fréquenter. Je les reçois. Mais je ne fais pas la politique comme eux. Moi, je suis un ancien président, et je dois jouer un rôle positif. Aujourd’hui, je vais faire la politique avec ces leaders pour avoir quoi ? Le pouvoir ? L’argent ?

Si vous deviez porter un jugement sur cette première année du mandat du président Alpha Condé ?

D’abord, ce serait un jugement prématuré, selon moi. J’ai été président, j’ai l’expérience du pouvoir d’Etat. Le pouvoir n’est pas facile comme on le pense. Je sais les souffrances que moi, j’ai endurées, donc je suis à même de comprendre le président Alpha Condé. Je laisse d’autres faire ce jugement. Mais, pour moi, il n’a fait qu’un an, il lui en reste 4 ; dans 2 ou 3 ans, on pourra valablement le juger. Et moi, je pourrai vous donner mon point de vue sur son bilan. Pour moi, s’il y a la paix en Guinée, Alpha Condé peut réaliser de grandes choses.

Quels sont vos rapports avec le président du Faso, Blaise Compaoré ?

• Nous avons des rapports de fraternité. C’est un aîné qui m’a beaucoup inspiré. En toute sincérité, si j’ai accepté de m’incorporer dans l’armée, c’est au vu de leur époque, qui m’a beaucoup séduit. J’ai vu mon frère Blaise Compaoré et ses frères d’armes dans les journaux, Jeune Afrique par exemple, ainsi qu’à la télé...

Vous faites référence à la Révolution d’Août 83 ?

• Oui, c’est cela. J’ai été marqué par ces militaires qui, au Burkina Faso, avaient pris le pouvoir. Quand j’étais président, je demandais au grand frère Blaise de m’envoyer des cassettes de cette période chaude du Burkina Faso. Et quand j’avais le temps, je visionnais ces cassettes pour m’en inspirer. Il m’en envoyait effectivement. Blaise est une référence pour moi.

Comment vit Moussa Dadis Camara à Ouaga ?

• Vous êtes venu chez moi, vous avez vu. Je n’ai pas besoin de vous expliquer comment je vis. Je vis bien à Ouaga, les gens me respectent et je suis intégré. Je suis avec les Burkinabè. Lors des grandes cérémonies, mon grand-frère Blaise Compaoré me fait l’honneur de m’inviter (NDLR : allusion à l’investiture de Blaise le 20 décembre 2010). J’ai fait beaucoup de connaissances, avec des cadres burkinabè, la jeunesse...

Soyons plus précis : Dadis va-t-il à la chasse ? En boîte de nuit pour esquisser quelques pas de danse comme l’affirment certains ?

• (Silence). Ça, c’est ma vie privée. Mais avant tout, je suis un être humain et j’ai ma vie de citoyen. Aller à la chasse ou aller danser (rires), si cela est vrai, font partie de la vie d’un homme.

Donc vous menez une vie normale à Ouaga ?

• Exactement, je vis normalement à Ouagadougou, et si ce que les gens disent est vrai, c’est que je mène normalement ma vie ; une vie que je n’aurais pas pu mener si j’étais toujours président de la Guinée.

Sans être une grenouille de bénitier, on vous dit aussi fréquent à l’église ?

• Je vous ai dit que je mène une vie normale à Ouaga. J’ai retrouvé une nouvelle vie au Burkina Faso. D’ailleurs, si ce qu’on dit est vrai, ce n’est pas quelque chose de mauvais.

Interview réalisée par Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

 
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Ibrahima Sory Dioumessy, membre fondateur du RPG :"Le peuple de Guinée est fatigué des tergiversations de ses hommes politiques"

2012/3/9

Pour les tout premiers membres du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, au pouvoir), Ibrahima Sory Dioumessy n’est pas à présenter. Il fait en effet partie du cercle des membres fondateurs de ce parti qui, en 2010, a porté le Pr Alpha Condé à la présidence de la République de Guinée, après une vingtaine d’années passées dans l’opposition. Dans cette interview qu’il a bien voulu accorder à notre rédaction, il parle entre autres du dialogue politique qui s’est tenu récemment en Guinée, des élections législatives et de la réconciliation nationale. Exclusif…

Ecoguinee: Quelles leçons tirez-vous du dialogue politique qui s’est tenu récemment en Guinée ?
          Ibrahima Sory Dioumessy : La leçon que je tire de ce dialogue inclusif, c’est que pour une fois, le pouvoir a tendu la main à l’opposition pour qu’ensemble le consensus soit trouvé autour des élections législatives. Mais malheureusement, malgré les efforts faits par le pouvoir, je crois qu’il y a encore des obstacles qu’il faut surmonter. La leçon que je tire est la suivante : le dialogue doit continuer sur les points autour desquels il n’y a pas eu de consensus. Et si en fin de compte le consensus tarde à venir, nous serons obligés d’appliquer la loi. Le consensus, c’est pour éviter l’application de la loi pour que tout le monde soit d’accord. Mais quand dans un consensus il y a des blocages, on retourne à la loi. C’est la loi qui est là, qui est souveraine. Je pense donc qu’on peut encore continuer le dialogue. Comme les élections sont fixées pour le mois de juillet, on peut continuer le dialogue et trouver un consensus autour des points litigieux. A défaut de ce consensus, l’autorité de l’Etat est obligée d’appliquer la loi.

Ecoguinee : La CENI vient de proposer la date des législatives. Selon vous, est-ce que ce scrutin peut s’organiser sans l’opposition ?

Comme je l’ai dit, la CENI a des prérogatives prévues par la Constitution. La CENI a fixé la date. L’opposition estime que celle-ci n’est pas consensuelle et qu’elle n’ira pas aux élections, qu’elle va les empêcher. Ce que je tiens à dire à la classe politique guinéenne, c’est que le peuple de Guinée est fatigué des tergiversations de ses hommes politiques. Il n’y pas encore longtemps, cette classe politique se retrouvait au sein des forces vives de la nation, face au gouvernement militaire, face au CNDD. Je ne comprends pas une fois le retour à l’ordre constitutionnel, que les mêmes blocages continuent encore pour maintenir le pays dans un blocus, de la part des bailleurs de fonds bi et multilatéraux. Les Guinéens en ont marre de ces tergiversations des politiciens qui n’ont d’autre but que de défendre des intérêts égoïstes et personnels. Il y a des instruments juridiques qui sont là pour contrôler la mise en œuvre du chronogramme de la CENI. Ceux qui veulent venir aux élections peuvent y prendre part. Personne n’est obligé de prendre part à des élections. Si les conditions sont réunies, il n’appartient pas à une partie de juger si les conditions sont réunies ou pas. Il y a des observateurs nationaux et étrangers qui sont là. Il y a la société civile pour vérifier si les conditions sont réunies pour des élections transparentes et démocratiques.

Ecoguinee : Certains disent que le RPG manque de cadres. Est-ce votre avis ?

Le RPG est un parti qui a commencé la lutte très tôt pour la promotion de la démocratie et des droits de l’homme en Guinée. Un ministre de la Deuxième République m’a dit un jour que le seul parti qui répond aux critères d’un parti politique, c’est le RPG. Les cadres sont venus au RPG par conviction et contribuent même à l’implantation du parti dans le pays. Au sein du RPG, il y a le comité des cadres. Ceux qui pensent que le RPG n’a pas de cadres, je les invite aux réunions de ce comité. Ils se rendront compte que non seulement le RPG a des cadres parmi les Guinéens de l’intérieur mais aussi parmi ceux de l’extérieur. Le RPG est en mesure de diriger le pays et de le mettre sur les rails, avec l’expertise des cadres de l’intérieur et de l’extérieur.

Ecoguinee : En tant que l’un des tout premiers membres du RPG, est-ce que vous êtes prêt à redescendre dans l’arène politique à la faveur de ces législatives ?

Je suis membre fondateur du parti. Je me suis battu pour un objectif : c’était la promotion des droits de l’homme. D’ailleurs, parallèlement à mes activités politiques, je dirige une Association de défense des droits de l’homme, qui est l’AVR (Association des victimes de la répression, ndlr), qui s’est battue et s’est investie sur le terrain pour le retour à l’ordre constitutionnel. Si tu me demandes aujourd’hui de choisir entre mes activités de défense des droits de l’homme et mes activités politiques, je choisirai les premières parce qu’ayant plus de connaissance et d’expertise dans ce domaine-là.

Ecoguinee : Vous êtes l’une des victimes de la répression du 4 juillet 1985. Quel message particulier avez-vous à lancer aux nouvelles autorités dans le cadre de la réconciliation ?

Nous avons adressé deux correspondances aux deux co-présidents de la Commission provisoire de réconciliation nationale. Nous avons dit qu’il faut séparer les deux concepts. Il y a ceux qui sont en conflit avec l’Etat depuis 1958 jusqu’à nos jours. Cette situation nécessite la mise en place d’une Commission technique qui comprendra des juristes, des historiens, des sociologues, des agents de sécurité et même de l’armée. Cette commission va étudier tous les cas de conflit avec l’Etat, tous les cas où l’Etat est en conflit avec les citoyens. Et quand les résultats seront connus, les victimes entendues, les témoins entendus, les lieux d’exécution visités, les cimetières visités, cette commission va présenter au Gouvernement un rapport sur la situation. Ce n’est pas une justice pénale que nous réclamons, mais plutôt une justice sociale d’abord, ensuite la vérité des événements. A travers cette commission, on peut rétablir la vérité historique : ce dont le Gouvernement a été victime et ce dont les citoyens qui se plaignent du Gouvernement ont été victimes. Il faut faire la part des choses. La deuxième réconciliation, elle, est issue des élections. Ce sont les affrontements entre les militants des partis politiques. Les leaders de ces partis politiques-là doivent se retrouver, se réconcilier. Et à travers leur réconciliation, ils peuvent entraîner aussi leurs militants dans la phase de la réconciliation. J’ai salué en son temps la rencontre entre Pr Alpha Condé, président de la République et son challenger, M. Cellou Dalein Diallo. Ils se sont engagés par écrit à rendre la Guinée gouvernable et à gouverner ensemble. Et c’est ce qu’il nous faut. Le slogan du RPG est « Ensemble, construisons la Guinée », le sigle du parti, RPG : Rassemblement du peuple de Guinée. Donc, nous, nous sommes dans la politique de la main tendue à toute l’opposition. Nous pensons que la Guinée ne peut pas se développer en dehors d’une catégorie sociale. Nous tendons donc la main à tous les Guinéens pour que nous puissions, dans le cadre d’un dialogue fraternel fécond, discuter des problèmes et de l’avenir de notre pays, pour qu’enfin les Guinéens renouent avec le bonheur.

Ecoguinee : Votre mot de la fin

C’est de demander aux acteurs politiques de prendre conscience de leur rôle. Leur mission, c’est éduquer les militants, développer le sens du civisme des militants. Ce n’est pas une bagarre dans l’arène ni une lutte à mort. Nous sommes tous des Guinéens. Celui qui est élu l’a été au suffrage universel. Et toutes les parties, de l’intérieur comme de l’extérieur, ont reconnu que les élections ont été démocratiques. Et notre pays a été félicité et cité en exemple. Partout où l’on a envoyé des télégrammes au Pr Alpha Condé, président de la République, on a envoyé les mêmes télégrammes à son challenger, M. Cellou Dalein Diallo, pour le féliciter d’avoir accepté les résultats du deuxième tour. Ce qui est très important en Afrique. Donc, je voudrais que l’opposition et la mouvance présidentielle aillent de l’avant, dépassent les petites querelles. Un vote est sécurisé déjà à partir du bureau de vote qui a un président et des membres. Les partis sont représentés. Après le vote, on passe directement au dépouillement. Après le dépouillement, le procès-verbal est dressé, chacun a une copie. La copie est affichée. Avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication, chacun peut communiquer à sa base à Conakry, même à l’extérieur de la Guinée, les résultats du vote. Donc je ne vois pas pourquoi cette méfiance, ce mur de méfiance entre l’opposition et la mouvance présidentielle. Ça ne doit pas exister. Parce que chacun a les moyens de contrôler le déroulement du vote. Et tout se joue dans le bureau de vote. Si les procès-verbaux des bureaux de vote sont transparents, il n’y a pas de doute que le résultat final sera transparent. J’invite donc la classe politique à regarder tout droit dans le même sens. Nous avons perdu trop de temps et le peuple souffre. Nous ne pouvons pas sortir de cette crise économique sans l’apport de la communauté internationale, dont les conditionnalités sont connues : organisation des élections législatives. L’Assemblée nationale est le contrepoids au pouvoir du président de la République. Donc, sans assemblée nationale, on ne peut pas parler de démocratie parce que le pouvoir exécutif n’a pas de contrepoids.

Interview réalisée par
Mamy Dioubaté

 
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Alhassane Condé : "Notre souhait est que tout le monde aille aux élections"

2012/3/22

Décentralisation, réorganisation du corps des fonctionnaires de l’État, organisation des élections, dialogue avec l’opposition… Alors que la Ceni a fixé la date des prochaines législatives au 8 juillet, le ministre guinéen de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Alhassane Condé répond aux questions de Jeune Afrique. Interview.
Alhassane Condé est l’un des plus fidèles compagnons du président Alpha Condé, qu’il a accompagné pendant sa longue traversée du désert, que ce soit en Guinée ou en exil. Ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, membre du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, parti au pouvoir), il est co-responsable, avec la Commission électorale indépendante (Ceni), de l’organisation des élections. C’est lui qui représente le gouvernement dans son dialogue avec l’opposition. Autre sujet brûlant pour le ministre, la réforme de l’administration, qui doit déboucher sur des élections municipales, et l’éviction des fonctionnaires fictifs.

Jeune Afrique : L’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo et l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP), de Lansana Kouyaté, menacent de boycotter les législatives… Quel est l’état du dialogue entre le gouvernement et l’opposition ?

Alhassane Condé : Nous avons été surpris des réclamations des leaders de l’opposition début mars, entendues à la radio. Nous ne nous y attendions pas : nous avions repris un dialogue serein depuis trois mois. Nous étions tombés d’accord sur quasiment tous les points de l’organisation des élections…

Pourquoi refusez de satisfaire leur revendication majeure, à savoir la recomposition de la Ceni ?

La Ceni est en place depuis 2007, au début de la transition politique. Comme son nom l’indique, elle est indépendante, elle ne reçoit d’ordre de personne. Curieusement, il y a 8 mois, les membres de la Ceni ne dérangeaient pas l’opposition… Ils s’opposaient même à des changements que nous souhaitions. Et voici qu’aujourd’hui, cette même commission ne la satisfait plus ? Recomposer la Ceni prendrait des mois ! Je peux comprendre certaines réserves, mais s’il on veut tenir le timing des élections, prévues le 8 juillet prochain, il n’y a pas de temps à perdre. Nous restons confiants, notre souhait est que tout le monde aille aux élections…

La date du 8 juillet, choisie par la Ceni pour les élections législatives, est donc inamovible ?

C’est une bonne date, juste avant la saison des pluies. Retarder les élections, cela ferait tomber les élections pendant cette saison où les déplacements sont difficiles. Mais il y aurait aussi des conséquences financières : l’organisation des législatives est l’une des conditions posée par l’Union européenne à l’octroi d’aides au pays… Jusqu’à ce que nous votions, les investissements, notamment étrangers, resteront faibles.

Nous voulons à tout prix tenir la date des législatives. Seul un problème technique pourrait empêcher la tenue du scrutin le 8 juillet.

Donc nous voulons à tout prix tenir la date. Seul un problème technique pourrait empêcher la tenue du scrutin le 8 juillet. Si c’était le cas, le président de la république prendrait alors un décret, au plus tard 70 jours avant la date annoncée par la Ceni.

Justement, combien de temps vont prendre ces étapes techniques ?

L’audit du fichier électoral, qui sera réalisé par une société occidentale indépendante, devrait prendre 45 jours maximum. Ce délai permettra notamment de vérifier que les données datant des dernières élections, n’ont pas été modifiées, puis de les transférer sur les différents sites et systèmes informatiques.

Les partis politiques de l’opposition se plaignent de ne pas pouvoir manifester… Les meetings politiques sont-ils interdits ?

Non, bien entendu, tous les partis peuvent manifester. C’est un droit qui leur est garanti par la loi guinéenne. Mais il y a des modalités à respecter, il faut que les autorités soient prévenues dans les temps pour que les cortèges, notamment à Conakry, ne partent pas dans tous les sens… Nous avons en mémoire les débordements de mouvements de jeunes proches de l’UFDG, qui ont fait beaucoup de dégâts à Conakry…

Pourtant, depuis les massacres du 28 septembre 2009, les membres des partis de l’opposition, notamment de l’UFDG, sont méfiants envers les forces de l’ordre… N’est-il pas compréhensible qu’ils soient réticents à être encadrés par elles ?

Depuis ces évènements, nous avons poussé l’armée à regagner ses casernes. Comme partout ailleurs dans le monde, c‘est désormais la police qui encadre les manifestations. Les populations commencent à l’accepter, et la méfiance n’existera bientôt plus. À Labé, il y a d’ailleurs eu une manifestation de l’opposition, encadrée par la police, qui s’est très bien passée. À Conakry, c’est faisable, à condition que la sécurité soit assurée, donc que les autorités soient averties dans les temps.

Vous gérez le dossier de la décentralisation… Le gouvernement n’a-t-il pas privilégié Conakry au détriment des régions éloignées de la capitale ?

Nous n’avons pas abandonné les régions… Nous avons notamment lancé des travaux pour améliorer les infrastructures dans toutes les capitales régionales (Labé, Kankan et N’Zérékoré, NDLR). C’est vrai, il nous reste beaucoup à faire pour désenclaver les régions, notamment en améliorant les réseaux routiers et électriques… Mais pour cela il faut absolument que les élections soient organisées rapidement pour débloquer aides financières et investissements extérieurs. Voyez l’importance cruciale du scrutin !

Si les législatives se tiennent le 8 juillet, nous pourrions organiser les municipales dans la foulée, en octobre ou novembre 2012.

Vous préparez une réforme de l’administration territoriale… De nouveaux maires seront-ils élus ?

Nous avons défini 32 compétences à transférer vers les collectivités locales pour qu’elles aient davantage de légitimité et de moyens d’agir. La trop grande centralisation est l’un des grands problèmes de la Guinée. Nous sommes conscients de la nécessité de donner du poids aux maires qui doivent être rapidement élus. Si les législatives se tiennent le 8 juillet, nous pourrons débattre de cette question au Parlement. Nous pourrions organiser les municipales dans la foulée, en octobre ou novembre 2012.
Allez-vous réduire drastiquement le nombre de fonctionnaires ? On dit que beaucoup d’entre eux sont fictifs…

Le dernier recensement biométrique des fonctionnaires, en 2008, a dénombré environ 58 000 fonctionnaires de l’administration territoriale alors que nous en comptons officiellement 120 000. Cela signifie que 40% des fonctionnaires sont des faux : certains sont comptabilisés deux fois, d’autres sont décédés, mais leur famille continue à recevoir leur paye… Cette tâche d’apurement du fichier des fonctionnaires, prendra encore plusieurs mois, mais nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout.

Jeuneafrique

 
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Mamadouba Paye Camara, Président de la FGHB : « Après le tournoi d’Abidjan, la Guinée est passée de la 19ème à la 13ème place en Afrique »

2012/9/18

Récemment la fédération guinéenne de handball a organisé à Conakry un congrès de travail pour faire adopter ses nouveaux statuts et règlements après 40 ans d’existence. A la faveur de cette assemblée spéciale, nous avons rencontré le président de cette fédération. Dans cet entretien qui suit, le Commissaire Mamadouba Paye revient entre autres sur ledit congrès, la participation des Cadets et Juniors guinéens à la coupe d’Afrique des nations de handball à Abidjan, le Challenge Trophée auquel prendra part à Dakar du 23 au 29 septembre prochain, la Guinée. lisez !

L’Indépendant : Vous venez de boucler votre congrès d’adoption des nouveaux statuts juridiques de la fédération guinéenne de handball. Pouvez-vous nous dire les raisons qui vous ont amenés à procéder à un renouvellement de statuts ?

Commissaire Mamadou Paye Camara : Je suis heureux du fait que vous me posiez la question de savoir les raisons qui nous ont amenés à organiser ce congrès de travail. Vous n’êtes pas sans savoir que notre Fédération a été créée en 1972 et depuis, ce sont les mêmes statuts dont disposait jusqu’au congrès extraordinaire organisé en 2011. Les réalités de 1972 et celles de 2011 sont-elles les mêmes ? Est-ce qu’honnêtement, ces statuts vieux d’environ 40 ans peuvent répondre aux critères exigés de nos jours par le haut niveau dans le handball ? Je me dis tout de suite non ! Il ne faut pas qu’on se leurre là-dessus. Ailleurs, les autres pays évoluent, la Guinée n’a donc plus le droit de rester à la traîne. En tant que président de la Fédération, j’observe ce qui est bien chez les autres et je l’adapte aux réalités de chez nous. Si je ne peux pas apporter le renouveau qu’on attend de nous, mieux vaudrait rendre le tablier. Si on a la prétention de remporter une coupe d’Afrique des Nations de handball, je pense que c’est maintenant qu’il faut tout préparer. Comment voulez-vous qu’une société vous sponsorise pendant que vos statuts juridiques ne répondent pas aux critères de cette société. Comment voulez-vous qu’une fédération marche si les gens qui la composent, ne connaissent pas leurs attributions ? En tant que président, il m’arrivait parfois de tomber dans les prérogatives d’autres éléments. Il faut que moi-même je sache où commence mes prérogatives et où elles s’arrêtent. Cela est valable aussi pour les autres. Voici autant de raisons qui nous ont amenés à changer les anciens statuts de la fédération. Pour ce faire, nous sommes allés chercher des documents dont disposent les autres pays, les adapter au contexte guinéen puis les soumettre à la Confédération Africaine de Handball pour correction et avis.
C’est ce que nous avons fait. Nous avons mis à contribution les techniciens de la confédération et dont la disponibilité ne nous a pas fait défaut. Ils se sont donc mis à la tâche. Ils ont corrigé le projet de statuts qu’on leur avait soumis. Après avoir apporté les corrections nécessaires, ils nous ont ramené le document. Nous avons informé notre autorité de tutelle qui est le ministère des Sports. Nous avons ensuite écrit au Comité national olympique et sportif guinéen puis au directeur national des Sports. Nous sommes passés par toutes ces procédures, juste, pour non seulement éviter de tomber dans les vices de forme mais essayer de donner à ce congrès une plus large légalité possible. Dans les anciens statuts et règlements intérieurs, vous pouvez voir qu’il n’y avait pas le poste de deuxième vice-président et cela est désormais chose faite.

Effectivement, en parlant de ces nouveautés, dites-nous quelles sont les grandes innovations apportées aux niveaux statuts et règlements par rapport aux anciens?

D’abord, j’attire votre attention sur le fait que l’un de ces changements réside dans les dénominations des structures qui composaient la fédération. Avant, on disait les chargés de commission règlements-pénalités et organisation. Mais à présent, cette appellation a disparu et prend désormais le nom de ‘’Conseil Exécutif’’, une structure dans laquelle figure le président des différentes commissions. Tout cela n’était pas prévu dans les statuts des années ‘’72’’. Il y a eu un changement radical mais, il faut parcourir l’intégralité du document pour s’en rendre compte. Nous allons, grâce à l’aide de la presse, vulgariser ces nouveaux statuts et règlements afin de les rendre accessibles au grand public. Ce document élaboré par la fédération guinéenne de handball, par sa qualité, pourra fortement inspirer d’autres fédérations africaines, j’en suis sûr.

Récemment, vous avez vous-même conduit une délégation d’athlètes guinéens à Abidjan où s’est tenue la phase finale de la coupe d’Afrique des nations, catégories junior et cadet. Dites-nous comment les représentants guinéens se sont comportés à cette compétition ?

Vous n’êtes pas sans savoir que c’est la première fois qu’on participe à une phase finale sur le plan continental. C’est la troisième édition de la coupe d’Afrique des Nations au niveau des cadets et juniors. Je rappelle pour la petite histoire que la Guinée n’y avait jamais participé par le passé. C’est la première fois, que la Guinée participe aux deux catégories. J’avoue que ça a été une réelle satisfaction pour nous. Il faut rappeler qu’il persistait des problèmes financiers entre la Guinée et la confédération. Ce qui, du coup, entraîne un problème de crédibilité entre notre fédération et la confédération africaine de handball. Et parmi les 11 pays participants, seule la Guinée et la Côte d’Ivoire ont respecté les consignes fermes de la confédération africaine. La Guinée est partie en catégories cadet et junior de même que la Côte d’Ivoire. Les autres pays ont présenté des sélections nationales qui ne répondaient pas aux exigences de la compétition. Ce qui n’est pas resté sans être dépisté. Ces pays ‘’tricheurs’’ ont écopé de sanctions lourdes de la part de la confédération africaine de handball. Nous, nous n’avons pas voulu tricher. Parce que nous visons loin. En dépit de ces cas flagrants de tricherie, nos équipes se sont très bien comportées dans l’ensemble.
Aujourd’hui, à cause de la participation de nos équipes à cette compétition, nous avons quitté la 19ème place pour la 13ème place au niveau continental. Cela veut dire que le handball guinéen évolue et commence à sortir la tête de l’eau. Ce tournoi a été une opportunité pour nous d’exposer les problèmes dont la nouvelle fédération a hérité. J’ai conduit la délégation à Abidjan et cela nous a permis de rencontrer les autres membres de la confédération africaine de handball. Je leur ai expliqué le contexte dans lequel la Guinée a contracté les 78 000 euros de dettes à l’égard de la confédération africaine de handball. Cet exercice, fût-il laborieux, a été couronné par un franc succès. Car, la confédération a finalement accepté d’abandonner les 78 000 euros de créances. Parce que tout simplement notre équipe a inspiré une totale confiance des membres de la confédération africaine de handball. Sans vouloir accuser qui que ce soit, je rappelle ici que nous disposons des pièces à conviction irréfutable qui attestent formellement que les autorités guinéennes d’alors s’acquittaient convenablement de leur obligation vis-à-vis de l’ancienne équipe dirigeante de la fédération guinéenne de handball. Seulement, ce sont nos prédécesseurs qui ont failli d’une manière ou d’une autre à leur responsabilité. Allez savoir le reste des détails ailleurs. Aujourd’hui, en ma qualité de président de la fédération, je dois pouvoir assumer en bien et en mal tout ce que nos prédécesseurs nous ont légué comme héritage. Il faut respecter les engagements pris au nom de la fédération sur le plan continental que national. La participation de la Guinée à ces deux catégories a été très fructueuse pour notre délégation.

Les juniors et cadets guinéens s’apprêtent aussi à disputer fin septembre le tournoi ‘’Challenge Trophée’’ de la Zone 2 qui aura lieu à Dakar. Comment la fédération prépare-t-elle la participation de l’équipe guinéenne à cette compétition et quelles sont les objectifs que vous vous assignez?

Bien sûr en fin septembre, précisément du 23 au 29 septembre, Dakar abritera le tournoi ‘’Challenge trophée’’ de la zone II. Les préparatifs depuis deux mois vont bon train. Nos athlètes quitteront Conakry à partir du 20 ou 21 septembre pour rejoindre Dakar, la capitale sénégalaise afin de prendre part à cette compétition. Notre ambition est de ramener cette coupe en Guinée. Pour la dernière fois, notre équipe a été finaliste à cette compétition. Pour ce tournoi qui s’annonce, nous affichons clairement l’ambition de ramener en Guinée le trophée. En plus, la confédération africaine de handball se propose d’offrir en marge de ce tournoi des stages de formation à l’intention des entraîneurs. Chaque pays participant aura droit à quatre places pour une formation d’entraîneurs débutants et une paire arbitrale. Cette fois-ci, nous avons préféré envoyer des filles aux hommes. C’est pour vous dire que nous avons des ambitions. Bien sûr, nous voulons participer à des compétitions mais, je mets un accent particulier sur la formation. Parce que le handball est une discipline qui évolue au jour le jour. Si quelqu’un vous dépasse en formation, il est évident que vous ne pourrez plus prétendre le rattraper ou aller loin dans les compétitions. C’est à cause de tous ces facteurs que nous mettons un accent tout particulier sur la formation des formateurs que sont les entraîneurs et arbitres. Ils seront les premiers bénéficiaires de ces formations. Lorsque nous étions récemment à Abidjan, les journalistes ont bénéficié d’une formation et le modèle guinéen a été retenu par la confédération africaine de handball. Au cours de cette compétition d’Abidjan, il a été prévu de mettre en place un réseau continental de reporters sportifs de handball. Et les deux éléments qui ont représenté la Guinée ont toute la chance d’occuper d’importants postes au sein de ce réseau. C’est pour vous dire que nous nous préparons très bien pour le ‘’Challenge Trophée’’ qui se tiendra à Dakar et au même moment, il y aura le congrès de renouvellement de la zone 2.

Qui parle de préparation d’une compétition de haut niveau, parle forcément de fonds et dans notre pays, nous savons aujourd’hui, que le handball est l’un des parents pauvres des sports guinéens. Que faites-vous pour combler ce manque à gagner, avez-vous déjà bénéficié des sponsorings sur place?

D’abord une association sportive doit pouvoir compter sur ses propres moyens à travers les cotisations. J’avoue que les gens qui composent la fédération guinéenne de handball contribuent réellement. Mensuellement, nous avons des cotisations que nous payons régulièrement. Par ailleurs, il faut rappeler que financièrement, le département des Sports nous assiste lorsque nous devons participer aux différentes compétitions sur le plan continental. Mais, c’est la fédération elle-même qui se prend en charge au niveau local. En plus, nous avons aussi des partenaires qui nous aident à travers nos relations personnelles. Pour le moment, sur le plan local en ce qui concerne les préparatifs, nous n’avons pas un sou du département des Sports mais, chaque fois quand même, il faut avoir le courage de le dire, que nous avons présenté un dossier, on nous vient en aide.

Vous avez tout à l’heure annoncé le renouvellement lors de la compétition Challenge Trophée à Dakar, des instances dirigeantes de la zone 2. Est-ce que personnellement, vous caressez le rêve de briguer personnellement un poste au sein de cette institution sous-régionale ?

Bon, pratiquement, nous nous battrons pour que des membres de la fédération guinéenne de handball intègrent des commissions de la zone 2. Mon ambition va bien au-delà. Honnêtement, je vise la confédération africaine de handball. Je reste convaincu que je peux bien apporter quelque chose sur le plan continental. En ce qui concerne la zone 2, je n’ai pas d’ambitions personnelles. Mais, j’espère avec le poids qu’on a, faire passer quelques membres de la fédération guinéenne de handball dans les différentes commissions.

Votre mot de la fin ?

Avant de terminer cet entretien, permettez-moi de remercier à travers votre organe toute la presse guinéenne qui ne ménage aucun effort pour nous accompagner dans l’accomplissement de nos différentes tâches. Je demande par la même occasion et de façon solennelle à toute la presse de ne jamais hésiter un seul instant à nous interpeller lorsqu’elle constate des dérives de notre part. Car, nous sommes loin d’être des hommes infaillibles. Ayez le courage, vous, journalistes de nous dénoncer si vous constatez que nous sommes en train de nous écarter de notre objectif, celui de promouvoir et de hisser le handball guinéen sur le toit de l’Afrique. Soyez en sûrs que nous n’aurons aucun complexe à nous remettre en cause pour peu que ça aille bien pour le handball en Guinée. Pour ce faire, la porte de la fédération reste largement ouverte à toutes les bonnes volontés afin de permettre à cette discipline de se développer et de connaître un rayonnement continental.
Source : L’Indépendant
















 
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Abdoulaye Keïta, Coordinateur Général de l’EDG :« Aujourd’hui, sur 326 clients industriels visités, 85% sont en fraude»

2012/11/18

Abdoulaye Keïta est le Coordinateur Général de la Guinéenne d’Electricité (EDG). Depuis sa nomination à la tête de cette société chargée de la production et de la distribution du courant électrique, force est de reconnaître que M. Keïta et ses collaborateurs sont à pied d’œuvre afin de donner satisfaction aux Guinéens dans le secteur stratégique de l’Energie. Dans cette interview à bâtons rompus qu’il a bien voulu accorder à Guinéenews, le Coordinateur Général d’EDG revient entre autres sur son bilan à la tête de l’EDG, le partenariat avec l’entreprise KAMA, les capacités thermiques, le mégaprojet Kaleta, les micro-barrages, la fraude. Exclusif…

Guinéenews : Depuis l’avènement du régime Alpha Condé, un investissement sans précédent a été effectué dans le secteur de l’électricité en vue d’améliorer le niveau de la desserte. A date, quel bilan pouvez-vous nous dresser par rapport à l’atteinte de cet objectif, quelle a été réellement sa répercussion sur la fourniture du courant par l’EDG ?

Abdoulaye Kéita : Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion d’informer l’opinion publique nationale et internationale sur les avancées et progrès qui sont en train d’être réalisés dans le secteur de l’énergie dans notre pays. Grâce à la volonté politique du président de la République, Pr Alpha Condé, au soutien de son gouvernement, du ministère d’Etat en charge de l’Energie et des partenaires et bailleurs de fonds de la Guinée, aujourd’hui, il y a d’importants progrès qui ont été réalisés. D’abord, sur le plan de production, on a assisté à l’acquisition de nouvelles capacités qui consistent à la réalisation du barrage hydroélectrique de Kaléta dont la capacité est de 240 Mégawatts pour un coût total de 526 millions de dollars américains. Les 75 pour cent sont financés par la banque EXIMBANK de la République Populaire de la Chine et les 25 pour cent par le budget national de développement grâce à l’insistance du président de la République qui a exigé à ce que la Guinée apporte quelque chose. Sans quoi, les Chinois étaient prêts à financer entièrement la réalisation de Kaléta. Le délai d’exécution de ce mégaprojet est de 48 mois. A ce jour, c’est le plus grand projet jamais réalisé en République de Guinée. Ce projet est plus que tous les barrages construits de la période coloniale jusqu’en 2010. C’est-à-dire la somme des puissances des barrages construits par les Blancs, par Ahmed Sékou Touré, le général Lansana Conté, le capitaine Dadis, le général Sékouba Konaté, est inférieure à la puissance de Kaléta seul. Tous ces barrages réunis, en termes de thermie, Kaléta reste le plus grand. Donc, ce que le président Alpha Condé a fait en moins de deux ans, avec Kaléta seul, cette puissance est supérieure à tout ce que nous avons fait en 114 ans. C’est-à-dire les 60 ans de colonisation plus les 54 ans d’indépendance. L’avantage, c’est de donner le courant d’abord pour la consommation domestique, donner aussi le courant pour assurer l’industrialisation du pays. Mais la réalisation de Kaléta va nous permettre de créer un point d’interconnexion ou de raccordement avec les pays de la sous-région. C’est ce qu’on appelle le point d’adjonction qui va nous mettre sur le réseau interconnecté à partir du Sénégal, la Guinée Bissau et la Gambie. Après Kaléta, il y a le barrage de FOMI qui se situe dans la région de Kankan avec une puissance de 94 mégawatts. Au-delà du courant, le barrage de FOMI aura pour avantage le développement de la riziculture avec l’aménagement d’une plaine rizicole de 30 mille hectares. La réalisation de l’aménagement rizicole de FOMI va aussi nous permettre de développer la pêche avec une prévision de 3 mille tonnes de poissons d’eau douce par an. Elle va ensuite permettre de réguler le fleuve Niger et par conséquent, favoriser la navigation entre la Guinée et le Mali. Un autre point non négligeable, c’est que FOMI va être un autre point d’interconnexion avec la sous-région à partir de Bamako. Cela permettra à la Guinée d’être interconnectée avec le Mali.
Guinéenews : Qu’en est-il des micro-barrages ?

Abdoulaye Kéita : Aujourd’hui, nous avons fini les études pour la réalisation de 4 autres micro-barrages, dont le barrage de Zébéla sur le fleuve Diani à N’Zérékoré qui fait 16 mégawatts ; le barrage de Kögbèdou avec 16,5 mégawatts à Kankan ; le barrage de Touba avec 16 mégawatts à Labé et celui de Daboya avec 3 mégawatts. Mais en plus des 3 mégawatts de Daboya, c’est qu’il va être le premier barrage en amont sur le fleuve Samou. Ce qui fait qu’il va servir de régulateur pour Banéa, Donkéa et les Grandes-Chutes. Pendant la saison des pluies, on va garder l’eau à Daboya et pendant la saison sèche, l’eau va être libérée et elle sera turbinée par Banéa, ensuite libérée puis turbinée par Donkéa, libérée et turbinée par les Grandes-chutes. Ce qui fera que le système va fonctionner 12 mois sur 12.
Guinéenews : Y a-t-il eu de nouvelles acquisitions de capacités thermiques ?

Abdoulaye Kéita : On a fait des acquisitions de capacités thermiques. Aujourd’hui, nous avons créé le projet d’adjonction thermique de 100 mégawatts au fuel lourd. Les 15 groupes électrogènes sont déjà à Conakry. On est en train de les installer. Les 100 seront repartis sur les sites de Tombo I pour 24 mégawatts ; Tombo II pour 26 mégawatts et Kipé pour les 50 mégawatts restants. En plus des 100 mégawatts de fuel lourd, on a eu un prêt de 25 groupes de 2 mégawatts chacun. Donc, une puissance additionnelle de 50 mégawatts en diésel. Cette centrale provisoire est actuellement fonctionnelle à partir du gas-oil. Toujours en termes d’acquisition, on a configuré dans les capitales régionales telles que Faranah, un groupe de 2 mégawatts qui fonctionnait au diésel à un groupe qui fonctionne maintenant au mazout. Ce groupe fonctionne actuellement et donne le courant à la ville de Faranah. A N’Zérékoré, il y 2 groupes de 3 mégawatts qui fonctionnaient au gasoil et maintenant au mazout et donnent le courant en ce moment à la ville de N’Zérékoré. Il y a également 3 mégawatts à Kankan qui ont été aussi reconvertis. A Boké, avec l’appui de l’ANAIM, 2 groupes de 3 mégawatts ont été achetés. L’EDG a fourni le transformateur de 3,5 MVA aussi. Elle a fourni les cellules, les autres accessoires de raccordement plus le carburant qui fait fonctionner. Donc, cette centrale a été créée en partenariat avec ANAIM à Boké. Pour les groupes de Kankan, N’Zérékoré et Faranah, c’est la BIDC qui a apporté le financement. Aujourd’hui, le réseau a été réhabilité. On a fait l’extension en modernisant le réseau en un réseau de 30 Kilovolts à Boké. Grâce à l’appui de notre partenaire KAMA, nous avons aujourd’hui reconfiguré le réseau de Boké. Ces travaux ont été réalisés à 100 pour 100 par KAMA.

Guinéenews : Les préfectures seront-elles prises en compte avec ces nouvelles acquisitions ?

Abdoulaye Kéita : Bien sûr. Il y a eu aussi des acquisitions de nouvelles capacités de 22 mégawatts pour les préfectures. Donc, les 22 groupes représentent un don du gouvernement chinois au gouvernement guinéen. Ces 22 groupes sont présentement ici, on a fini de faire les massifs. C’est-à-dire les abris-groupes. Pour cela il faut d’abord faire le soubassement où doit poser les groupes après on monte les murs. Bientôt on va convoyer ces groupes dans les différentes préfectures. Il faut faire remarquer qu’il y a de ces préfectures qui n’avaient jamais eu le courant en République de Guinée depuis l’indépendance. Parmi ces préfectures bénéficiaires, il y a Boffa, Gaoual, Koundara, Mali, Koubia, Tougué, Lélouma, Kouroussa, Kérouané, Mandiana, Beyla, Yomou, Lola, Macenta, Guéckédou, Kissidougou. Il y a aussi des CRD importantes qui vont bénéficier de ces groupes telles que : Sinko, Tinièran, Banankoro, Diécké…
Guinéenews : Tous ces réseaux sont réalisés par quelle entreprise ?

Abdoulaye Kéita : Aujourd’hui, l’ensemble de ces réseaux sont en train d’être réalisés par notre partenaire KAMA qui a aussi financé à cent pour cent ces travaux. Parce qu’au moment où on recevait les dons, le budget était déjà voté. Ce qui veut dire qu’on ne pouvait pas être pris en compte dans ce budget. En plus, la Guinée était placée sous des contraintes liées à l’atteinte du PPTE. Donc, on ne pouvait pas se permettre de faire n’importe comment des dépenses sans tenir compte de ces restrictions. Il était question alors de trouver une solution. Pour cela, il a été question, vu l’urgence que commandait l’arrivée de ces groupes, de trouver un fournisseur qui était capable de préfinancer. Car avec le préfinancement, il n’y avait plus de risque ou d’incidences négatives sur les objectifs que le gouvernement s’était assignés à l’époque pour l’atteinte du PPTE. C’est ce qui fut fait. Il y a eu une consultation restreinte entre les sociétés DECON, KAMA… Mais, DECON étant une société internationale qui n’a pas voulu préfinancer et en plus elle était plus chère. C’est ce qui a fait qu’on était obligé de tenter l’option de KAMA qui avait l’avantage d’être à la fois moins cher mais aussi qui a accepté de préfinancer à cent pour cent. Elle nous offrait en plus la possibilité de la rembourser pendant 7 ans avec un an de moratoire. Cela a été un acte que nous avons vivement salué. Parce qu’elle a démontré qu’elle voulait accompagner les nouvelles autorités guinéennes dans leur volonté de fournir le courant à tout le pays. En acceptant de se préfinancer et sans recourir à des prêts auprès des institutions financières. Donc aujourd’hui, ces travaux sont beaucoup avancés et sont visibles dans ces différentes localités que j’ai citées ci-haut. Lorsqu’on fait la somme de toutes ces acquisitions, on aura environ 600 mégawatts. Alors que la capacité initiale de la Guinée était de 203 mégawatts. Ce qui nous amène à dire que les efforts du président Alpha Condé et de son gouvernement, ont permis de multiplier par 3 la capacité initiale. Sur le plan production, on s’est dit que l’ensemble de ces acquisitions va prendre un petit temps. C’est-à-dire le temps de réalisation de Kaléta, de FOMI… Alors qu’est-ce qu’il fallait pour que les consommateurs aient accès au courant en attendant que ces barrages ne soient opérationnels. C’est pourquoi, en termes de dispositions concrètes et immédiates, il fallait penser à réhabiliter les installations existantes. Lorsqu’on venait en décembre 2010, aucun des 7 groupes du parc de Tombo ne tournait. Mais, aujourd’hui, nous avons réhabilité l’ensemble de ces 7 groupes qui font plus de 70 mégawatts. Lesquels ont été injectés sur le réseau. Ce qui a permis d’apporter un plus au niveau de la desserte. En plus de ces réhabilitations des thermiques, nous avons aussi réhabilité des lignes de transport. Parce qu’en 2010, il y a eu 14 pylônes qui ont été vandalisés entre Donkéa et les Grandes-Chutes. C’est ce qui empêchait l’évacuation de l’énergie produite à Donkéa sur Conakry. A Donkéa, on a 15 mégawatts et à Banéa, 5 mégawatts. C’est la raison pour laquelle on ne pouvait pas évacuer ces 20 mégawatts sur Conakry. Le gouvernement a débloqué 500 mille euros avec l’entreprise française IGNIO qui a exécuté ces réhabilitations. Cela nous permet aujourd’hui d’évacuer les 20 mégawatts sur la capitale. Il s’agit d’un acte qui a contribué à l’amélioration de la desserte. Toujours dans le cadre de la réhabilitation, les groupes hydrauliques ont été touchés. Puisque quand on venait, il y avait des groupes au niveau des barrages hydroélectriques qui étaient en panne. C’est-à-dire un groupe au niveau d’un barrage hydraulique, ce sont les turbines. A Garafiri, il y avait 3 turbines ; Grandes-Chutes, 4, Donkéa, 2, Banéa, 2. Parmi ce parc, il y avait 5 turbines en panne. A ce jour, nous avons pu réhabiliter 4 groupes sur les 5. Ce qui a également entraîné une puissance additionnelle ayant contribué à l’amélioration de la desserte. Garafiri, avec un potentiel de 75 mégawatts, à cause des défaillances dues aux fuites sur les turbines et de manque d’entretien, était devenu obsolète. Depuis qu’il a été créé, c’est la première fois cette année qu’elle a reçu des entretiens. Donc après entretien, chaque turbine de Garafiri fonctionne à 25 mégawatts, 24 heures sur heures. Parce que nous avons mis en place un système de gestion de l’eau qui a permis d’avoir de l’eau 12 mois sur 12. C’est aussi le lieu de féliciter Dr Kent qui est le chef de département hydraulique et ses hommes. Passez-moi l’expression, c’est un demi-savant. Grâce à leur ingéniosité, nous avons pu réhabiliter à moindre coût les groupes hydrauliques. Parce que quand il a été question de réhabiliter le réfrigérant de Donkéa, les experts étrangers nous ont proposé 65 mille euros. Dr Kent et ses hommes ont réfléchi et examiné, ils nous ont demandé de leur payer seulement 6 millions 500 mille francs guinéens. Ce qui fut fait et ils ont dépanné le groupe à la place de 65 mille euros. Les experts nous avaient proposé aussi, pour la réhabilitation du groupe 2 des Grandes-Chutes, 150 mille euros. Dr Kent et compagnie nous ont réclamé 2 millions 500 mille francs guinéens. Jusqu’à présent le groupe est sur le réseau opérationnel. A cause de ces exploits, nous avons décerné un acte de satisfecit au département hydraulique de l’EDG. Aussi le bras de Banéa était arrêté depuis 7 ans. Cette année, nous l’avons réhabilité et mis sur le réseau. Voilà ce qui a été fait pour que la desserte soit améliorée aujourd’hui.
Guinéenews : A quoi vous vous êtes attaqué après la réhabilitation du parc de production ?

Abdoulaye Kéita : Après la réhabilitation du parc de production, on s’est attaqué au transport et à la distribution. Parce qu’il y avait des quartiers qui pouvaient rester dans le noir pendant 6 mois ou plus à cause d’une panne de transformateur. Nous avons ainsi commandé des transformateurs. Avant l’arrivée des commandes de l’Etat qui avait lancé une commande de 38 transformateurs et qui commençaient à accuser du retard, l’EDG a lancé la commande de 300 transformateurs. Ce qui a permis actuellement de remplacer tous les transfos grillés sur le réseau. Pour les transformateurs surchargés, nous sommes en train de les protéger. Car, il n’y avait plus de protection sur l’ensemble du réseau de distribution et de transport. Les cuivres qui permettaient de faire la mise à la terre, étaient volés ou vandalisés. Sur 600 pylônes, on a trouvé que tout a été enlevé. Ce qui fait que quand il y a pluie, souvent on constate des perturbations. Actuellement un financement a été mobilisé auprès de la CEDEAO et cela devrait permettre de reprendre complètement le système de protection des lignes. Il y a à date 60 qui sont faits sur les 600 pylônes. Sur plan de la distribution, le réseau de Kaloum qui a été installé dans les années ‘’54‘’, est aujourd’hui confronté à une vétusté. Il était conçu pour un petit nombre de populations qui est aujourd’hui multiplié par 10. Donc la charge est donc plus grande que la capacité de conduite. C’est pourquoi, nous avons mobilisé les financements auprès de la Banque Mondiale qui nous les a accordés pour la réhabilitation et la modernisation du réseau de Kaloum. Ces travaux ont en ce moment commencé avec la société Allemande RMT. Il y aussi eu une mobilisation de financements auprès de la BAD pour la réhabilitation, l’extension et la modernisation du réseau électrique de la commune de Ratoma, aujourd’hui exécutées à plus de 70 pour cent. Sur le terrain, chacun peut constater la mise en place des poteaux, câbles… Pour la commune de Matoto, nous avons mobilisé des financements auprès de la BID pour la réhabilitation, l’extension et la modernisation du réseau. Les travaux sont réalisés à plus de 40 pour cent par l’entreprise ivoirienne K2R. Nous sommes à la recherche de financements pour les communes de Matam et de Dixinn. Si le courant est produit, transporté et distribué, il fallait penser à sa commercialisation. Quand on venait d’arriver aux affaires, on s’est rendu compte qu’il y avait un grand nombre de consommateurs qui n’étaient pas enregistrés dans les fichiers de l’EDG. Ce fait était dû aux branchements clandestins qui étaient extrêmement importants. C’est pourquoi, nous avons lancé le projet de recensement clientèle. Par exemple à Kaloum, il y avait avant l’opération de recensement seulement un peu plus de 3 mille clients enregistrés dans les fichiers. Mais après le recensement systématique, le nombre de clients recensés est passé de 3 mille à 14 mille 500. Voyez l’écart et imaginez les pertes et préjudices qu’on a subis à cause des branchements clandestins et des installations frauduleuses. C’est ainsi qu’on a décidé d’étendre l’expérience aux autres communes de la capitale. Aujourd’hui, trois communes ont entièrement fini d’être recensées sur les 5. Les travaux continuent pour les 2 communes qui restent. Et parallèlement, les mêmes travaux ont lieu à N’Zérékoré, Kankan, Labé, Kindia, Faranah, Boké, Mamou… Ensuite, nous avons décidé de changer complètement la politique commerciale. Parce que c’est une politique qui est basée sur la facturation à forfait. Nous nous sommes dit qu’avec ce système, l’entreprise ne s’en sortirait jamais. Etant donné qu’elle ne dispose d’aucun instrument de mesure de sa marchandise. C’est ainsi qu’on a décidé d’instaurer les compteurs à prépaiement. A l’heure qu’il fait, 20 mille compteurs au port vont bientôt sortir pour être posés chez les clients. Désormais le courant va être comme le téléphone. Avant de consommer, il vous faudra mettre le crédit. Cette option va beaucoup contribuer à renflouer les caisses de l’entreprise. Car, dans l’ancien système, l’entreprise produisait le courant et le client le consomme pendant deux mois. Après, quand on lui envoie la facture, il a un mois de plus pour se mettre en règle vis-à-vis de la comptabilité. Ce qui faisait pratiquement 3 mois d’attente inutile pour l’entreprise avant de récupérer son argent qu’il a engagé pour la production du courant. C’est au cas où on est vraiment sûr que le client va payer sa facture intégralement et à temps. Mais, cela comporte toujours des risques. Parce que qu’un client peut consommer aujourd’hui et avant le recouvrement il déménage ailleurs. Avec les compteurs prépayés, on évitera désormais tous ces désagréments, aux difficultés de trésorerie et autres contestations de facture. Nous avons pu mobiliser des financements auprès de la Banque Mondiale, de la BAD et de la CEDEAO pour l’acquisition de ces compteurs qui sont fournis par nos partenaires, les Egyptiens. En plus de cela, on a pris l’initiative d’instaurer les lampes économiques. Une lampe économique de 10 watts a les mêmes luminosités qu’une lampe à incandescence de 100 watts. Mais la lampe incandescente de 100 watts consomme 10 fois plus que la lampe économique. Par conséquent, la pose des lampes économiques va permettre de réduire les factures d’électricités des clients et à l’EDG, elle permettra de multiplier sa capacité de fourniture. Ces lampes économiques ne produisent pas de chaleur. Elles ont une durée minimum de vie de 10 mille heures alors les lampes à incandescence n’ont qu’une durée de vie de 1500 à 3000 heures. Aujourd’hui, il y a un million de lampes économiques disponibles à Conakry. On vient de procéder au lancement de la pose systématique de cette lampe en commençant par la commune de Kaloum. Les consommateurs peuvent s’en procurer au niveau des différentes agences de l’EDG. Toujours sur le plan commercial, on a décidé d’instituer un nouveau logiciel de gestion intégrée. Parce que celui de gestion qui existait a plus de 20 ans d’âge et ne correspondait plus à l’évolution de l’entreprise. C’est-à-dire dès qu’un client est encaissé par exemple à N’Zérékoré, à la minute près, on le saura à Conakry. En dehors de tout ceci, nous avons créé un département Lutte contre la fraude. Parce que le recensement nous a permis de comprendre que beaucoup de clients étaient en fraude. Aujourd’hui, sur 326 clients industriels visités, 85 pour cent sont en fraude. Il y a des gens qui viennent payer l’abonnement pour le monophasé. C’est-à-dire l’abonnement avec un seul fil plus une phase neutre. Ce qui fait donc deux fils. Après, ils tirent le courant à partir de trois phases plus la phase neutre. Ce qui fait 4 fils. Cela est une forme de fraude. Ou bien, ils procèdent à un réglage disjoncteur. Par exemple, ils souscrivent à un réglage disjoncteur de 5 ampères sur le terrain, ils mettent plus de 5 ampères. Parmi ces cas de fraudes détectés, il y a celui de l’hôtel de la RIVIERA. La facture mensuelle de cet hôtel était de 18 millions de francs guinéens. Nous avons fait des enquêtes et on a trouvé que la consommation était anormale. L’équipe de fraude a donc été mise à contribution. Après vérification, on s’est rendu compte qu’il y avait fraude. Quand on a corrigé la fraude, la facture de la RIVIERA a quitté de 18 millions à 224 millions de francs guinéens. Soit une perte de plus de 200 millions par mois à cause de la fraude. L’hôtel Novotel nous payait mensuellement 70 millions de francs guinéens. Quand la fraude a été détectée, on a corrigé. Parce que la consommation ne passait par le compteur. Ce qui a fait que la facture de Novotel est passée à 440 millions de francs guinéens. Soit plus de 300 millions de perte par mois pour l’EDG. Comment avec un tel degré de fraude, une entreprise peut s’en sortir.
Guinéenews : Mais à combien s’élève les pertes dues à ces fraudes des clients industriels ?

Abdoulaye Kéita : En tout, l’EDG a perdu plus de 300 milliards de francs guinéens pendant près de 10 à 15 ans. Parmi ces clients fraudeurs industriels, se trouvent presque toutes les grosses entreprises de la place. Nous avons toutes les situations détaillées reconnues par ces clients incriminés. Ils ont signé et l’huissier a fait le constat. On les a filmés et photographiés. Ces réformes importantes nous ont permis d’accroître substantiellement nos recettes qui sont montées de 7 milliards de francs guinéens par mois à 18 milliards 500 millions. Une performance qui a séduit et encourage les institutions financières telles que la Banque mondiale, le FMI, la BAD. La preuve, on vient d’avoir un financement d’une valeur de 18 millions de dollars US de la part de la Banque mondiale pour la réhabilitation, l’extension et modernisation du réseau de Kaloum. Le rôle de l’audit interne dans cette dynamique a connu une révolution. L’audit a été amélioré et élargi à d’autres niveaux en vue de rendre plus transparente la gestion interne de l’entreprise.
Guinéenews : Vous affirmez que certains matériels électriques sont mis à la disposition des consommateurs gratuitement. Pourtant, dans certaines villes de l’intérieur notamment au niveau de Kankan, certains de vos agents revendent ces matériels tels que les compteurs ou les câbles ?

Abdoulaye Kéita : Bon… Si cela se faisait, pour le moment nous ne disposons pas à notre niveau de preuves formelles qui confirment une telle attitude de la part de nos agents à l’intérieur. Pour le moment, on ne pas nous apporter la moindre preuve de cette accusation. Sinon, officiellement, il y a des équipements que nous offrons gratuitement à nos consommateurs. A propos, nous avons même passé plusieurs communiqués à la télévision et à la radio nationale pour les informer de la gratuité de ces matériels. Maintenant, si un consommateur est pressé et ne veut pas aller au rythme de l’EDG, il tient forcément avoir le courant et cela l’amène à corrompre ou à payer clandestinement de l’argent, ça c’est autre chose. Mais, officiellement, je pense que tout le monde doit le savoir, les clients et agents en tête. Si vraiment c’est ce cas de figure, j’avoue que je ne peux pas le nier. Parce que le Guinéen est prêt à toute forme de corruption pourvu que son objectif soit atteint. Mais s’il faut enfreindre la morale et la loi, ce qui est déplorable, surtout à un moment où nous nous battons tous pour rendre le changement qualitatif et quantitatif effectif dans notre pays.
Guinéenews : Cette gratuité va donc s’appliquer également aux nouveaux compteurs qui vont bientôt débarquer ?

Abdoulaye Kéita : Absolument. Nous ne vendons pas les compteurs. Que cela soit clair une fois pour toute dans l’esprit de tout chacun. La seule chose qui est vendue d’abord par l’EDG, ce sont les lampes électriques économiques. Cela, parce que la lampe n’est pas un équipement. C’est pour le client lui-même. Ces lampes sont d’ailleurs revendues au coût marginal. Avant, les gens pouvaient soutirer des pièces et aller les revendre au marché Madina. Lorsque vous lancez une commande par rapport à une telle pièce, ils vont directement à Madina et viennent te présenter qu’ils l’ont trouvée ou ils vous disent qu’elle coûte moins chère que la commande extérieure qui peut aussi prendre du temps. Quand ils viennent te faire une telle offre, toi en tant que gestionnaire, vous allez penser effectivement que c’est cette option qu’on vient de proposer qui est la meilleure. Et si tu n’agis pas avec prudence, vous allez vous engager dans ce marché de dupe. Une ou deux semaine après, vous vous verrez confronté à des problèmes. Pour couper court à ces pratiques malsaines, nous avons décidé de mettre désormais fin à l’achat de pièces d’occasion. Qu’elles soient pour les groupes ou les véhicules. Depuis, on a cessé d’acheter des pièces avec des intermédiaires. Nous achetons directement avec des fabricants. Quand c’est le cas, je pense qu’on ne pourra plus me présenter quoi que ce soit. Parce que à ce je sache, il n’y a pas de fabricant à Madina. Depuis que cette mesure a été instituée, on enregistre moins de cas de vol de pièces de groupe à l’EDG. C’est la même politique qu’on a adoptée au niveau des véhicules. Avant, pour acheter des véhicules de service, ce sont des intermédiaires en collusion avec des agents, qui partaient négocier des véhicules qui étaient non seulement des occasions mais surfacturés et livrés au prix du neuf. C’est pourquoi, nous avons décidé d’uniformiser le parc, en achetant directement avec les fabricants. C’est-à-dire à l’usine. Cela nous a permis d’éviter des surfacturations. Figurez-vous avec les véhicules d’occasion et les dépannages qu’on faisait chaque fois sur eux, on pouvait se retrouver finalement au bout d’un an avec le prix de deux ou trois véhicules neufs à l’usine. C’est pourquoi, tous les anciens véhicules ont été réformés pour essayer d’acheter des sortis d’usine. Pour cela, on a fait des acquisitions. Les véhicules sont arrivés à Conakry sans que l’EDG ne paie un franc.
Guinéenews : Comment vous avez donc procédé ?

Abdoulaye Kéita:  On a lancé un appel d’offres. On a demandé dans nos termes de référence, c’est le fournisseur qui devait se préfinancer. A l’EDG, nous avons institué presque systématiquement la méthode de préfinancement. Parce que quand on venait, il y avait des avances qui étaient payées aux gens qui n’ont jamais réalisé les travaux ou livré les marchandages. Donc, il fallait en finir avec cette pratique aussi. D’où l’institution du système de préfinancement. Suite à cet appel d’offres, il y une entreprise qui a accepté de nous livrer 60 véhicules sortis d’usine jusqu’à Conakry. On a convenu avec le fournisseur à ce que les 60 véhicules soient payés en 24 mensualités. C’est comme si on payait en moyenne trois véhicules par mois. Les véhicules ont été livrés et les gens ont commencé à murmurer partout qu’on a de l’argent à L’EDG sans chercher à savoir comment nous avons fait pour les acquérir. Selon donc le mode de paiement convenu, chaque mois on paie et on ne le sent pas. C’est ce qui nous a permis de doter tous nos services ou structures de véhicules. Surtout les différents barrages, les exploitations , les agences, les dépannages. Il suffit qu’un client contacte une de nos agences pour n’importe quel travail de dépannage, dans les minutes qui suivent il verra nos agents sur place. Nous avons exigé que ces véhicules restent dans les agences. Quand on arrête le travail le soir, les gens laissent le véhicule au niveau du service. Le matin, on les reprend pour les fins exclusives et strictes de service. C’est pourquoi, on ne les retrouve en circulation la journée ou la nuit ou bien les week-ends, si ce n’est que dans le cadre de la mission commandée de l’EDG.
Guinéenews : Vous affirmez qu’au niveau de Kaloum, beaucoup d’efforts sont en train d’être accomplis. Cependant, il n’en demeure pas moins qu’il y a encore des problèmes persistants de délestage dans certains secteurs. Au même moment, en haute banlieue, on y constate une certaine stabilité. Comment expliquez-vous ce contraste dans la desserte aujourd’hui ?

Abdoulaye Kéita : Vous devez comprendre que le réseau de Kaloum est absolument vétuste. A Kaloum, depuis le mois d’avril, on a lancé les travaux de réhabilitation, d’extension et de modernisation du réseau. Mais, il faut avouer que tous les matériels ne sont pas encore disponibles sur place. Pour le moment, le peu que nous sommes en train d’exécuter en attendant l’intervention de nos partenaires allemands, subit déjà des actes de vandalisme de la part de certains citoyens malveillants. Récemment, on fait montrer à la télévision nationale des cas de vandalisme de ce genre. Les gens sont venus couper carrément le câble qui alimentait une bonne partie de Kaloum. Dans la commune de Ratoma, on a enregistré des cas similaires. Là, ces gens viennent cannibaliser les installations, pas pour les emporter ou les vendre, mais ils viennent juste couper les fils et les laissent sur place. Voilà la mauvaise foi, le cynisme de certaines personnes. Que les Guinéens sachent que EDG est à leur service ainsi que les câbles vandalisés. En les coupant, on provoque automatiquement de l’obscurité, le délestage dans plusieurs foyers de consommateurs. C’est pourquoi, nous avons demandé auprès du ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation et les collectivités locales à ce qu’ils nous accompagnent dans la sauvegarde de nos installations. Parce que dorénavant tout quartier qui connaîtra de pareils actes de sabotage, on le laissera dans l’obscurité pendant 6 mois. Si un quartier vandalise ses installations pour quelque motif que ce soit, nous considérons automatiquement cela comme étant un signal qui explique qu’eux, ils ne veulent pas le courant. En conséquence, nous l’abandonnerons momentanément pour faire face à d’autres secteurs plus nécessiteux et respectueux du patrimoine national. C’est pourquoi, nous avons créé un numéro vert accessible à tout le monde. Quiconque nous permet de traquer un vandale, a droit à une prime avec l’EDG.
Guinéenews : Mais revenons maintenant au délestage précis de Kaloum ?

Abdoulaye Kéita : Donc, comme je disais tantôt, à cause de la vétusté du réseau de Kaloum, nous sommes confrontés à d’énormes problèmes. Il faut savoir que ce n’est pas la totalité du courant produit aujourd’hui à partir de Garafiri, de Donkéa et des Grandes-Chutes, qui est évacuée sur Kaloum. Le complément doit être assuré par les centrales thermiques qui sont à Tombo. C’est ce qui fait qu’en banlieue, le rythme de desserte est parfois plus élevé et plus régulier qu’à Kaloum. Alors qu’à Kaloum, il est prévu une desserte de 24 heures sur 24 heures. Mais, le courant est plus stable en banlieue où le réseau est plus moderne qu’ici à Kaloum qui attend que son réseau soit réhabilité et modernisé. Voilà quelques raisons qui expliquent les délestages actuels au niveau de Kaloum.
Guinéenews : Avec ces nouvelles acquisitions thermiques, quel est le taux de desserte aujourd’hui pour la zone spéciale de Conakry ?

Abdoulaye Kéita : Le taux de desserte était de 36 pour cent. Aujourd’hui, nous sommes à 70 pour cent. En termes clairs, les gens avaient 6 heures de courant par jour. Mais aujourd’hui, en moyenne, on a 18 heures.
Guinéenews : De quelle heure à quelle heure ?

Abdoulaye Kéita : Aujourd’hui, si une zone a le courant à partir de zéro heure, elle restera alimentée jusqu’à zéro heure le lendemain.
Guinéenews : Mais ce planning de desserte ne semble pas être effectif partout à Conakry comme à Coléah par exemple ?

Abdoulaye Kéita : C’est pourquoi, j’ai dit en moyenne. Il y a des parties où il y a le courant 24 heures sur 24 heures. D’autres n’en ont que pendant 18 heures, 16 heures, 12 heures. Il y en a même qui ont moins de ce niveau. Mais quand on fait aujourd’hui la moyenne, cela nous fait les 18 heures. C’est donc en termes de moyenne.
Guinéenews : Une inquiétude qui est assez répandue chez les consommateurs, c’est celle de savoir si ce niveau atteint aujourd’hui pourrait aller en s’améliorant ou s’il va connaître une chute après la période des pluies. Comme il a été toujours le cas par le passé ?

Abdoulaye Kéita : Aujourd’hui, ceux qui lient l’amélioration de la desserte aux pluies, sont en train d’annihiler ou par mauvaise foi ne veulent pas reconnaître les importants efforts consentis par le président de la République et son gouvernement en matière d’électrification du pays. Qu’ils me disent alors que le courant qui se trouve aujourd’hui à N’Zérékoré, à Faranah, Kankan ou à Boké est produit à partir de l’eau de pluie. Qu’ils me disent que les lampadaires qui sont en train d’illuminer les 33 préfectures du pays sont faits par la pluie. On a vu des pays qui ont connu des inondations mais qui n’ont pas de courant. La Guinée est un pays qui enregistre chaque année une forte pluviométrie, de grandes pluies. Mais on avait jamais connu un tel niveau de desserte en électricité. Même s’il y a la pluie, il faut qu’il y ait des machines pour transformer cette pluie en courant électrique. Et même si ces machines existaient, si elles ne sont pas bien exploitées, entretenues, il n’y aura jamais de courant de façon satisfaisante. S’il n’y avait pas eu d’entretiens sur Garafiri et les autres barrages, est-ce qu’on allait connaître une telle avancée dans la desserte. Il faut que les gens aient le courage de reconnaître qu’il y a des efforts qui sont en train d’être faits. Sinon je défie quiconque de m’apporter la preuve que c’est la pluie.
Guinéenews : Il n’y a pas longtemps, EDG a été accusée d’avoir passé un marché de 50 millions d’euros à une société de la place, en l’occurrence KAMA sans appel d’offres. Qu’en dites-vous ?

Abdoulaye Kéita : Je pense avoir répondu plus haut à cette allégation. Nous, à l’EDG, nous sommes respectueux des lois de la République mais nous tenons aussi compte de certaines contingences comme celles qui ont prévalu au moment où on a attribué ce marché à KAMA. Cela dit, chacun est libre de ses commentaires et appréciations sur ce que nous avons fait. Ce que nous refusons catégoriquement, c’est de nous laisser distraire dans notre mission par ces gesticulations inutiles. L’objectif qui nous est assigné par le chef de l’Etat et son gouvernement est clair, précis et bien défini dans le temps : améliorer la desserte, rapidement et durablement, sur toute l’étendue du territoire national. C’est vraiment aujourd’hui notre seule préoccupation.
Guinéenews : Présentement, les travaux d’éclairage public de Kaloum sont beaucoup avancés. Qu’en est-il des autres communes de Conakry et de l’intérieur ?

Abdoulaye Kéita : Grâce à l’appui du gouvernement sud-africain, un appui obtenu grâce aux négociations menées par l’Ambassade d’Afrique du Sud en Guinée mais aussi grâce aux relations historiques qui existent entre l’Afrique du Sud et la Guinée. Pour l’histoire, les premiers dirigeants noirs d’Afrique du Sud, Nelson Mandela, le père de Thabo MBeki ont été formés dans les camps militaires guinéens. Leurs premiers passeports étaient guinéens. En plus, la Guinée a activement participé à la lutte contre le régime d’apartheid de Pretoria. Ces relations sont aujourd’hui raffermies par le président Alpha Condé qui a un lien politique avec le président Jacob Zuma. Car, ils appartiennent tous à l’Internationale Socialiste tout comme leurs partis respectifs. C’est-à-dire, le RPG-Arc-en-ciel et l’ANC. C’est à cause de ces facteurs que le gouvernement sud-africain a accepté de nous accorder un don de lampadaires solaires pour l’éclairage public de Kaloum. Ce don a été livré en matériels avec les techniciens sud-africains qui travaillent en collaboration avec leurs homologues guinéens. Les travaux sur l’éclairage public de Kaloum, ne sont pas encore finis. C’est la première phase.
Guinéenews : Avez-vous d’autres perspectives dans ce cadre ?

Abdoulaye Kéita : Ecoutez, je n’aime pas trop parler des perspectives. Parce que quand vous annoncez aujourd’hui que vous allez faire telle ou telle chose, il suffit qu’il y ait une petite défaillance ou un petit problème qui vient retarder l’exécution de ce projet, sans le comprendre, il y a des gens qui traitent immédiatement et de la façon la plus mécanique, que vous êtes un menteur. Sinon il y a une deuxième phase qui doit s’étendre aux autres communes. J’annonce ici qu’on a la promesse ferme des Sud-Africains. Mais, si pour telle ou telle raison, ce projet est retardé, on chantera partout que le Coordinateur a annoncé qu’il y aura l’éclairage public des autres communes…
Guinéenews : Actuellement, la plupart des lampadaires solaires publics installés le long de l’autoroute Fidel Castro ne s’allument plus. Est-ce qu’il y a des dispositions prises pour les remettre en état ?

Abdoulaye Kéita : Ceci est prévu dans la seconde phase du projet que je viens d’annoncer. Il faut savoir que pour ces lampadaires installés sur l’Autoroute, on est confronté à un problème de qualité. Si vous remarquez, les lampadaires installés à l’intérieur du pays illuminent mieux que ces panneaux sur l’Autoroute. En plus de cela, il n’y a pas eu de dispositions par rapport à l’entretien. Parce que quand on réalise quelque chose, il faut tout de suite penser à son entretien. Car, si on ne le fait pas, il ne pourra donner la satisfaction, les résultats auxquels on s’attend. Nous sommes tout de même en train de prendre des dispositions pour les remplacer par des panneaux plus lumineux. Mais en tenant compte aussi de l’entretien et de la qualité.
Guinéenews : Revenons un peu sur le cas de Boké. On le sait, l’EDG avait fermement promis qu’elle serait au rendez-vous des festivités célébrant l’an 54 de notre indépendance en fournissant du courant à la ville. Mais malheureusement, le jour de la fête et celui d’avant, Boké a été plongée dans l’obscurité. Qu’est-ce qui a provoqué, à votre avis, un tel désagrément ?
 

Abdoulaye Kéita : Effectivement, EDG était bel et bien au rendez de Boké. Grâce à l’initiative du président de la République, Pr Alpha Condé, d’organiser désormais les fêtes de l’indépendance dans les villes de province. Toute de suite, nous avons pris des dispositions pour ouvrir quatre grands chantiers. Le premier grand chantier, c’était la réalisation du réseau de Boké. Je l’ai déjà largement expliqué plus loin grâce à notre partenaire KAMA. Le deuxième grand chantier, c’était la centrale électrique qu’on pu installer grâce à notre partenaire ANAIM. Le troisième chantier, c’était l’éclairage public. En partenariat avec notre ministère de tutelle et les Chinois, on a pu installer 300 lampadaires solaires et 100 lampadaires conventionnels qui avaient été injectés par KAMA. Dernier grand chantier, c’est la construction du siège régional de l’EDG. Cette infrastructure a été réalisée sur fonds propres de l’EDG. Aujourd’hui, cet édifice est bel et bien disponible et vérifiable.
Guinéenews : Qu’en était-il du courant destiné à la consommation domestique ?

Abdoulaye Kéita : Il y avait le courant, à la tribune, dans les lieux publics et administratifs. Mais, on n’avait pas fini et jusqu’à présent de brancher tout le monde. Il y a 5000 branchements à faire et on ne branche que 40 par jour. Pour votre information, le jour de la fête, on était à 500 branchements sur 5000 prévus. C’est pourquoi, on pouvait facilement constater qu’une infime partie de la ville était alimentée et la grande majorité plongée dans le noir. Sinon, on était prêt. Parce que le groupe était sur le réseau. Ensuite, on a réalisé l’éclairage public dans les préfectures qui relèvent de la région administrative de Boké. C’est-à-dire Gaoual, Koundara, Boffa. Ces réalisations sont bien visibles dans ces localités.
Guinéenews : Tirant donc les leçons des ratés de la fête de Boké, dites-nous comment comptez-vous vous y prendre pour les festivités de l’an 55 de notre indépendance attendues à N’Zérékoré ?

Abdoulaye Kéita : Je crois que pour la fête de l’indépendance qui aura lieu à N’Zérékoré, nous serons tout fait prêts qu’à Boké. Parce qu’à Boké, on avait à réaliser 4 chantiers. Alors qu’à N’Zérékoré, nous n’avons qu’un seul chantier. C’est-à-dire, le siège régional de l’EDG. Parce que les autres travaux sont finis. On a déjà fini à N’Zérékoré avec le réseau, les lampadaires pour l’éclairage public. Ce qui reste maintenant, c’est la construction du siège. Donc, on n’y a pas assez d’efforts à fournir.
Guinéenews : Votre mot de la fin ?

Abdoulaye Kéita : Je pense qu’à travers ces importantes réalisations en cours au niveau de l’EDG, les efforts du président Alpha Condé, pendant plus de 40 ans, pour l’instauration de la vraie justice et l’Etat de Droit, de la liberté, de la démocratie et le progrès, ne resteront pas vains. Tout en le remerciant pour sa confiance en notre équipe pour enfin faire du rêve de l’électrification du pays une réalité, nous lui réaffirmons une fois encore notre engagement à tout faire pour exécuter sa politique énergétique en faveur de la population guinéenne dans les règles de l’art et non par une solution de bricolage comme il a été toujours le cas dans le temps. Pour cela, j’adresse ici toute ma gratitude au ministre d’Etat chargé de l’Energie, à l’ensemble de nos partenaires, aux travailleurs de l’EDG qui sont aujourd’hui hyper motivés malgré les difficiles conditions de travail. Cette motivation patriotique exemplaire n’a pas de prix. Enfin, nous allons remercier la population dans sa grande majorité pour sa patience, sa compréhension. Sans oublier la presse nationale, qu’elle soit publique ou privée pour son soutien inestimable. La presse ne ménage rien aujourd’hui pour sensibiliser les Guinéens sur nos difficultés, nos efforts et perspectives.

Source : Guinéenews

 
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Abdoulaye Keïta, Coordinateur Général de l’EDG :« Aujourd’hui, sur 326 clients industriels visités, 85% sont en fraude»

2012/11/18

Abdoulaye Keïta est le Coordinateur Général de la Guinéenne d’Electricité (EDG). Depuis sa nomination à la tête de cette société chargée de la production et de la distribution du courant électrique, force est de reconnaître que M. Keïta et ses collaborateurs sont à pied d’œuvre afin de donner satisfaction aux Guinéens dans le secteur stratégique de l’Energie. Dans cette interview à bâtons rompus qu’il a bien voulu accorder à Guinéenews, le Coordinateur Général d’EDG revient entre autres sur son bilan à la tête de l’EDG, le partenariat avec l’entreprise KAMA, les capacités thermiques, le mégaprojet Kaleta, les micro-barrages, la fraude. Exclusif…
Guinéenews : Depuis l’avènement du régime Alpha Condé, un investissement sans précédent a été effectué dans le secteur de l’électricité en vue d’améliorer le niveau de la desserte. A date, quel bilan pouvez-vous nous dresser par rapport à l’atteinte de cet objectif, quelle a été réellement sa répercussion sur la fourniture du courant par l’EDG ?
Abdoulaye Kéita : Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion d’informer l’opinion publique nationale et internationale sur les avancées et progrès qui sont en train d’être réalisés dans le secteur de l’énergie dans notre pays. Grâce à la volonté politique du président de la République, Pr Alpha Condé, au soutien de son gouvernement, du ministère d’Etat en charge de l’Energie et des partenaires et bailleurs de fonds de la Guinée, aujourd’hui, il y a d’importants progrès qui ont été réalisés. D’abord, sur le plan de production, on a assisté à l’acquisition de nouvelles capacités qui consistent à la réalisation du barrage hydroélectrique de Kaléta dont la capacité est de 240 Mégawatts pour un coût total de 526 millions de dollars américains. Les 75 pour cent sont financés par la banque EXIMBANK de la République Populaire de la Chine et les 25 pour cent par le budget national de développement grâce à l’insistance du président de la République qui a exigé à ce que la Guinée apporte quelque chose. Sans quoi, les Chinois étaient prêts à financer entièrement la réalisation de Kaléta. Le délai d’exécution de ce mégaprojet est de 48 mois. A ce jour, c’est le plus grand projet jamais réalisé en République de Guinée. Ce projet est plus que tous les barrages construits de la période coloniale jusqu’en 2010. C’est-à-dire la somme des puissances des barrages construits par les Blancs, par Ahmed Sékou Touré, le général Lansana Conté, le capitaine Dadis, le général Sékouba Konaté, est inférieure à la puissance de Kaléta seul. Tous ces barrages réunis, en termes de thermie, Kaléta reste le plus grand. Donc, ce que le président Alpha Condé a fait en moins de deux ans, avec Kaléta seul, cette puissance est supérieure à tout ce que nous avons fait en 114 ans. C’est-à-dire les 60 ans de colonisation plus les 54 ans d’indépendance. L’avantage, c’est de donner le courant d’abord pour la consommation domestique, donner aussi le courant pour assurer l’industrialisation du pays. Mais la réalisation de Kaléta va nous permettre de créer un point d’interconnexion ou de raccordement avec les pays de la sous-région. C’est ce qu’on appelle le point d’adjonction qui va nous mettre sur le réseau interconnecté à partir du Sénégal, la Guinée Bissau et la Gambie. Après Kaléta, il y a le barrage de FOMI qui se situe dans la région de Kankan avec une puissance de 94 mégawatts. Au-delà du courant, le barrage de FOMI aura pour avantage le développement de la riziculture avec l’aménagement d’une plaine rizicole de 30 mille hectares. La réalisation de l’aménagement rizicole de FOMI va aussi nous permettre de développer la pêche avec une prévision de 3 mille tonnes de poissons d’eau douce par an. Elle va ensuite permettre de réguler le fleuve Niger et par conséquent, favoriser la navigation entre la Guinée et le Mali. Un autre point non négligeable, c’est que FOMI va être un autre point d’interconnexion avec la sous-région à partir de Bamako. Cela permettra à la Guinée d’être interconnectée avec le Mali.
Guinéenews : Qu’en est-il des micro-barrages ?
Abdoulaye Kéita : Aujourd’hui, nous avons fini les études pour la réalisation de 4 autres micro-barrages, dont le barrage de Zébéla sur le fleuve Diani à N’Zérékoré qui fait 16 mégawatts ; le barrage de Kögbèdou avec 16,5 mégawatts à Kankan ; le barrage de Touba avec 16 mégawatts à Labé et celui de Daboya avec 3 mégawatts. Mais en plus des 3 mégawatts de Daboya, c’est qu’il va être le premier barrage en amont sur le fleuve Samou. Ce qui fait qu’il va servir de régulateur pour Banéa, Donkéa et les Grandes-Chutes. Pendant la saison des pluies, on va garder l’eau à Daboya et pendant la saison sèche, l’eau va être libérée et elle sera turbinée par Banéa, ensuite libérée puis turbinée par Donkéa, libérée et turbinée par les Grandes-chutes. Ce qui fera que le système va fonctionner 12 mois sur 12.
Guinéenews : Y a-t-il eu de nouvelles acquisitions de capacités thermiques ?
Abdoulaye Kéita : On a fait des acquisitions de capacités thermiques. Aujourd’hui, nous avons créé le projet d’adjonction thermique de 100 mégawatts au fuel lourd. Les 15 groupes électrogènes sont déjà à Conakry. On est en train de les installer. Les 100 seront repartis sur les sites de Tombo I pour 24 mégawatts ; Tombo II pour 26 mégawatts et Kipé pour les 50 mégawatts restants. En plus des 100 mégawatts de fuel lourd, on a eu un prêt de 25 groupes de 2 mégawatts chacun. Donc, une puissance additionnelle de 50 mégawatts en diésel. Cette centrale provisoire est actuellement fonctionnelle à partir du gas-oil. Toujours en termes d’acquisition, on a configuré dans les capitales régionales telles que Faranah, un groupe de 2 mégawatts qui fonctionnait au diésel à un groupe qui fonctionne maintenant au mazout. Ce groupe fonctionne actuellement et donne le courant à la ville de Faranah. A N’Zérékoré, il y 2 groupes de 3 mégawatts qui fonctionnaient au gasoil et maintenant au mazout et donnent le courant en ce moment à la ville de N’Zérékoré. Il y a également 3 mégawatts à Kankan qui ont été aussi reconvertis. A Boké, avec l’appui de l’ANAIM, 2 groupes de 3 mégawatts ont été achetés. L’EDG a fourni le transformateur de 3,5 MVA aussi. Elle a fourni les cellules, les autres accessoires de raccordement plus le carburant qui fait fonctionner. Donc, cette centrale a été créée en partenariat avec ANAIM à Boké. Pour les groupes de Kankan, N’Zérékoré et Faranah, c’est la BIDC qui a apporté le financement. Aujourd’hui, le réseau a été réhabilité. On a fait l’extension en modernisant le réseau en un réseau de 30 Kilovolts à Boké. Grâce à l’appui de notre partenaire KAMA, nous avons aujourd’hui reconfiguré le réseau de Boké. Ces travaux ont été réalisés à 100 pour 100 par KAMA.
Guinéenews : Les préfectures seront-elles prises en compte avec ces nouvelles acquisitions ?
Abdoulaye Kéita : Bien sûr. Il y a eu aussi des acquisitions de nouvelles capacités de 22 mégawatts pour les préfectures. Donc, les 22 groupes représentent un don du gouvernement chinois au gouvernement guinéen. Ces 22 groupes sont présentement ici, on a fini de faire les massifs. C’est-à-dire les abris-groupes. Pour cela il faut d’abord faire le soubassement où doit poser les groupes après on monte les murs. Bientôt on va convoyer ces groupes dans les différentes préfectures. Il faut faire remarquer qu’il y a de ces préfectures qui n’avaient jamais eu le courant en République de Guinée depuis l’indépendance. Parmi ces préfectures bénéficiaires, il y a Boffa, Gaoual, Koundara, Mali, Koubia, Tougué, Lélouma, Kouroussa, Kérouané, Mandiana, Beyla, Yomou, Lola, Macenta, Guéckédou, Kissidougou. Il y a aussi des CRD importantes qui vont bénéficier de ces groupes telles que : Sinko, Tinièran, Banankoro, Diécké…
Guinéenews : Tous ces réseaux sont réalisés par quelle entreprise ?
Abdoulaye Kéita : Aujourd’hui, l’ensemble de ces réseaux sont en train d’être réalisés par notre partenaire KAMA qui a aussi financé à cent pour cent ces travaux. Parce qu’au moment où on recevait les dons, le budget était déjà voté. Ce qui veut dire qu’on ne pouvait pas être pris en compte dans ce budget. En plus, la Guinée était placée sous des contraintes liées à l’atteinte du PPTE. Donc, on ne pouvait pas se permettre de faire n’importe comment des dépenses sans tenir compte de ces restrictions. Il était question alors de trouver une solution. Pour cela, il a été question, vu l’urgence que commandait l’arrivée de ces groupes, de trouver un fournisseur qui était capable de préfinancer. Car avec le préfinancement, il n’y avait plus de risque ou d’incidences négatives sur les objectifs que le gouvernement s’était assignés à l’époque pour l’atteinte du PPTE. C’est ce qui fut fait. Il y a eu une consultation restreinte entre les sociétés DECON, KAMA… Mais, DECON étant une société internationale qui n’a pas voulu préfinancer et en plus elle était plus chère. C’est ce qui a fait qu’on était obligé de tenter l’option de KAMA qui avait l’avantage d’être à la fois moins cher mais aussi qui a accepté de préfinancer à cent pour cent. Elle nous offrait en plus la possibilité de la rembourser pendant 7 ans avec un an de moratoire. Cela a été un acte que nous avons vivement salué. Parce qu’elle a démontré qu’elle voulait accompagner les nouvelles autorités guinéennes dans leur volonté de fournir le courant à tout le pays. En acceptant de se préfinancer et sans recourir à des prêts auprès des institutions financières. Donc aujourd’hui, ces travaux sont beaucoup avancés et sont visibles dans ces différentes localités que j’ai citées ci-haut. Lorsqu’on fait la somme de toutes ces acquisitions, on aura environ 600 mégawatts. Alors que la capacité initiale de la Guinée était de 203 mégawatts. Ce qui nous amène à dire que les efforts du président Alpha Condé et de son gouvernement, ont permis de multiplier par 3 la capacité initiale. Sur le plan production, on s’est dit que l’ensemble de ces acquisitions va prendre un petit temps. C’est-à-dire le temps de réalisation de Kaléta, de FOMI… Alors qu’est-ce qu’il fallait pour que les consommateurs aient accès au courant en attendant que ces barrages ne soient opérationnels. C’est pourquoi, en termes de dispositions concrètes et immédiates, il fallait penser à réhabiliter les installations existantes. Lorsqu’on venait en décembre 2010, aucun des 7 groupes du parc de Tombo ne tournait. Mais, aujourd’hui, nous avons réhabilité l’ensemble de ces 7 groupes qui font plus de 70 mégawatts. Lesquels ont été injectés sur le réseau. Ce qui a permis d’apporter un plus au niveau de la desserte. En plus de ces réhabilitations des thermiques, nous avons aussi réhabilité des lignes de transport. Parce qu’en 2010, il y a eu 14 pylônes qui ont été vandalisés entre Donkéa et les Grandes-Chutes. C’est ce qui empêchait l’évacuation de l’énergie produite à Donkéa sur Conakry. A Donkéa, on a 15 mégawatts et à Banéa, 5 mégawatts. C’est la raison pour laquelle on ne pouvait pas évacuer ces 20 mégawatts sur Conakry. Le gouvernement a débloqué 500 mille euros avec l’entreprise française IGNIO qui a exécuté ces réhabilitations. Cela nous permet aujourd’hui d’évacuer les 20 mégawatts sur la capitale. Il s’agit d’un acte qui a contribué à l’amélioration de la desserte. Toujours dans le cadre de la réhabilitation, les groupes hydrauliques ont été touchés. Puisque quand on venait, il y avait des groupes au niveau des barrages hydroélectriques qui étaient en panne. C’est-à-dire un groupe au niveau d’un barrage hydraulique, ce sont les turbines. A Garafiri, il y avait 3 turbines ; Grandes-Chutes, 4, Donkéa, 2, Banéa, 2. Parmi ce parc, il y avait 5 turbines en panne. A ce jour, nous avons pu réhabiliter 4 groupes sur les 5. Ce qui a également entraîné une puissance additionnelle ayant contribué à l’amélioration de la desserte. Garafiri, avec un potentiel de 75 mégawatts, à cause des défaillances dues aux fuites sur les turbines et de manque d’entretien, était devenu obsolète. Depuis qu’il a été créé, c’est la première fois cette année qu’elle a reçu des entretiens. Donc après entretien, chaque turbine de Garafiri fonctionne à 25 mégawatts, 24 heures sur heures. Parce que nous avons mis en place un système de gestion de l’eau qui a permis d’avoir de l’eau 12 mois sur 12. C’est aussi le lieu de féliciter Dr Kent qui est le chef de département hydraulique et ses hommes. Passez-moi l’expression, c’est un demi-savant. Grâce à leur ingéniosité, nous avons pu réhabiliter à moindre coût les groupes hydrauliques. Parce que quand il a été question de réhabiliter le réfrigérant de Donkéa, les experts étrangers nous ont proposé 65 mille euros. Dr Kent et ses hommes ont réfléchi et examiné, ils nous ont demandé de leur payer seulement 6 millions 500 mille francs guinéens. Ce qui fut fait et ils ont dépanné le groupe à la place de 65 mille euros. Les experts nous avaient proposé aussi, pour la réhabilitation du groupe 2 des Grandes-Chutes, 150 mille euros. Dr Kent et compagnie nous ont réclamé 2 millions 500 mille francs guinéens. Jusqu’à présent le groupe est sur le réseau opérationnel. A cause de ces exploits, nous avons décerné un acte de satisfecit au département hydraulique de l’EDG. Aussi le bras de Banéa était arrêté depuis 7 ans. Cette année, nous l’avons réhabilité et mis sur le réseau. Voilà ce qui a été fait pour que la desserte soit améliorée aujourd’hui.
Guinéenews : A quoi vous vous êtes attaqué après la réhabilitation du parc de production ?
Abdoulaye Kéita : Après la réhabilitation du parc de production, on s’est attaqué au transport et à la distribution. Parce qu’il y avait des quartiers qui pouvaient rester dans le noir pendant 6 mois ou plus à cause d’une panne de transformateur. Nous avons ainsi commandé des transformateurs. Avant l’arrivée des commandes de l’Etat qui avait lancé une commande de 38 transformateurs et qui commençaient à accuser du retard, l’EDG a lancé la commande de 300 transformateurs. Ce qui a permis actuellement de remplacer tous les transfos grillés sur le réseau. Pour les transformateurs surchargés, nous sommes en train de les protéger. Car, il n’y avait plus de protection sur l’ensemble du réseau de distribution et de transport. Les cuivres qui permettaient de faire la mise à la terre, étaient volés ou vandalisés. Sur 600 pylônes, on a trouvé que tout a été enlevé. Ce qui fait que quand il y a pluie, souvent on constate des perturbations. Actuellement un financement a été mobilisé auprès de la CEDEAO et cela devrait permettre de reprendre complètement le système de protection des lignes. Il y a à date 60 qui sont faits sur les 600 pylônes. Sur plan de la distribution, le réseau de Kaloum qui a été installé dans les années ‘’54‘’, est aujourd’hui confronté à une vétusté. Il était conçu pour un petit nombre de populations qui est aujourd’hui multiplié par 10. Donc la charge est donc plus grande que la capacité de conduite. C’est pourquoi, nous avons mobilisé les financements auprès de la Banque Mondiale qui nous les a accordés pour la réhabilitation et la modernisation du réseau de Kaloum. Ces travaux ont en ce moment commencé avec la société Allemande RMT. Il y aussi eu une mobilisation de financements auprès de la BAD pour la réhabilitation, l’extension et la modernisation du réseau électrique de la commune de Ratoma, aujourd’hui exécutées à plus de 70 pour cent. Sur le terrain, chacun peut constater la mise en place des poteaux, câbles… Pour la commune de Matoto, nous avons mobilisé des financements auprès de la BID pour la réhabilitation, l’extension et la modernisation du réseau. Les travaux sont réalisés à plus de 40 pour cent par l’entreprise ivoirienne K2R. Nous sommes à la recherche de financements pour les communes de Matam et de Dixinn. Si le courant est produit, transporté et distribué, il fallait penser à sa commercialisation. Quand on venait d’arriver aux affaires, on s’est rendu compte qu’il y avait un grand nombre de consommateurs qui n’étaient pas enregistrés dans les fichiers de l’EDG. Ce fait était dû aux branchements clandestins qui étaient extrêmement importants. C’est pourquoi, nous avons lancé le projet de recensement clientèle. Par exemple à Kaloum, il y avait avant l’opération de recensement seulement un peu plus de 3 mille clients enregistrés dans les fichiers. Mais après le recensement systématique, le nombre de clients recensés est passé de 3 mille à 14 mille 500. Voyez l’écart et imaginez les pertes et préjudices qu’on a subis à cause des branchements clandestins et des installations frauduleuses. C’est ainsi qu’on a décidé d’étendre l’expérience aux autres communes de la capitale. Aujourd’hui, trois communes ont entièrement fini d’être recensées sur les 5. Les travaux continuent pour les 2 communes qui restent. Et parallèlement, les mêmes travaux ont lieu à N’Zérékoré, Kankan, Labé, Kindia, Faranah, Boké, Mamou… Ensuite, nous avons décidé de changer complètement la politique commerciale. Parce que c’est une politique qui est basée sur la facturation à forfait. Nous nous sommes dit qu’avec ce système, l’entreprise ne s’en sortirait jamais. Etant donné qu’elle ne dispose d’aucun instrument de mesure de sa marchandise. C’est ainsi qu’on a décidé d’instaurer les compteurs à prépaiement. A l’heure qu’il fait, 20 mille compteurs au port vont bientôt sortir pour être posés chez les clients. Désormais le courant va être comme le téléphone. Avant de consommer, il vous faudra mettre le crédit. Cette option va beaucoup contribuer à renflouer les caisses de l’entreprise. Car, dans l’ancien système, l’entreprise produisait le courant et le client le consomme pendant deux mois. Après, quand on lui envoie la facture, il a un mois de plus pour se mettre en règle vis-à-vis de la comptabilité. Ce qui faisait pratiquement 3 mois d’attente inutile pour l’entreprise avant de récupérer son argent qu’il a engagé pour la production du courant. C’est au cas où on est vraiment sûr que le client va payer sa facture intégralement et à temps. Mais, cela comporte toujours des risques. Parce que qu’un client peut consommer aujourd’hui et avant le recouvrement il déménage ailleurs. Avec les compteurs prépayés, on évitera désormais tous ces désagréments, aux difficultés de trésorerie et autres contestations de facture. Nous avons pu mobiliser des financements auprès de la Banque Mondiale, de la BAD et de la CEDEAO pour l’acquisition de ces compteurs qui sont fournis par nos partenaires, les Egyptiens. En plus de cela, on a pris l’initiative d’instaurer les lampes économiques. Une lampe économique de 10 watts a les mêmes luminosités qu’une lampe à incandescence de 100 watts. Mais la lampe incandescente de 100 watts consomme 10 fois plus que la lampe économique. Par conséquent, la pose des lampes économiques va permettre de réduire les factures d’électricités des clients et à l’EDG, elle permettra de multiplier sa capacité de fourniture. Ces lampes économiques ne produisent pas de chaleur. Elles ont une durée minimum de vie de 10 mille heures alors les lampes à incandescence n’ont qu’une durée de vie de 1500 à 3000 heures. Aujourd’hui, il y a un million de lampes économiques disponibles à Conakry. On vient de procéder au lancement de la pose systématique de cette lampe en commençant par la commune de Kaloum. Les consommateurs peuvent s’en procurer au niveau des différentes agences de l’EDG. Toujours sur le plan commercial, on a décidé d’instituer un nouveau logiciel de gestion intégrée. Parce que celui de gestion qui existait a plus de 20 ans d’âge et ne correspondait plus à l’évolution de l’entreprise. C’est-à-dire dès qu’un client est encaissé par exemple à N’Zérékoré, à la minute près, on le saura à Conakry. En dehors de tout ceci, nous avons créé un département Lutte contre la fraude. Parce que le recensement nous a permis de comprendre que beaucoup de clients étaient en fraude. Aujourd’hui, sur 326 clients industriels visités, 85 pour cent sont en fraude. Il y a des gens qui viennent payer l’abonnement pour le monophasé. C’est-à-dire l’abonnement avec un seul fil plus une phase neutre. Ce qui fait donc deux fils. Après, ils tirent le courant à partir de trois phases plus la phase neutre. Ce qui fait 4 fils. Cela est une forme de fraude. Ou bien, ils procèdent à un réglage disjoncteur. Par exemple, ils souscrivent à un réglage disjoncteur de 5 ampères sur le terrain, ils mettent plus de 5 ampères. Parmi ces cas de fraudes détectés, il y a celui de l’hôtel de la RIVIERA. La facture mensuelle de cet hôtel était de 18 millions de francs guinéens. Nous avons fait des enquêtes et on a trouvé que la consommation était anormale. L’équipe de fraude a donc été mise à contribution. Après vérification, on s’est rendu compte qu’il y avait fraude. Quand on a corrigé la fraude, la facture de la RIVIERA a quitté de 18 millions à 224 millions de francs guinéens. Soit une perte de plus de 200 millions par mois à cause de la fraude. L’hôtel Novotel nous payait mensuellement 70 millions de francs guinéens. Quand la fraude a été détectée, on a corrigé. Parce que la consommation ne passait par le compteur. Ce qui a fait que la facture de Novotel est passée à 440 millions de francs guinéens. Soit plus de 300 millions de perte par mois pour l’EDG. Comment avec un tel degré de fraude, une entreprise peut s’en sortir.
Guinéenews : Mais à combien s’élève les pertes dues à ces fraudes des clients industriels ?
Abdoulaye Kéita : En tout, l’EDG a perdu plus de 300 milliards de francs guinéens pendant près de 10 à 15 ans. Parmi ces clients fraudeurs industriels, se trouvent presque toutes les grosses entreprises de la place. Nous avons toutes les situations détaillées reconnues par ces clients incriminés. Ils ont signé et l’huissier a fait le constat. On les a filmés et photographiés. Ces réformes importantes nous ont permis d’accroître substantiellement nos recettes qui sont montées de 7 milliards de francs guinéens par mois à 18 milliards 500 millions. Une performance qui a séduit et encourage les institutions financières telles que la Banque mondiale, le FMI, la BAD. La preuve, on vient d’avoir un financement d’une valeur de 18 millions de dollars US de la part de la Banque mondiale pour la réhabilitation, l’extension et modernisation du réseau de Kaloum. Le rôle de l’audit interne dans cette dynamique a connu une révolution. L’audit a été amélioré et élargi à d’autres niveaux en vue de rendre plus transparente la gestion interne de l’entreprise.
Guinéenews : Vous affirmez que certains matériels électriques sont mis à la disposition des consommateurs gratuitement. Pourtant, dans certaines villes de l’intérieur notamment au niveau de Kankan, certains de vos agents revendent ces matériels tels que les compteurs ou les câbles ?
Abdoulaye Kéita : Bon… Si cela se faisait, pour le moment nous ne disposons pas à notre niveau de preuves formelles qui confirment une telle attitude de la part de nos agents à l’intérieur. Pour le moment, on ne pas nous apporter la moindre preuve de cette accusation. Sinon, officiellement, il y a des équipements que nous offrons gratuitement à nos consommateurs. A propos, nous avons même passé plusieurs communiqués à la télévision et à la radio nationale pour les informer de la gratuité de ces matériels. Maintenant, si un consommateur est pressé et ne veut pas aller au rythme de l’EDG, il tient forcément avoir le courant et cela l’amène à corrompre ou à payer clandestinement de l’argent, ça c’est autre chose. Mais, officiellement, je pense que tout le monde doit le savoir, les clients et agents en tête. Si vraiment c’est ce cas de figure, j’avoue que je ne peux pas le nier. Parce que le Guinéen est prêt à toute forme de corruption pourvu que son objectif soit atteint. Mais s’il faut enfreindre la morale et la loi, ce qui est déplorable, surtout à un moment où nous nous battons tous pour rendre le changement qualitatif et quantitatif effectif dans notre pays.
Guinéenews : Cette gratuité va donc s’appliquer également aux nouveaux compteurs qui vont bientôt débarquer ?
Abdoulaye Kéita : Absolument. Nous ne vendons pas les compteurs. Que cela soit clair une fois pour toute dans l’esprit de tout chacun. La seule chose qui est vendue d’abord par l’EDG, ce sont les lampes électriques économiques. Cela, parce que la lampe n’est pas un équipement. C’est pour le client lui-même. Ces lampes sont d’ailleurs revendues au coût marginal. Avant, les gens pouvaient soutirer des pièces et aller les revendre au marché Madina. Lorsque vous lancez une commande par rapport à une telle pièce, ils vont directement à Madina et viennent te présenter qu’ils l’ont trouvée ou ils vous disent qu’elle coûte moins chère que la commande extérieure qui peut aussi prendre du temps. Quand ils viennent te faire une telle offre, toi en tant que gestionnaire, vous allez penser effectivement que c’est cette option qu’on vient de proposer qui est la meilleure. Et si tu n’agis pas avec prudence, vous allez vous engager dans ce marché de dupe. Une ou deux semaine après, vous vous verrez confronté à des problèmes. Pour couper court à ces pratiques malsaines, nous avons décidé de mettre désormais fin à l’achat de pièces d’occasion. Qu’elles soient pour les groupes ou les véhicules. Depuis, on a cessé d’acheter des pièces avec des intermédiaires. Nous achetons directement avec des fabricants. Quand c’est le cas, je pense qu’on ne pourra plus me présenter quoi que ce soit. Parce que à ce je sache, il n’y a pas de fabricant à Madina. Depuis que cette mesure a été instituée, on enregistre moins de cas de vol de pièces de groupe à l’EDG. C’est la même politique qu’on a adoptée au niveau des véhicules. Avant, pour acheter des véhicules de service, ce sont des intermédiaires en collusion avec des agents, qui partaient négocier des véhicules qui étaient non seulement des occasions mais surfacturés et livrés au prix du neuf. C’est pourquoi, nous avons décidé d’uniformiser le parc, en achetant directement avec les fabricants. C’est-à-dire à l’usine. Cela nous a permis d’éviter des surfacturations. Figurez-vous avec les véhicules d’occasion et les dépannages qu’on faisait chaque fois sur eux, on pouvait se retrouver finalement au bout d’un an avec le prix de deux ou trois véhicules neufs à l’usine. C’est pourquoi, tous les anciens véhicules ont été réformés pour essayer d’acheter des sortis d’usine. Pour cela, on a fait des acquisitions. Les véhicules sont arrivés à Conakry sans que l’EDG ne paie un franc.
Guinéenews : Comment vous avez donc procédé ?
Abdoulaye Kéita : On a lancé un appel d’offres. On a demandé dans nos termes de référence, c’est le fournisseur qui devait se préfinancer. A l’EDG, nous avons institué presque systématiquement la méthode de préfinancement. Parce que quand on venait, il y avait des avances qui étaient payées aux gens qui n’ont jamais réalisé les travaux ou livré les marchandages. Donc, il fallait en finir avec cette pratique aussi. D’où l’institution du système de préfinancement. Suite à cet appel d’offres, il y une entreprise qui a accepté de nous livrer 60 véhicules sortis d’usine jusqu’à Conakry. On a convenu avec le fournisseur à ce que les 60 véhicules soient payés en 24 mensualités. C’est comme si on payait en moyenne trois véhicules par mois. Les véhicules ont été livrés et les gens ont commencé à murmurer partout qu’on a de l’argent à L’EDG sans chercher à savoir comment nous avons fait pour les acquérir. Selon donc le mode de paiement convenu, chaque mois on paie et on ne le sent pas. C’est ce qui nous a permis de doter tous nos services ou structures de véhicules. Surtout les différents barrages, les exploitations , les agences, les dépannages. Il suffit qu’un client contacte une de nos agences pour n’importe quel travail de dépannage, dans les minutes qui suivent il verra nos agents sur place. Nous avons exigé que ces véhicules restent dans les agences. Quand on arrête le travail le soir, les gens laissent le véhicule au niveau du service. Le matin, on les reprend pour les fins exclusives et strictes de service. C’est pourquoi, on ne les retrouve en circulation la journée ou la nuit ou bien les week-ends, si ce n’est que dans le cadre de la mission commandée de l’EDG.
Guinéenews : Vous affirmez qu’au niveau de Kaloum, beaucoup d’efforts sont en train d’être accomplis. Cependant, il n’en demeure pas moins qu’il y a encore des problèmes persistants de délestage dans certains secteurs. Au même moment, en haute banlieue, on y constate une certaine stabilité. Comment expliquez-vous ce contraste dans la desserte aujourd’hui ?
Abdoulaye Kéita : Vous devez comprendre que le réseau de Kaloum est absolument vétuste. A Kaloum, depuis le mois d’avril, on a lancé les travaux de réhabilitation, d’extension et de modernisation du réseau. Mais, il faut avouer que tous les matériels ne sont pas encore disponibles sur place. Pour le moment, le peu que nous sommes en train d’exécuter en attendant l’intervention de nos partenaires allemands, subit déjà des actes de vandalisme de la part de certains citoyens malveillants. Récemment, on fait montrer à la télévision nationale des cas de vandalisme de ce genre. Les gens sont venus couper carrément le câble qui alimentait une bonne partie de Kaloum. Dans la commune de Ratoma, on a enregistré des cas similaires. Là, ces gens viennent cannibaliser les installations, pas pour les emporter ou les vendre, mais ils viennent juste couper les fils et les laissent sur place. Voilà la mauvaise foi, le cynisme de certaines personnes. Que les Guinéens sachent que EDG est à leur service ainsi que les câbles vandalisés. En les coupant, on provoque automatiquement de l’obscurité, le délestage dans plusieurs foyers de consommateurs. C’est pourquoi, nous avons demandé auprès du ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation et les collectivités locales à ce qu’ils nous accompagnent dans la sauvegarde de nos installations. Parce que dorénavant tout quartier qui connaîtra de pareils actes de sabotage, on le laissera dans l’obscurité pendant 6 mois. Si un quartier vandalise ses installations pour quelque motif que ce soit, nous considérons automatiquement cela comme étant un signal qui explique qu’eux, ils ne veulent pas le courant. En conséquence, nous l’abandonnerons momentanément pour faire face à d’autres secteurs plus nécessiteux et respectueux du patrimoine national. C’est pourquoi, nous avons créé un numéro vert accessible à tout le monde. Quiconque nous permet de traquer un vandale, a droit à une prime avec l’EDG.
Guinéenews : Mais revenons maintenant au délestage précis de Kaloum ?
Abdoulaye Kéita : Donc, comme je disais tantôt, à cause de la vétusté du réseau de Kaloum, nous sommes confrontés à d’énormes problèmes. Il faut savoir que ce n’est pas la totalité du courant produit aujourd’hui à partir de Garafiri, de Donkéa et des Grandes-Chutes, qui est évacuée sur Kaloum. Le complément doit être assuré par les centrales thermiques qui sont à Tombo. C’est ce qui fait qu’en banlieue, le rythme de desserte est parfois plus élevé et plus régulier qu’à Kaloum. Alors qu’à Kaloum, il est prévu une desserte de 24 heures sur 24 heures. Mais, le courant est plus stable en banlieue où le réseau est plus moderne qu’ici à Kaloum qui attend que son réseau soit réhabilité et modernisé. Voilà quelques raisons qui expliquent les délestages actuels au niveau de Kaloum.
Guinéenews : Avec ces nouvelles acquisitions thermiques, quel est le taux de desserte aujourd’hui pour la zone spéciale de Conakry ?
Abdoulaye Kéita : Le taux de desserte était de 36 pour cent. Aujourd’hui, nous sommes à 70 pour cent. En termes clairs, les gens avaient 6 heures de courant par jour. Mais aujourd’hui, en moyenne, on a 18 heures.
Guinéenews : De quelle heure à quelle heure ?
Abdoulaye Kéita : Aujourd’hui, si une zone a le courant à partir de zéro heure, elle restera alimentée jusqu’à zéro heure le lendemain.
Guinéenews : Mais ce planning de desserte ne semble pas être effectif partout à Conakry comme à Coléah par exemple ?
Abdoulaye Kéita : C’est pourquoi, j’ai dit en moyenne. Il y a des parties où il y a le courant 24 heures sur 24 heures. D’autres n’en ont que pendant 18 heures, 16 heures, 12 heures. Il y en a même qui ont moins de ce niveau. Mais quand on fait aujourd’hui la moyenne, cela nous fait les 18 heures. C’est donc en termes de moyenne.
Guinéenews : Une inquiétude qui est assez répandue chez les consommateurs, c’est celle de savoir si ce niveau atteint aujourd’hui pourrait aller en s’améliorant ou s’il va connaître une chute après la période des pluies. Comme il a été toujours le cas par le passé ?
Abdoulaye Kéita : Aujourd’hui, ceux qui lient l’amélioration de la desserte aux pluies, sont en train d’annihiler ou par mauvaise foi ne veulent pas reconnaître les importants efforts consentis par le président de la République et son gouvernement en matière d’électrification du pays. Qu’ils me disent alors que le courant qui se trouve aujourd’hui à N’Zérékoré, à Faranah, Kankan ou à Boké est produit à partir de l’eau de pluie. Qu’ils me disent que les lampadaires qui sont en train d’illuminer les 33 préfectures du pays sont faits par la pluie. On a vu des pays qui ont connu des inondations mais qui n’ont pas de courant. La Guinée est un pays qui enregistre chaque année une forte pluviométrie, de grandes pluies. Mais on avait jamais connu un tel niveau de desserte en électricité. Même s’il y a la pluie, il faut qu’il y ait des machines pour transformer cette pluie en courant électrique. Et même si ces machines existaient, si elles ne sont pas bien exploitées, entretenues, il n’y aura jamais de courant de façon satisfaisante. S’il n’y avait pas eu d’entretiens sur Garafiri et les autres barrages, est-ce qu’on allait connaître une telle avancée dans la desserte. Il faut que les gens aient le courage de reconnaître qu’il y a des efforts qui sont en train d’être faits. Sinon je défie quiconque de m’apporter la preuve que c’est la pluie.
Guinéenews : Il n’y a pas longtemps, EDG a été accusée d’avoir passé un marché de 50 millions d’euros à une société de la place, en l’occurrence KAMA sans appel d’offres. Qu’en dites-vous ?
Abdoulaye Kéita : Je pense avoir répondu plus haut à cette allégation. Nous, à l’EDG, nous sommes respectueux des lois de la République mais nous tenons aussi compte de certaines contingences comme celles qui ont prévalu au moment où on a attribué ce marché à KAMA. Cela dit, chacun est libre de ses commentaires et appréciations sur ce que nous avons fait. Ce que nous refusons catégoriquement, c’est de nous laisser distraire dans notre mission par ces gesticulations inutiles. L’objectif qui nous est assigné par le chef de l’Etat et son gouvernement est clair, précis et bien défini dans le temps : améliorer la desserte, rapidement et durablement, sur toute l’étendue du territoire national. C’est vraiment aujourd’hui notre seule préoccupation.
Guinéenews : Présentement, les travaux d’éclairage public de Kaloum sont beaucoup avancés. Qu’en est-il des autres communes de Conakry et de l’intérieur ?
Abdoulaye Kéita : Grâce à l’appui du gouvernement sud-africain, un appui obtenu grâce aux négociations menées par l’Ambassade d’Afrique du Sud en Guinée mais aussi grâce aux relations historiques qui existent entre l’Afrique du Sud et la Guinée. Pour l’histoire, les premiers dirigeants noirs d’Afrique du Sud, Nelson Mandela, le père de Thabo MBeki ont été formés dans les camps militaires guinéens. Leurs premiers passeports étaient guinéens. En plus, la Guinée a activement participé à la lutte contre le régime d’apartheid de Pretoria. Ces relations sont aujourd’hui raffermies par le président Alpha Condé qui a un lien politique avec le président Jacob Zuma. Car, ils appartiennent tous à l’Internationale Socialiste tout comme leurs partis respectifs. C’est-à-dire, le RPG-Arc-en-ciel et l’ANC. C’est à cause de ces facteurs que le gouvernement sud-africain a accepté de nous accorder un don de lampadaires solaires pour l’éclairage public de Kaloum. Ce don a été livré en matériels avec les techniciens sud-africains qui travaillent en collaboration avec leurs homologues guinéens. Les travaux sur l’éclairage public de Kaloum, ne sont pas encore finis. C’est la première phase.
Guinéenews : Avez-vous d’autres perspectives dans ce cadre ?
Abdoulaye Kéita : Ecoutez, je n’aime pas trop parler des perspectives. Parce que quand vous annoncez aujourd’hui que vous allez faire telle ou telle chose, il suffit qu’il y ait une petite défaillance ou un petit problème qui vient retarder l’exécution de ce projet, sans le comprendre, il y a des gens qui traitent immédiatement et de la façon la plus mécanique, que vous êtes un menteur. Sinon il y a une deuxième phase qui doit s’étendre aux autres communes. J’annonce ici qu’on a la promesse ferme des Sud-Africains. Mais, si pour telle ou telle raison, ce projet est retardé, on chantera partout que le Coordinateur a annoncé qu’il y aura l’éclairage public des autres communes…
Guinéenews : Actuellement, la plupart des lampadaires solaires publics installés le long de l’autoroute Fidel Castro ne s’allument plus. Est-ce qu’il y a des dispositions prises pour les remettre en état ?
Abdoulaye Kéita : Ceci est prévu dans la seconde phase du projet que je vie

 
MUSIQUE: Le duo malien Amadou et Mariam remporte une victoire de la musique

2013/2/10

Le duo malien Amadou et Mariam a remporté la Victoire de l'album de musiques du monde pour "Folila", vendredi lors de la cérémonie au Zénith de Paris.

Le duo malien Amadou & Mariam a remporté la Victoire de l'album de musiques du monde pour "Folila", vendredi lors de la cérémonie au Zénith de Paris. Le duo a reçu sa Victoire, la première de la soirée, des mains du ministre sénégalais de la Culture, le musicien Youssou N'Dour.

"Je suis fier que le Mali soit honoré ce soir. Surtout en ce moment où le monde entier reconnaît cette source de la musique du monde qui vient du Mali. Ce soir nous sommes tous Maliens", a-t-il déclaré. "Nous voulons que l'Afrique change, qu'il y ait la transparence et la démocratie. Nous remercions beaucoup la France, tous ceux qui nous ont soutenus dans ces mois difficiles", a ajouté Amadou Bagayoko.

Le duo a interprété sur scène un de ses titres "Africa, mon Afrique" accompagné d'enfants portant des T-shirts auc couleurs du drapeau malien et avec l'inscription "La paix au Mali". La salle brandissait également des papiers aux couleurs du Mali.

Le couple de chanteurs aveugles était en compétition avec Bumcello ("aL"), Salif Keita ("Talé") et Khaled ("C'est la vie"). Amadou & Mariam ont déjà remporté la Victoire de l'album de musiques du monde en 2005 pour "Dimanche à Bamako", le disque qui leur avait permis d'accéder à une renommée internationale.

"Folila", qui signifie "faire la musique" en bambara est le huitième album d'Amadou & Mariam, qui se sont rencontrés à l'adolescence à l'Institut des jeunes aveugles de Bamako. Enregistré sur trois continents, il réunit une nouvelle fois un grand nombre de collaborateurs, au premier rang desquels Bertand Cantat.

Invité au Mali par le couple, l'ancien chanteur de Noir Désir a imprimé sa marque sur le disque, chantant sur quatre compositions et jouant de la guitare et de l'harmonica sur les autres.

Jeuneafrique

 
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Mines : Lamine Fofana : "En Guinée, le vrai démarrage du secteur minier, c'est maintenant !"

2013/2/10

En tournée à Mining Indaba, la conférence minière la plus importante du continent qui se tient jusqu'au 8 février au Cap, le ministre guinéen des Mines Lamine Fofana entend séduire les groupes miniers. Pour lui, après le temps de la restructuration, vient celui des investissements.

[B]Jeune Afrique : Vous venez représenter la Guinée pour la 3e fois à Mining Indaba. Quels sont vos objectifs par rapport aux années précédentes ?[/B]

La Guinée de 2013 n'est pas celle de 2010. Depuis l'élection du président Alpha Condé, nous avons instauré un nouveau code minier, engagé une révision complète du cadastre minier et, surtout, avons passé au crible l'ensemble des contrats existants. En novembre dernier, nous avons annulé 818 permis qui avaient étés accordés à des individus ou sociétés peu crédibles. Ce processus de « toilettage » du secteur a pris du temps, et c'est bien normal. Nous voulions nous entourer des meilleurs cabinets internationaux. Aujourd'hui, nous sommes prêts à recevoir de nouveaux investisseurs. Le vrai redémarrage minier guinéen, c'est maintenant qu'il se produit.

[B]Le contexte économique est-il favorable à des investissements miniers en Guinée ? Les prix des minerais, notamment de la bauxite, ne sont pas au mieux. Avec la crise économique, il est difficile de lever des fonds sur les marchés internationaux... Quant à la perception de la Guinée par les groupes miniers, elle ne semble pas s'être beaucoup améliorée.[/B]

Au contraire, nous sommes aujourd'hui très sollicités. En 2010 et 2011, c'est vrai, les investisseurs n'avaient pas une vision suffisamment claire sur la réglementation minière et sur la stabilité politique du pays. Aujourd'hui, ces deux points étant assurés, ils reviennent vers nous. Quant au contexte minier, sur le long terme, il reste positif.

[B]Il reste toutefois des dossiers brûlants à trancher, en particulier celui des deux permis miniers obtenus par le groupe BSGR sur les permis de fer dans la chaîne du Simandou en 2006...[/B]

La commission d'audit a posé des questions, BSGR a transmis des informations ; ce dossier sera tranché, mais sans animosité.

Nous réalisons une revue de tous les contrats, sans discrimination vis à vis de qui que ce soit. La structure qui réalise l'audit des contrats passés n'est pas sous ma coupe, elle est indépendante, mais les discussions entre BSGR et elle se poursuivent en bonne intelligence. La commission d'audit a posé des questions, BSGR a transmis des informations ; ce dossier sera tranché, mais sans animosité.

[B]Le partenaire de BSGR sur ce projet du Simandou, le géant minier brésilien Vale, a fait face à une opposition de la population locale sur la manière dont il menait le projet dans le village de Zogota. Le projet a pris du retard... Peut-on vraiment être optimiste sur la réalisation de ce projet crucial pour votre pays ?[/B]

Selon sa convention minière, Vale devait commencer l'exploitation de son projet d'ici à la fin de l'année 2012. Compte-tenu des difficultés qu'il a rencontrées à Zogota – il a perdu beaucoup de matériel dans cette affaire - , j'ai accepté d'allonger d'une année ce délai.

[B]Autre grand projet pour la Guinée, celui de Rio Tinto, toujours dans le minerais de fer, au sud du Mont Simandou. La démission de Tom Albanese, directeur général de Rio Tinto, et son remplacement par Sam Walsh, auront-ils un impact sur le développement du projet ?[/B]

Je n'ai pas d'inquiétude. Je connais Sam Walsh, nous nous sommes rencontrés à deux reprises. Il dirigeait jusqu'à présent la division fer de Rio Tinto. À ce titre il connaît très bien le projet guinéen de Rio Tinto au Simandou. La dernière fois que je l'ai vu, il m'a assuré que c'était un dossier qui lui tenait particulièrement à cœur. Je ne vois pas pourquoi il aurait changé d'avis après être devenu directeur général de la compagnie. Avec Rio Tinto, nous sommes dans la continuité de ce qui se faisait sous Tom Albanese, lui aussi déterminé sur ce dossier. Nous sommes en bonne intelligence avec la compagnie, notamment pour la réalisation des infrastructures. Nous discutons actuellement avec eux de la répartition des investissements pour les réaliser, mais ce projet ira jusqu'à son terme.

IN JA

 
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Interview express avec Oumou Sangaré la diva du Wassoulou «Notre pays est béni, il restera un et indivisible»

2013/2/16

C’est depuis Dubaï où elle se trouve actuellement que nous avons joint la diva du Wassoulou, Oumou Sangaré. Elle est dans le Golf, pas pour faire des concerts, mais pour passer une commande de riz et d’autres produits alimentaires qu’elle va revendre au Mali. Tout au long de notre conversation téléphonique, Oumou Sangaré est restée collée à l’actualité du pays. Sa seule préoccupation demeure le retour de la paix. Très optimiste, Oumou Sangaré estime que tout va rentrer bientôt dans l’ordre «Parce que, dit-elle, le Mali est un pays béni, il restera un et indivisible».



Vous disiez tout à l’heure que vous êtes à Dubaï. Vous y êtes pour des concerts ?

O.S : Non, pour des business.

Des voitures ?

O.S : Non, je passe une commande de riz.

Vous allez vendre du riz à Bamako ?

Oui, Inch Allah. On en vent déjà. Tu peux passer à Oum Sang pour voir les magasins et tu verras comment ça marcher. On n’a commencé il y a un peu longtemps. Nous espérons donner le meilleur de nous pour notre pays. C’est vrai que le pays connaît des problèmes, ça doit être le moment de multiplier les initiatives en allant dans le sens de la bonne marche du pays. Chacun doit s’y mettre de son côté. C’est ce que je fais avec mon groupe, nous, nous disons le Mali d’abord.

Qui gère les magasins de riz ?

J’ai une équipe, avec Aziz comme chef. Ils travaillent et gèrent les magasins. On travaille dans l’harmonie.

D’où importez-vous du riz ?

Je commande en Thaïlande comme tout le monde, et on achemine au Mali. Je paye les taxes et autres frais. Je respecte les textes de mon pays, parce que nous devons donner le bon exemple. Donc, je marche en fonction de la réglementation de mon pays. Je suis avant tout une bonne citoyenne du Mali et je suis fière de l’être.

Comment avez-vous eu l’idée de faire commerce dans ce domaine ?

Mon objectif, sinon mon idée, c’est de créer le maximum d’emplois dans le peu de temps que je peux vivre, Inch Allah. Pour moi, je fais partie des gens qui sont venus au monde pour servir les autres. Je suis prête à servir mon pays jusqu’a la fin de ma vie. Si le Bon Dieu me donne la santé, je ferais tout pour aider mon pays. Je le ferais sans regret parce que le Bon Dieu m’a donnée une chance. Je suis toujours prête à le partager avec la jeunesse de mon pays. Parce que personnellement, je n’ai pas le temps de suivre et gérer tout ce que je suis en train de mettre en place. Mais je fais confiance en la jeunesse de mon pays, en lui donnant du travail et des opportunités. Je lui donne la chance de réussir aussi.

Vous revenez quand à Bamako ?

Moi, pas maintenant. Mais, dans deux mois, la commande que je viens de lancer arrive au Mali. Elle se compose de riz, de l’huile, du sucre, des spaghettis, du lait etc. C’est en chargement. Au fait, je fais de l’alimentation complète. Le premier stock qu’on avait dans le magasin est presque fini, donc, je suis là pour ça. Je pense à mon pays, j’espère que ça va maintenant.

Quel commentaire faites-vous de la guerre au Mali ?

Beaucoup de Maliens ne savent pas qu’ils sont dans un grand pays, béni et aimé de par le monde. Cela sans oublier nos ancêtres qui ont travaillé pour nous laisser ce beau pays. Dieu aime le Mali, il nous l’a démontré à travers l’intervention inattendue de la France, sans quoi on n’en serait pas là aujourd’hui. Je suis très contente ; la France a fait son devoir comme les autres pays africains. Ils sont à remercier. Les autres aussi doivent venir parce que ce n’est pas le problème du Mali seul. Mais contrairement à ce que certains croient, le retour du Mali est pour bientôt. La paix reviendra dans notre pays, parce que le Mali est béni, le Mali restera un et indivisible. Je demande aux Maliens de rester soudés, unis pour une seule cause, le Mali. Mais le Mali ne va pas se diviser ! Je dis grand merci à François Hollande, à toute son équipe et à tous les Français. Il est venu au Mali, il est venu chez lui. Il nous a rassurés avec son discours, nous lui demandons de travailler en fonction de ce discours. Il doit rester sur cette lancée.

SOURCE:Le Reporter

 
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Aïcha Koné : Je ne suis pas en exil

2013/6/27

Elle vivait en toute quiétude et gérait tranquillement sa carrière musicale, lorsqu’arrive les élections présidentielles de 2010. En tant que citoyenne ivoirienne, elle choisie son candidat. Certains Ivoiriens ne le voient pas d’un bon œil et la considère comme une traitre. Après ces élections, tout se gâte en Côte d’Ivoire. Chacun cherche un abri où se terrer, le temps la bêtise humaine ne s’estompe. Après ce brouhaha, nous sommes sans nouvelle d’Aïcha Koné. Cette absence suscite beaucoup de commentaires. Pour la majorité des Ivoiriens, elle a fuit le pays parce qu’on en voulait à sa peau. On la considère désormais comme une exilée.
Il y a quelques mois, une de nos sources en Guinée nous informe qu’Aïcha vit dans ce pays. Ensuite, récemment, nous apprenons qu’elle est mêlée à une polémique au Togo. Pour comprendre cette polémique, nous entrons en contact avec son attaché de presse. Grâce à ce dernier, nous pouvons échanger avec la diva. Dans l’interview qu’elle nous a accordée, Aïcha Koné explique les raisons qui l’ont poussé à quitter la Côte d’ivoire. Exclusivité Urbanpress !


Bonjour la diva. Comment allez-vous ?
Bien, merci.

Comment vivez vous, loin du pays et de vos proches ? J'imagine que ça doit être difficile.
Pas du tout difficile. Mes Amis viennent me voir souvent, mon "1er fils" J-A Kambiré était là lors de la fête de mes 35 ans de carrière, combinée à la sortie de "Kaïra", mon 22eme album. Soum, Kassy Justin, des personnalités, des anonymes etc. Et je suis en contact régulier avec le Pays.

Où en êtes-vous avec votre carrière musicale ?
Pour ma carrière, grâce à Dieu, tout va bien. J'étais il y a quelques semaines au Nigéria, à l'anniversaire du Sultan d'un Etat qui m'a invitée pour deux galas. Mais avant ça, j'étais la vedette d'une soirée organisée par la loterie de Guinée. Mon staff a validé deux dates pour la fête de la musique. Je réfléchis à des propositions au Bénin et au Congo. Sans omettre que je me prépare pour un festival en Europe en septembre, après le mois de jeûne. Vous devez savoir que selon les statistiques, je suis, en toute modestie, l'une des rares chanteuses Ivoiriennes qui tourne le plus hors de sa base. Et ça c'est depuis la Côte d'Ivoire. Je ne fais pas un mois sans sollicitation. Je pense que c'est grâce à Dieu et aux prières de mes parents et fans. C'est vérifiable sur les sites.

Pensez-vous qu'elle a pris un coup avec votre exil ?
Je ne suis pas en exil ! Personne ne m'a chassée de la Côte d'Ivoire. La preuve, j'y étais encore lors de la crise postélectorale. Je ne suis partie que beaucoup plus tard, à une invitation pour l'inauguration d'un espace. Et mon neveu, a souhaité que je réoriente ma carrière autrement, avec un nouveau staff et un environnement plus enclin à la production pour moi à Conakry (Guinée, ndlr). Pour résumer, je ne suis pas en exil. Je suis hors de ma base ivoirienne certes, mais je suis davantage dans la culture malinké en Guinée. C’est d’ailleurs ce qui fait l'étoffe des œuvres d'Aicha Koné. Et ma carrière est au beau fixe. Mais puisque mes œuvres ne passent pas à la télé (la télévision ivoirienne, Ndlr), ça vous fait penser cela. Mais mes clips et spectacles passent sur les autres chaines internationales et sur le net. La preuve avec mon dernier album de 14 titres, haut en couleurs. Dans cette œuvre, je chante en soussou, en zoulou, en anglais, français et malinké, évidemment.

J'ai appris que vous êtes en ce moment en studio pour préparer un nouvel album. Quel sera son titre et sa coloration ?
Effectivement ! Le titre pour l'instant c'est "Fils d'Afrique", qui est un message de paix à tout le monde, à nos hommes politiques, à la société civile. C’est aussi une exhortation à la paix quotidienne, la tolérance, la réconciliation... En somme, un remerciement à toutes les bonnes volontés de nos pays d'Afrique et même d'ailleurs qui œuvrent à la Paix à travers nos organisations sous-régionales, à travers les initiatives privées etc.

Avec qui travaillez-vous sur cette œuvre ?
Je travaille avec Koudou Athanase, à qui je rends un vibrant hommage pour son professionnalisme. Il y aura également la participation d'une grosse pointure de la musique africaine sur cet opus. De nouvelles sonorités, telles que le ‘’Takamba’’ du nord Mali, avec des musiciens qui maîtrisent bien ce rythme. Le clip sortira bientôt et vous apprécierez, j'espère.

Vous êtes la diva de la musique africaine. Quel regard portez-vous sur la situation des artistes africaines ? Pensez-vous que les choses sont mieux qu'avant ?
Je pense qu'il y a une amélioration, vu que sur les scènes mondiales on voit et parle de plus en plus d'artistes africaines, notamment Dobet Gnahoré, Oumou Sangaré, Rokia Traoré, votre serviteur... C'est la piraterie qui tue nos œuvres. Et donc, seuls les spectacles nous font vivre. En tout cas me concernant, les spectacles contribuent à un bon pourcentage de mes revenus. Il y aussi mes autres réalisations et mes revenus Sacem, depuis mes premiers albums. Evidemment, avant et maintenant ne se ressemblent pas. Mais j'ai la chance d'être toujours sollicitée depuis plus de 30 ans maintenant.

Quels conseils donneriez-vous à vos ‘’sœurs’’ de la génération actuelle ?
A mes sœurs de la génération actuelle, je leur conseillerais toujours le travail, de ne point se décourager malgré la piraterie. Elles doivent s'imposer par la force du travail et travailler leurs voix. J'insiste sur le live. Pour les plus jeunes, je les conseillerais d'avoir des jeux de scènes plus softs, baser sur la voix, le talent vocal et non sur autre chose qui peut nuire à leur réputation et carrière. Il faut que nous, les femmes chanteuses, nous nous fassions respecter, à l'instar de mes sœurs Pélagie, ma regrettée Jeanne Agnimel, Nayanka Bell, Chantal Taïba, Antoinette Konan… Nous avons toujours été respectées, car avons mis le travail au dessus de tout.

Que devient votre fils, Tshaga ?
Tshaga va très bien. Il étudie actuellement à Londres.

Où en est-il avec sa carrière musicale ?
L'école d'abord, m'a t-il dit. Il se perfectionne en anglais, car souhaite ajouter d'autres formations à son arc et il suit des cours...j'ai oublié le nom de sa formation dêh ! A l'occasion, il vous en parlera lui même.

Vous arrive-t-il d'intervenir dans sa carrière ?
Non, je n'interviens pas dans sa carrière. Juste beaucoup de conseils, car c'est une jungle, le show-biz. et il a pu s'en apercevoir.

De loin, j'imagine que vous suivez tout de même l'actualité culturelle en Côte d'Ivoire. Qu'en pensez-vous ?
L'actualité culturelle même me trouve ici. La plupart des artistes Ivoiriens de passage à Conakry passent me saluer, me témoigner leur respect et leur affection. Mes fils Arafat et Debordo étaient ici il y a quelques semaines pour des spectacles. Ils sont passés à la maison, on a échangé et mangé ensemble. Je suis en contact permanent avec les artistes ivoiriens comme Meiway, Tiken… qui sont passés voir la sœur que je suis pour eux. Pour mon anniversaire le 21 mai dernier, Koumba Kouyaté, la maman d'Affou Kêita qui était à Bamako, est passée me voir à mon hôtel résidence. Nous avons fait la fête avec d'autres personnes, chanté et bavardé, en marge de mon travail en studio.

Est-ce que parce que vous vous sentiez menacée que vous avez quitté la Côte d'Ivoire ?
Non pas du tout, je n'ai pas été menacée. Je suis la fille et la sœur de tous les ivoiriens.

Vous est-il arrivé, un seul instant, de regretter votre engagement pour le candidat Gbagbo ?
Chaque chose a été faite en son temps. je ne renie pas mes amitiés.

Avez-vous des contacts avec d'autres artistes exilés ?
J'ai des contacts avec tous les artistes.

Avez-vous été approchée pour un éventuel retour au pays ?
Oui, j'ai été contacté par plusieurs personnes et autorités pour revenir au pays. Mais comme je l'ai dit, personne ne m'a fait partir, donc il n'y a pas de problèmes pour qu'on veuille me faire revenir. Je respecte tout le monde et apprécie ces marques d'attention de toutes ces bonnes volontés. Il se trouve juste que j'ai beaucoup de travail à l'extérieur et ma base artistique est pour l'instant en Guinée.

Malgré l'exil, vous n'avez pas arrêté de produire des chansons. L'une d'entre elles a semé la discorde entre vous et une partie de la population togolaise…
Je répète que je ne suis pas en exil, je suis en déplacement prolongé. Pour le Togo, c'est un malentendu et je m'excuse encore une fois. Quand tu chantes, certains apprécient et d'autres pas. Nul ne fait l'unanimité. Mahomet et Jésus-Christ ne l'ont pas fait, alors ce n'est pas moi, pauvre créature, qui le ferait. J'ai pris acte de leurs critiques. Je souhaitais chanter pour la Paix, la concorde et souhaiter dans mes paroles ce qui pouvait être apprécié par mes frères togolais pour un mieux vivre. Mais certains ont dénoncé cela. Je respecte leurs avis.

Seriez-vous prête à mettre les pieds au Togo malgré les menaces dont vous avez été l'objet ?
Sachez que j'étais à Lomé, quelques semaines après cette incompréhension. Et j'y ai même passé quatre jours sans problèmes. Les togolais sont hospitaliers. Je suis une artiste et je réponds aux invitations si mon calendrier me le permet. Dans le cas du Togo, hormis quelques personnes, c'est la fraternité qui m'a toujours été témoignée par les autorités politiques depuis des décennies. Et celaqui n'a pas changé aujourd'hui. Ce qui me fait toujours admirer ce peuple bon, fier et travailleur. L'honneur revient au Togo et à tous ces fils et filles sans exclusive. Toutefois, et comme je l'ai dit, si j'ai choqué certains de mes frères et sœurs, je m'en excuse.

Recevez-vous des messages de vos fans d'Abidjan ?
Oui ! Je reçois de nombreux messages de mes fans d'Abidjan et de l'intérieur de la Côte d'Ivoire tous les jours que Dieu fait sur ma page facebook et j'essaie d'y répondre dès que j'ai un bout de temps. Pour ceux à qui je ne réponds pas aussitôt, qu'ils ne se fâchent pas. Je suis souvent en déplacement ou en repos.

Que vous disent-ils ?
Ils m'expriment leur envie de me revoir en Côte d'Ivoire, leur affection... En tout, je mesure que je plais toujours à de très nombreux Ivoiriens et personnes vivant en Côte d'Ivoire. Dieu soit béni !

A quand le retour de la diva Aïcha Koné en Côte d'Ivoire ?
Bientôt, inch'Allah ! Si mon calendrier le permet. J'aimerais bien faire une tournée de paix et de réconciliation dans toutes les grandes villes de la Côte d'Ivoire, du nord au sud en passant par le centre, l'Ouest, l'est etc.

Notre entretien s’achève…
Dieu nous garde tous ! La paix, la tolérance, l'amour entre tous les Ivoiriens et entre tous les Peuples d'Afrique, dus monde.



Eustache Gnaba
UrbanPress

 
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L’enfant Yodé, chanteur ivoirien : «Le zouglou n’est pas le camarade de quelqu’un»

2013/6/28

Après 15 mois de silence, L’enfant Yodé annonce son retour avec un nouvel album enraciné dans la pure tradition zougloutique. Il en profite pour régler ses comptes avec le coupé-décalé, premier conçurent du zouglou au titre des rythmes urbains. Entretien.

Notre Voie : Où en êtes-vous avec la préparation de votre quatrième album ?
L’enfant Yodé : Je suis en train de mettre la dernière main à pâte. Disons que le produit est fini. Il ne me reste plus qu’à le mettre sur le marché pour le bonheur des zouglouphiles. Rendez-vous donc dans deux mois.

N.V. : Comment avez-vous baptisé ce bébé ?
L.Y. : L’album a un titre, mais je préfère ne pas le dévoiler maintenant.

N.V. : Pourquoi ce mystère ?
L.Y. : Je vais vous surprendre un jour. Restez à l’écoute.

N.N. : On peut quand même savoir le nombre de titres qui composent l’album et de quoi il parle ?
N.V. : Le disque comporte 10 titres. J’y évoque des faits quotidiens. C’est-à-dire l’amour, la femme, en somme tout ce qui se passe ici en Côte d’Ivoire et ailleurs.

N.V. : Y compris la politique ?
L.Y. : Non, je suis a-po-li-tique ! Je ne suis même pas vers où on fait de la politique.

N.V. : Un zouglou apolitique ?
L.Y. : Depuis que j’ai commencé ma carrière de chanteur, je n’ai jamais chanté politique. Donc, ce n’est pas aujourd’hui que je vais le faire. Mon dernier titre, «Là, il est l’heure», sorti en 1998, le deuxième, «Parisien moisi», en 1996, et «Les Côcô», en 1992. Sur tous ces albums, vous pouvez le constater, pas un seul refrain se rapportant à la politique pour ou contre qui que ce soit.

N.V. : Qui a arrangé et produit cette future œuvre ?
L.Y. : Cet album dont j’assure la production, au prix de ma débrouillardise, porte les touches d’Olivier Blé et de Kacou Honoré. Des arrangeurs qui ne sont plus à présenter. On a travaillé au studio Junior Gotha.

N.V. : Que promettez-vous au public ?
L.Y. : Je promets d’envoyer une bombe sur le marché parce qu’on me connaît en tant que quelqu’un qui a toujours de bons trucs. C’est pour cela que j’ai travaillé longtemps dans l’ombre. Il y aussi la piraterie qui est un véritable fléau en Côte d’Ivoire qui m’inquiétait. Dans ces conditions, vous imaginez qu’aucun producteur ne peut investir à perte dans la réalisation d’un disque.

N.V. : Ces derniers temps, on a l’impression que le coupé-décalé est en train de supplanter le zouglou…
L.Y. : Le coupé-décalé est un dérivé du zouglou. Le coupé-décalé est venu d’ailleurs pour nous trouver, ici. Un ami me disait un jour : un enfant qui a fait 100 villes et un vieux qui a vécu 100 ans dans un village n’ont pas la même manière d’apprécier les choses. Je veux dire que celui a vécu 100 ans est un sage, alors que celui qui parcourt 100 villes n’est que quelqu’un qui aime se promener. D’ailleurs, le zouglou est l’identité musicale de la Côte d’Ivoire.

N.V. :Vous vous réclamez donc de ceux qui continuent d’entretenir la flamme du zouglou...
N.V. : Si je ne le fais pas, je m’en voudrais. Et puis, ils sont nombreux, les jeunes chanteurs zouglou qui sont en studio. Ils forment la réserve. Bientôt, après nous les doyens, ils sortiront à leur tour leurs albums. Et je voudrais faire cette précision de taille par rapport à votre question précédente : quand nous les zouglou venons sur le marché, c’est bien avec un album. On n’a jamais fait de single pour faire du tapage avec.

N.V. : C’est un peu méchant…
L.Y. : Non, ce n’est pas méchant, ce que je suis en train de dire. Sinon, un homme qui chante ne peut pas sortir un album toutes les semaines. Ça n’existe pas. Même un grand chanteur comme Michael Jackson (paix à son âme), artiste interplanétaire, il ne l’avait jamais fait de son vivant.

N.V. : Ils ont quand même leur public…
L.Y. : Ils sortent un album aujourd’hui, dansent, percent leur nez, portent des caleçons et on voit leurs Q. Les enfants se mettent à danser et font comme eux. Mais qu’est-ce que vous montrez aux enfants ? Nous on ne fait pas ça ! Le zouglou, c’est la conscience. C’est du zouglou qu’on devient commissaire de police, c’est du zouglou qu’on devient Pdg de société. Qu’on me montre un coupé-décaleur Pdg d’une société. Il n’y en a pas ! Donc le zouglou n’est pas le camarade de quelqu’un.

Entretien réalisé par Schadé Adédé

NOTRE VOIE

 
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Tierno Monenembo : « A N’Zérékoré , ce sont mes compatriotes qui ont tué mes compatriotes -cela s’est passé à N’Zérékoré, la ville où j’ai grandi ».

2013/8/14

Tierno Monenembo le célèbre écrivain guinéen, en visiting professor a la French School, à Middlebury Collège dans le Vermont (USA), une université régulière durant l’année scolaire et qui tous les étés se transforme en écoles de langues étrangères (10 en tout dont le français), où il enseigne depuis 2007, deux cours: un sur la morphologie du conte africain et un autre sur la littérature africaine (traditionnelle ou moderne selon les années), aux étudiants américains qui sont : soit des professeurs soit des fonctionnaires (par exemple du département d’Etat Américain, du Ministère de la défense) et soit des indépendants qui veulent apprendre une langue.
L’auteur du « terroriste noir » reste à l’écoute de ce qui se passe dans son pays la Guinée, ce pays dont il dit lui avoir donné « le jour et la nuit »
A travers cette interverview, voici le cri de cœur de cet auteur de l’ainé des orphelins (un livre consacré au génocide rwandais, prix tropiques de la Francophonie).

Meurtri par les malheureux évènements de N’Zérékoré, il appelle ses compatriotes au sursaut pour consolider l’unité de tous les guinéens face aux démons de la division et de la haine.

1/ 3p+ : Tierno Monenembo, vous êtes loin de la Guinée en ce moment, votre pays d'origine la Guinée, est en proie à d'énormes difficultés économique sociale et politique, est ce que selon vous ce pays est en crise?

Tierno Monenembo : Mais la Guinée est en crise depuis au moins Novembre 1961, date de la fameuse grève des enseignants qui a vu l’arrestation de Koumandian Keïta et de ses compagnons. Depuis, le pays n’a connu ni fonctionnement régulier de l’Etat ni soulagement économique et social. Malheureusement la crise s’aggrave d’année en année, de régime en régime. L’espace d’une interview est trop réduit pour en analyser toutes les causes. Mais au- delà des carences manifestes (carences techniques, intellectuelles et morales) de nos dirigeants, il faut souligner la plus déterminante : l’incapacité chronique de ce pays à se doter d’institutions véritables, c’est- à- dire modernes, c’est-à-dire rationnelles, c’est- à- dire à même de survivre aux évènements et aux hommes. La culture PDG a aveuglé le Guinéen. Pour lui, l’Etat n’est plus un principe c’est- à- dire un dispositif de règlements et de lois mais les sautes d’humeur d’un individu aussi mortel qu’imprévisible. Le chef, le chef, le chef ! Le mangué, mangué, le mangué, et sa désastreuse conséquence, le manguéisme) ! Comment diable, réguler une société d’aujourd’hui ou produire une économie viable avec une conception aussi archaïque ?

La vie moderne exige des règles de vie claires et nettes qui s’imposent à tous et d’abord à ceux qui sont chargés de les appliquer. L’institution, c’est le trésor bien devant le diamant et l’or. Regardez le Sénégal !



2/ 3p+ : Aujourd’hui, le recroquevillement communautaire est une réalité en Guinée, pour preuve, dernièrement, les communautés koniakas et Guerzés, qui vivent en harmonie depuis le quatorzième siècle se sont trucidées à coups de machettes. Oui ! de violents affrontements inter-ethniques, avec un bilan macabre d'une centaine de morts en trois jours. Comment vous expliquez ce regain de violence dans cette région?

Tierno Monenembo : Le déplorable repli communautaire que nous observons aujourd’hui n’est ni un legs ni une fatalité. C’est le résultat d’une gestion. Une gestion catastrophique à tous les égards depuis Sékou Touré jusqu’à Alpha Condé.

Le tribalisme en Guinée ne vient pas de la société, il vient de l’Etat. Les Guinéens savent qu’ils sont tous sortis du même moule historique et culturel. Nous vivons ensemble depuis l’empire du Ghana au moins. Ce qui fait que malgré les discours irresponsables de nos dirigeants successifs, ce pays n’a pas encore basculé dans la guerre civile. Un ami togolais me disait récemment : « Comment faites- vous, Guinéens ? Vous êtes tout le temps au bord du précipice et pourtant vous ne sombrez jamais ! »

Malgré les poisons de toutes sortes qu’on ne cesse d’inoculer dans nos esprits depuis le temps colonial, nous avons jusqu’ici- oui, jusqu’ici !!!!- évité le syndrome rwandais, somalien ou libérien. C’est bien mais ceci dit, il ne faut pas tenter le diable…

Comment expliquer ce regain de violence dans cette région ? D’abord, ce qui s’est passé à N’Zérékoré peut se passer n’importe où sur le territoire national. Le discours de division et de haine véhiculé par le pouvoir, le marasme économique, le culte du népotisme et du bakchich au détriment du mérite sont devenus de véritables bombes à retardement qui, à tout moment peuvent embraser le pays. Qui sème le vent…..

Ensuite, ce pays est minier, terriblement minier ce qui n’est pas forcément de bonne augure pour un pauvre petit pays d’Afrique. Les convoitises internationales sont légions en Guinée et les rivalités que s’y livrent les grandes puissances par le truchement de leurs multinationales, féroces. Il y a de nombreux gens sur terre qui souhaitent que les Nègres s’entretuent afin de mieux profiter de leur bauxite et de leur fer.

Enfin, N’zérékoré est très proche géographiquement et humainement de la Côte d’Ivoire et du Libéria, deux pays où les armes ne sont pas encore complètement tues.




3/ 3p+ : Eu égard à la complexité de la configuration sociologique de cette région. avec la présence des éléments de l'ex guérilla libérienne, Ulimo, la circulation fluide des armes de Guerre dans cette région, peut-on dire aujourd'hui que cette région constitue une poudrière ?

Tierno Monenembo : Comme je l’ai dit plus haut, aujourd’hui, c’est la Guinée entière qui est une poudrière. Mais je ne suis pas de ceux qui croient que c’est trop tard, que tout est foutu. S’il le veut, l’Etat a les moyens de désamorcer l’explosif. Qu’il tienne le langage de la vérité, le langage du cœur ! Qu’il ait une vision clairvoyante du futur ! Qu’il élabore un projet ambitieux et engageant autour duquel il appellerait tous les Guinéens sans aucune distinction ! Et je suis certain que tous les Guinéens viendraient. Encore une fois ce qui nous unit est beaucoup plus ancien et solide que ce qui nous divise.

J’entends dire que Alpha Condé, dans son discours de N‘Zérékoré a affirmé : « je ne suis pas le président d’une ethnie, je suis le président de tous les Guinéens. » Ah bon? Eh bien, qu’il se dépêche de nous le prouver…

En attendant, nous sommes en droit de nous demander si ces mots sortent de la bouche d’un politicien anxieux des prochaines législatives ou de celle d’un homme d’Etat qui aurait enfin pris conscience de la gravité de sa fonction et des dangers de toutes sortes que sa politique néfaste a engrangés.

4/ 3p+ : Des manifestations sur des bases sociales ont aussi éclaté dans plusieurs quartiers de la banlieue de Conakry, réclament l’électricité, le gouvernement, parle d'une manipulation politique, face à toutes ces demandes sociales, selon vous pourquoi une telle amplitude de manifestations récurrentes dans le pays?

Tierno Monenembo : Parce que le malaise est profond, profond et interminable. Les Guinéens mangent mal, habitent mal, se soignent mal et s’éduquent mal dans un pays pourtant bourré de richesses. Conakry est la seule capitale au monde où il n’y a même pas de feux rouge. Comment expliquer que les rues de notre capitale soient moins éclairées que celles de Niamey ou de Bamako sinon par l’incurie ahurissante de notre Etat qui en cinquante ans d’indépendance, n’a toujours rien d’autre à proposer à son peuple que la misère et l’injure.

Le tout- répressif ne règle pas les problèmes de fond. Les Guinéens ont droit à l’eau et à l’électricité, à de bonnes écoles et à de bons hôpitaux (il est temps que notre bauxite serve enfin au peuple). Et ils se battront pour les obtenir. Les Guinéens d’aujourd’hui n’ont pas peur. Ils n’ont pas le fatalisme et la lâcheté des vielles générations. Et de toute façon, les canons et les baïonnettes ne peuvent rien contre la détermination des peuples.

5) 3p+ : Tierno Monenembo, vous êtes une icône, une notoriété internationale, un leader d'opinion de premier ordre, écouté, quelle est aujourd’hui votre réaction lorsque vous avez appris ces événement malheureux?

Tierno Monenembo : Ces malheureux évènements m’ont meurtri à double titre :
-ce sont mes compatriotes qui ont tué mes compatriotes
-cela s’est passé à N’Zérékoré, la ville où j’ai grandi. Après Porédaka, mon village natal, c’est le lieu avec lequel je me sens le plus d’affinités aussi bien du point de vue du cœur que de celui de la mémoire. J’y ai vécu de 13 à 17 ans, un moment capital dans la vie d’un homme, celui où l’esprit et les sens commencent à s’ouvrir aux merveilles du monde.

Les Guerzés et les Koniankés sont deux communautés formidables que je connais bien et auxquelles je dois beaucoup. Je vous assure qu’ils sont beaucoup plus complices que rivaux. Hélas quand les pouvoirs sont mauvais, les dents poussent au milieu du front, et les enfants se mettent à dévorer leur mère.

6) 3p+ : Quel appel vous lancez aux Guinéens, pour consolider le tissu social qui se déchire de plus en plus dans ce beau pays, l'unité Nationale, la solidarité agissante suite à ces violents affrontements inter-ethniques entre koniakas et Guerzes , avec un bilan macabre d'une centaine de morts?

Tierno Monenembo : Je les appelle au sursaut. Ceci est un horrible cauchemar, ce n’est pas notre Guinée. Réveillons- nous, retrouvons le vrai pays, celui de la tolérance et de la fraternité, celui de l’effort et du partage, celui des inaltérables valeurs humaines que nous ont léguées à la fois nos traditions africaines, l’Islam et le Christianisme.

Les Guinéens ne sont pas tribalistes, ils ont été simplement victimes d‘une couillonnade politique de plus d’un demi- siècle d’âge. La renaissance nationale est parfaitement possible à condition que les patriotes se mettent debout maintenant, tout de suite, et la main dans la main.

Propos recueillis par Mohamed Salifou Keïta

 
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Doudou Traoré: « le Pr Alpha Condé et moi, on a eu beaucoup de choses ensemble dont je ne peux parler…»

2014/6/13

Feu Nanamoudou Traoré communément appelé ‘’Doudou’’ est le premier cameraman officiel du RPG. Depuis 1992, il suit de près le professeur Alpha Condé, caméra à la main. Nous vous livrons ici une interview qu’il avait accordée au journal Matalana.

Matalana : A quand remontent vos relations avec le Professeur Alpha Condé ?

Doudou Traoré : Je connais le Président de la République, le Pr Alpha condé, depuis 1992. Mais je suis entré dans les activités du RPG en 1991, lors de la manifestation que le Secrétaire général du RPG, c’est ce qu’il était à l’époque, avait organisé au stade de Coléah.

Un engagement politique qui a dû vous en coûter quand on connait les réalités de l’époque…

Il est vrai que quelques temps plus tard, j’ais été viré de mon poste au Palais des nations où je travaillais à la section Camera à cause de mes engagements politiques. Quand le professeur venait de France, il faisait des réunions d’informations chez lui à Madina entre 16 h et 18 h. C’était ouvert au public, à ses partisans et militants. Un jour, je suis venu suivre cette réunion et j’ai été comme on le dit ‘’marqué’’, étiqueté. Entre temps, je parlais du professeur au Palais des Nations à mes collègues sans me rendre compte que cela comportait un danger pour moi. Ainsi, un jour, des policiers sont venus pour arrêter le professeur chez lui. Malheureusement, ils ne l’ont pas trouvé. Il y avait sa grande sœur N’Sira Condé, son frère feu Malick Condé, son neveu feu Sékou Dabo et d’autres encore. Ils nous ont tous arrêtés, sauf sa grande-sœur, pour nous conduire à la Maison centrale de Conakry. Je crois que c’est la toute première arrestation chez Alpha Condé.

Y avez-vous été maltraités ?

A notre arrivée, on a tous été fouillés. Ils m’ont pris ma chaîne en or. C’est en ce moment que quelqu’un m’a reconnu. Il a dit aux gardes que je travaillais au Palais des nations. Ils sont partis dire au Palais des Nations que ce sont des personnes dangereuses comme moi qui informions le Pr Alpha Condé. Or, à l’époque, je n’avais pas encore serré ses mains et je n’avais pas de liens réels avec lui. C’est ainsi que j’ai perdu mon boulot du Palais des Nations. Ils ont rejeté mes dossiers car je n’étais que stagiaire. Cette information m’a suivi car on en parlait un peu partout et j’ai eu du mal à trouver du boulot. Entre temps, j’avais un frère qui travaillait au ministère de la Coopération et qui s’appelle Nabé qui m’a aidé à être recruté dans une société de construction, Caliso-Afrique, à Kankan. C’est là-bas que j’ai connu M’Bany Sidibé, actuel Secrétaire général de la jeunesse du RPG. J’étais son adjoint au quartier Energie dans le cadre du Parti RPG et nous travaillions ensemble tous les jours. A la fin du contrat je suis revenu à Conakry. Un jour, j’étais couché chez moi, je me suis rappelé que le Pr Alpha Condé devrait rentrer de Paris. Je me suis dit mais pourquoi je n’irais pas, avec ma caméra, l’accueillir à l’aéroport comme tous ses militants. A mon arrivée, je n’étais pas bien connu et certains qui étaient méfiants se demandaient : Qui est-il ? Il est d’où ? Est-il vraiment avec nous ? Qui l’a envoyé ici ? Et c’est en ce moment qu’un certain Dr laye Diakité de la SIG qui me connaissait bien a dit qu’il me connaissait. Plus tard, étant donné que le président n’avait pas bien aimé le film de l’envoyé du RPG, il avait dit de l’envoyer le film de l’autre caméraman, c’est-à-dire moi. Je lui ai fait parvenir une copie et il en était satisfait. Ils avaient même réalisé une copie que j’ai vue dans le Journal de CFI quelques jours après. J’étais très heureux.

Comment s’est alors passé votre première rencontre ?

Plus tard, le Dr laye Diakité est venu me chercher pour rencontrer le Président Alpha Condé. J’ai eu peur, mais j’ai fini par y aller et on a longuement causé. C’était un vendredi, et le mardi, on est venu ensemble au siège du Parti où il m’a présenté comme caméraman officiel du RPG parce que celui qui faisait les films devaient aller ailleurs pour un stage. Une autre étape aussi est qu’un jour, à la veille de son arrivée à Conakry, je suis allé voir l’actuel colonel Mory Kourouma, son garde du corps, pour les frais du filmage. Un bus Mercédès nous a percutés au Pont du 8 novembre. On est tombé et j’ai été fracturé de la jambe. Mon assistant aussi a été blessé. Les frais liés à mon traitement ont été pris en charge par le Pr Alpha Condé lui-même.

Qu’est-ce qui vous a marqué au point de ne pas le quitter depuis tout ce temps ?

Je l’ai beaucoup observé. Il fait toujours ce qu’il dit et dit toujours ce qu’il fait. Toujours, sauf s’il remet à plus tard pour des raisons tactiques. Mais après, il revient toujours. En l’observant, j’ai vu en lui des talents de dirigeant, de responsable. J’ai vu aussi qu’il s’occupait bien des gens comme moi qui l’entourions et nous occupions de lui. Aussi, j’ai aimé sa modestie dans les repas et son attachement à des valeurs simples. J’ai risqué ma vie en devenant son cameraman, même si c’était fou. Ainsi, lors d’un de nos voyages à Kérouané, nous sommes arrivés la nuit. Le lendemain, il a organisé un meeting. Après son meeting, il s’est mis à présenter sa délégation car il avait oublié de le faire au début. La dernière personne à présenter était Hadja Diakagbè Kaba. Dès qu’il a fini de dire son nom, les militaires ont chargé avec des gaz lacrymogènes et des tirs à balles réelles. A l’époque, c’est René Gomez qui était ministre de l’Intérieur et de la Sécurité. Plus tard, le pouvoir avait nié ces actes. C’est grâce à mon film que la vérité a éclaté sur les exactions du Gouvernement. Je me rappelle aussi qu’au cours de cette visite, il était passé par un bas-fond qui porte toujours son nom : « Alpha Condé Fara ». J’ai pu filmer avec ma caméra Panasonic que j’avais à l’époque. En le filmant, un militaire est venu me donner un coup fort dans mon ventre. Je suis tombé. Puis j’ai été transporté dans une chambre où j’ai bénéficié de soins.

Votre dernier mot ?

Le Pr Alpha Condé et moi, on a eu beaucoup de choses ensemble dont je ne peux parler dans cette interview. Peut-être qu’un jour, j’écrirais un livre. Ainsi, je pourrais évoquer ce qui nous est arrivé au pont de Faranah, la fermeture du stade de N’Zérékoré et d’autres faits encore et encore. Des malheurs qu’on a eus aussi avec des journalistes comme Ben Daouda Sylla, Serge Daniel de RFI et Fodé Fofana de la BBC. Je souhaite que le Président puisse réaliser tous les bons projets qu’il a pour le bonheur de la Guinée. Je sais qu’il en a plein. Quant à nous, on le croit toujours. Aujourd’hui, demain, toujours.

Matalana

 
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